L’ombre d’Amazon plane toujours sur le campus

Des indices internes suggèrent que l’UQAM s’apprête à renouveler son contrat avec Amazon Web Services (AWS), malgré les pressions des syndicats uqamiens et les promesses de « sensibilité » formulées par la direction il y a un an.

En février, Roland-Yves Carignan*, directeur du programme de journalisme, a reçu un courriel l’informant que le site de L’Atelier, le journal utilisé par les étudiant(e)s en journalisme dans leur cours, sera désormais hébergé par AWS prochainement. 

Intrigué, M. Carignan a contacté les Services informatiques. Selon l’échange Teams consulté par le Montréal Campus, une source interne des Services lui a confirmé que l’ensemble de l’infrastructure institutionnelle migrerait vers l’environnement du géant américain sous peu alors que le contrat de l’UQAM avec AWS arrive à échéance cet été. 

Dossiers étudiants et bases de données pourraient ainsi être hébergés dans l’infonuagique d’Amazon. 

Une entreprise aux « pratiques antisyndicales »

AWS permet d’accéder, via Internet, à des applications, à du stockage et à des outils de traitement de données, évitant à l’Université de gérer physiquement ses propres serveurs. 

Jacynthe Lussier, déléguée étudiante au conseil d’administration de l’UQAM, observe que, lorsque les serveurs physiques de l’UQAM arrivent en fin de vie utile, ils ne seraient pas remplacés, mais migreraient simplement vers le nuage d’Amazon. « Est-ce qu’on veut s’associer à une entreprise comme Amazon qui a des pratiques antisyndicales et des liens avec l’armée israélienne? L’Université a une responsabilité sociale qu’on ne peut pas ignorer », a affirmé la représentante étudiante au Montréal Campus

L’UQAM ne dément pas ce potentiel renouvellement. « Il est trop tôt pour statuer sur le renouvellement du contrat avec AWS », indique la porte-parole de l’Université, Jenny Desrochers, tout en précisant que l’établissement « poursuit ses réflexions qui prennent appui sur la plus récente vision du gouvernement ».

Le gouvernement du Québec a adopté en février 2026 un Énoncé de souveraineté numérique. Cette politique demande aux institutions d’accorder une plus grande place à l’hébergement des données au Québec pour en assurer la protection. 

Un possible renouvellement déjà contesté

« Nous allons réagir. C’est certain que nous allons interpeller la direction à ce sujet [si un contrat est renouvelé] », affirme Olivier Aubry, président du Syndicat des professeures et professeurs enseignants de l’UQAM.

À la suite de la fermeture d’installations d’Amazon au Québec il y a un an et des pertes d’emplois syndiqués qui en ont résulté, les quatre syndicats de l’UQAM avaient envoyé une lettre au conseil d’administration de l’UQAM demandant la réévaluation de la relation institutionnelle avec l’entreprise.

À l’époque, l’Université avait indiqué qu’elle cesserait d’acheter du matériel chez Amazon, mais que mettre fin aux contrats avec AWS aurait entraîné d’importantes pénalités financières.

La protection des données 

Mme Desrochers souligne « qu’AWS est un fournisseur approuvé par le Centre d’acquisitions gouvernementales ». « Son centre de données est bel et bien situé au Québec, ce qui respecte en tout point les exigences du gouvernement », précise-t-elle. 

Une garantie fragile face au CLOUD Act, selon Guillaume Beaumier, professeur adjoint à l’École nationale d’administration publique et spécialiste de la gouvernance des données privées. « Cette loi permet au gouvernement [américain] de demander aux compagnies américaines qui détiennent des données à l’étranger d’y donner accès, sous mandat d’un juge », explique-t-il.

Un autre risque concerne une possible interruption de service. « On peut imaginer, dans un contexte de tensions politiques, que le gouvernement [américain] demande à ses entreprises de suspendre leurs services dans un pays », avance M. Beaumier. 

Ce scénario s’est d’ailleurs déjà concrétisé, rappelle-t-il. En 2025, des juges de la Cour pénale internationale (CPI) ont été privé(e)s d’accès à de nombreux outils numériques, notamment leurs comptes Microsoft et leurs adresses courriel. Ce blocage résultait de sanctions imposées par le gouvernement du président américain Donald Trump en réponse aux actions de la CPI contre Israël. 

Pour une souveraineté numérique 

Pour regagner sa souveraineté numérique, l’UQAM pourrait se tourner vers des joueurs locaux, comme la firme canadienne Micrologic, ou encore rapatrier ses données sur ses propres serveurs, suggère M. Beaumier. 

« Si vous stockez vos données sur vos propres serveurs, mais que vous continuez à utiliser Microsoft, Outlook ou la suite Office, votre relation de dépendance demeure », souligne-t-il. 

Le professeur résume que, sans transition vers des logiciels libres ou indépendants, l’institution reste ainsi captive d’un écosystème dont elle ne maîtrise pas les règles.

*Par souci de transparence, le Montréal Campus précise que l’autrice de ces lignes est étudiante en journalisme et a eu Roland-Yves Carignan comme professeur.

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