L’UQAM connaît vos allers-retours aux toilettes et au Centre sportif, a appris le Montréal Campus. Vos données sont enregistrées chaque fois que vous passez votre carte étudiante ou d’employé(e) dans un lecteur. Et ça inquiète des membres du conseil d’administration (CA) de l’UQAM.
C’est lors de la rencontre du CA du 22 janvier que plusieurs membres ont appris l’existence de toutes ces données détenues par l’UQAM. Quelles sont ces données exactement? Chaque fois que vous utilisez votre carte en la passant dans un lecteur, des informations sur l’heure, le nom et le statut – étudiant(e) ou employé(e) – sont enregistrées, et ce, sans qu’elles soient anonymisées.
Selon Jenny Desrochers, porte-parole de l’UQAM, « la carte d’accès UQAM à code-barres ne génère aucun enregistrement de données » lors de l’accès aux espaces disponibles pour toute la communauté uqamienne, comme les toilettes et les entrées extérieures. Le système ne fait que « confirmer l’identité et les droits d’accès de l’usagère ou l’usager » dans ce cas précis, avance-t-elle.
Dans les lieux restreints, comme les laboratoires, le lecteur associe la carte à son ou sa propriétaire afin de vérifier si la personne est autorisée à y entrer. Selon Mme Desrochers, cet enregistrement de données ne sert qu’à identifier la personne pour contrôler l’accès à ces lieux précis. Les données des cartes sont utilisées par la sécurité dans le cadre d’enquêtes, affirme la déléguée étudiante au CA de l’UQAM Jacynthe Lussier. « C’est quoi ces enquêtes? Je ne le sais pas », se questionne-t-elle.
Si un(e) membre de la communauté « dépose une plainte auprès du Service de la prévention et de la sécurité (SPS), celui-ci lui demandera de présenter sa carte UQAM », explique Jenny Desrochers. « Cette étape permettra de confirmer l’identité de la personne plaignante et de recueillir les informations nécessaires pour amorcer l’enquête de façon rigoureuse. »
Des risques?
Ces données ne représentent peut-être pas un risque à elles seules, mais peuvent devenir plus riches si on les combine avec d’autres, estime JacYnthe Lussier. C’est ce qu’on appelle le croisement de données. Et ça augmente le risque de « contrôle social et de ciblage politique », poursuit l’étudiante.
Si on prend des personnes qui militent activement pour une cause, des personnes malintentionnées visant à les réprimer pourraient se servir de ces données pour connaître leurs déplacements, explique-t-elle.
La porte-parole de l’UQAM considère quant à elle que le croisement de données est impossible. De plus, l’Université n’est pas en mesure de suivre les déplacements du personnel et des étudiant(e)s, dit-elle.
« La gestion de ces données, leur accès et leur protection demeurent sous l’entière responsabilité et le plein contrôle de l’université. Elles continueront d’être hébergées sur des infrastructures informatiques de l’université et [elles] ne sont ni détenues, ni accessibles, ni consultées, ni gérées par une entreprise externe », affirme Jenny Desrochers.
Rappelons que l’UQAM a déjà utilisé les services de stockage infonuagiques d’Amazon Web Services (AWS), comme l’a révélé le Montréal Campus en avril 2025.
AWS est soumis au CLOUD Act, une loi américaine adoptée en 2018, qui permet au gouvernement des États-Unis de demander aux entreprises américaines de lui fournir les données qu’elles possèdent, peu importe où elles se trouvent dans le monde.
Cependant, Mme Desrochers soutient « qu’aucune donnée relative à la carte d’accès UQAM n’est hébergée chez le fournisseur externe ni à l’extérieur du Canada » en vertu des normes relatives à la vie privée et à la sécurité informatique de l’Université.
Des dépenses critiquées
Durant la rencontre du 22 janvier, le CA a aussi adopté une résolution pour remplacer tous les lecteurs de cartes de l’UQAM, au coût de près de 4 millions de dollars. C’est l’entreprise québécoise spécialisée en sécurité des bâtiments Securmax qui a hérité du contrat.
Ce remplacement est « nécessaire », selon la porte-parole de l’UQAM, Jenny Desrochers, car « les équipements et l’infrastructure technologiques du système actuel ne seront bientôt plus supportés par son fabricant ».
Ce montant provient principalement du Régime budgétaire d’investissement des universités (RBU), selon des informations partagées au Montréal Campus par des membres du CA de l’UQAM ayant assisté à la rencontre du 22 janvier. Le RBU est une enveloppe remise par le gouvernement du Québec.
« On finance la sécurité, mais on a des infrastructures vétustes », dénonce Jacynthe Lussier. « Est-ce que ce sont des investissements prioritaires? Non », argue-t-elle.
« Bloquer les toilettes, bloquer l’UQAM, ce n’est pas prioritaire », clame l’étudiante qui siège au CA. Rappelons que le projet Métamorphose des bibliothèques a été mis sur pause pour cause de manque de budget, comme le rapportait Le Devoir en septembre.
Le montant ne comprend pas seulement le remplacement des lecteurs, mais aussi « l’acquisition de plusieurs milliers de cartes UQAM, l’électronique et le câblage, ainsi que le déploiement de la plateforme logicielle [et] la main-d’œuvre nécessaire à l’installation, à la configuration et à la mise en service du système », explique Jenny Desrochers.
Plus largement, tous ces remplacements prévus relancent le débat des espaces universitaires verrouillés, réservés à ceux et celles qui possèdent une carte. Rappelons que le pavillon de l’Entrepreneuriat et de l’Innovation (C), inauguré à l’automne, doit être déverrouillé par une carte pour y accéder.
Selon des informations partagées en mars lors d’une rencontre du comité de la politique 25 sur la prévention et la sécurité, le SPS souhaite ajouter des lecteurs de cartes aux portes du pavillon J.-A.-DeSève (DS), à l’entrée sur la rue Sainte-Catherine.
Jenny Desrochers rappelle que « 95 % des toilettes sur l’ensemble du campus n’ont aucun lecteur de carte ». La « présence d’un lecteur sur certaines toilettes n’est pas nouvelle et remonte, pour certaines toilettes, à plus de sept ans », poursuit-elle.
« Le contrôle des accès de certains locaux, incluant une trentaine de toilettes, devient prioritaire et nécessaire dans la mesure où il découle de préoccupations exprimées par la communauté de l’UQAM elle-même, en lien avec la propreté des lieux et son sentiment de sécurité », explique-t-elle.
Dans le plan de relance du Quartier latin, on voulait « ouvrir l’UQAM sur son milieu, mais on fait un repli sur soi en refusant les gens qui n’ont pas de carte », se désole Jacynthe Lussier. « L’université est un lieu public. »
ERRATUM : Une version précédente de l’article présentait une réponse plus succincte de l’UQAM. La version actuelle a été modifiée pour exposer une réponse plus élaborée de l’Université.


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