L’exposition Prophétesse, présentée à la Galerie de l’UQAM jusqu’au 4 avril, propose une incursion à la croisée du documentaire, de la légende urbaine et de l’art contemporain. Signée par l’artiste Océane Buxton, l’installation conjugue photographies, vidéos et objets trouvés pour faire ressurgir une histoire locale méconnue.
Au cœur du parcours se dresse la figure énigmatique de Modeste Niquette, personnalité marginale de Thetford Mines, ville de Chaudière-Appalaches. Mme Niquette affirmait vivre des rencontres répétées avec des forces extraterrestres. Elle photographiait ces expériences, distribuait ses clichés à travers la ville et formulait des prophéties qui suscitaient autant la curiosité que le scepticisme. Puis, elle a soudainement disparu sans véritable écho médiatique. Toutefois, un mystère persiste quant à l’existence de Mme Niquette, d’autant plus qu’Océane Buxton ne souhaite pas divulguer quand exactement elle aurait existé.

« Mon ami m’a introduit à l’histoire de Modeste Niquette et j’y ai vu le potentiel. Dans la culture des célébrités, il y a certaines personnes qui paraissent grandes, mais il y a une certaine accessibilité. Je trouve intéressant comment ces personnes construisent un folklore autour d’elles-mêmes », précise Océane Buxton, l’artiste derrière l’exposition. Finissante à la Maîtrise en arts visuels et médiatiques de l’UQAM, Océane Buxton explique qu’elle a effectué des recherches sur la culture des célébrités pendant l’écriture de son mémoire. « La culture des célébrités m’a beaucoup inspirée, parce qu’elle montre comment certaines figures deviennent plus grandes que nature à travers les récits qu’on raconte à leur sujet », précise-t-elle.
L’artiste revisite cet épisode pour interroger les mécanismes par lesquels les individus se mettent en scène dans l’espace public et participent à la fabrication de récits collectifs, qu’ils relèvent du mythe, du sensationnalisme ou du simple commérage.
Entre enquête et fiction
L’exposition dévoile une pluralité de médiums. Des objets disséminés dans l’espace, parfois présentés comme des autels commémoratifs, installent une atmosphère chargée de suspense et laissent planer l’impression que l’histoire demeure inachevée.
Les photographies et artefacts, d’abord énigmatiques, sont mis en lumière dans une vidéo qui rappelle les codes narratifs des enquêtes amatrices diffusées en ligne sur des disparitions ou des affaires non résolues. « Je voulais que l’exposition ressemble par moments à une enquête, comme celles qu’on voit sur YouTube », explique Océane. Entrer dans Prophétesse, c’est ainsi pénétrer dans le récit même de la disparition de Modeste Niquette.
En mêlant enquête personnelle et archives réelles ou reconstituées, l’installation invite le public à réfléchir au pouvoir de la narration dans la construction des figures publiques. Louise Déry, commissaire de l’exposition, souligne d’ailleurs qu’il s’agit d’un projet « où l’on sent l’approfondissement de son sujet et des mécanismes de sensationnalisme et de documentaire fictif ».

À travers cette exploration, l’artiste met en lumière les liens étroits entre culture du vedettariat et légendes urbaines. Autrement dit, elle explore comment certaines figures, malgré l’absence de reconnaissance institutionnelle ou médiatique, accèdent à un statut quasi mythique au sein de leur communauté.
« Une amie m’a dit quand elle a vu l’exposition qu’elle ne savait pas comment se sentir », confie Océane, lorsqu’interrogée sur les réactions suscitées par l’exposition.



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