PhotoreportageIulian Ciobanu : découvrir « un autre monde » grâce au boccia

D’origine moldave, Iulian Ciobanu arrive au Canada en 2010 sans même connaître le boccia. Cinq ans plus tard, il quitte son emploi pour devenir joueur BC4 breveté avec l’équipe nationale. « Je n’avais jamais fait de sport de ma vie, mais j’ai toujours été curieux et capable de saisir les opportunités », lance-t-il en entrevue avec le Montréal Campus.

L’athlète participait à la Coupe du monde de boccia à Montréal à l’aréna Maurice-Richard durant la dernière semaine d’avril. Mention photo : Allyson Caron-Pelletier

Fréquemment comparé au curling et à la pétanque, le boccia est une discipline sans équivalent olympique que M. Ciobanu associe plutôt aux échecs. « Au début, ça semble évident, puis le jeu se construit, se complexifie. Tu disperses tes balles stratégiquement sur le terrain pour bloquer l’accès de l’adversaire au cochonnet. »

Le Canadien a remporté 5 à 4 son match du 28 avril dernier contre le Sud-Coréen Kyeongsoo Kim. Mention photo : Allyson Caron-Pelletier

En tant qu’athlète breveté, il est soutenu financièrement par le Programme d’aide aux athlètes (PAA) de Sport Canada. Iulian Ciobanu insiste toutefois : « L’activité est coûteuse et ceux qui investissent réussissent mieux. »

Il serait facile de penser que l’équipement le plus important pour performer au boccia est l’ensemble de six balles de chaque joueur (parfois 100 $ par balle), mais c’est un bon fauteuil qui est le meilleur allié de l’athlète. Par exemple, les joueurs et les joueuses néerlandais(es) bénéficient de fauteuils adaptés à leurs besoins avec le programme national. M. Ciobanu souhaiterait que cette logique soit également appliquée au Canada.

Avec une dizaine de lancers possibles, le boccia est un exercice technique influencé par la mobilité du tronc, la gravité, puis le positionnement du fauteuil roulant. Mention photo : Allyson Caron-Pelletier

Le boccia, un lancer à la fois

Pour les athlètes paralympiques, la priorité reste la santé. « J’ai vécu plusieurs décès de champions au top de leur carrière », se désole Iulian. Toutefois, contrairement à bien des sports, un joueur de boccia avec une santé qui lui sourit peut encore performer à 70 ans.

Iulian Ciobanu souffre de dystrophie musculaire. Composer avec une maladie dégénérative demande énormément de flexibilité, autant en préparation mentale que sur le jeu, explique-t-il. C’est pourquoi l’athlète considère que le principal muscle à entraîner au boccia n’est nul autre que le cerveau. « Quand tu joues, ce n’est jamais du copié-collé. Au début, tu penses reproduire les mêmes techniques, mais la maladie progresse entre chaque compétition, note-t-il. Travailler sa résilience, c’est ça l’expérience du boccia. »

Les athlètes de boccia sont classés de BC1 à BC4, selon leur degré de motricité. En tant que BC4, Iulian ne dispose pas d’assistance sur le terrain. Mention photo : Allyson Caron-Pelletier

Plutôt intéressé par les arts et fier de ses études en psychologie, il souhaite maintenant transmettre « la valeur » personnelle qu’est devenu le sport pour lui. En plus d’encourager sa plus jeune fille dans sa pratique du tir à l’arc, Iulian aime mentorer les jeunes au boccia pour former la relève. Une mission qu’il considère « fondamentale pour les sportifs de haut niveau ».

Des liens précieux

Le plus beau cadeau que lui a offert cette discipline? Sortir de l’isolement. « Ça m’a ouvert à un autre monde, car je n’avais pas beaucoup d’amis comme moi. Le sport adapté aide les personnes handicapées, mais aussi leur famille. Les athlètes paralympiques sont des modèles pour tous, car ils démontrent que c’est possible de s’en sortir et d’aller loin. »

Mention photo : Allyson Caron-Pelletier

Avec quatre entraînements par semaine, le joueur se dit chanceux d’avoir une femme qui lui dédie sa vie, alors que celle-ci l’accompagne à chaque sortie au Québec.

Père de deux filles de dix et douze ans, Iulian raconte que sa vie sportive demande beaucoup de sacrifices pour sa famille. « Je ne peux m’imaginer ce que c’est de grandir avec un papa handicapé et athlète, avoue-t-il. Toutes mes médailles, je les dédie à ma femme Corina et à mes filles. »

L’athlète s’envolera au Kazakhstan en juin pour la prochaine coupe du monde prévue à Astana. Mention photo : Allyson Caron-Pelletier

L’accompagnement lors des Jeux paralympiques demeure toutefois un « enjeu stressant » pour les athlètes, alors que les accréditations sont souvent limitées, dénonce Iulian. « Nos accompagnateurs ne sont pas juste des partenaires de performance, ils sont aussi nos soignants », confie-t-il.

Mention photo : Allyson Caron-Pelletier

Sorin Susan est le bras droit du joueur depuis bientôt dix ans lors des compétitions internationales. Massothérapeute de formation, il affirme avoir facilement assimilé le rôle grâce à son expérience en tant que champion national de gymnastique en Roumanie. « Je connais les émotions traversées lors d’une compétition », rassure Sorin.

La complicité entre ces deux hommes devenus grands amis est indéniable aujourd’hui. Mention photo : Allyson Caron-Pelletier

Les deux expliquent avoir la chance de partager la même culture à travers la langue, mais également l’humour et la musique. « Quand j’ai des questionnements de vie, Iulian a toujours des réponses. Je souhaite à n’importe qui de tomber sur quelqu’un comme lui dans sa vie », conclut Sorin.

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