Malgré sa réputation d’université engagée, l’UQAM subit une baisse de mobilisation étudiante depuis la pandémie. Un désengagement coûteux pour les associations étudiantes et qui témoigne d’un vaste mépris envers la démocratie directe, selon un expert.
Au début de la session d’automne 2025, trois membres portaient le comité exécutif de l’Association des étudiant(e)s de la maîtrise et du doctorat en communication (AéMDC) sur leurs épaules alors qu’ils et elles sont habituellement huit.
La responsable aux communications de l’AéMDC, Malika Alaoui, a lancé un cri du cœur par courriel, en octobre 2025, pour annoncer la mort certaine de l’association, faute de relève. « [Après mon courriel], on a reçu énormément de messages de gens […] qui ne voulaient pas que l’association n’existe plus. Il y a plein de gens qui sont venus à nos assemblées générales par après », selon Malika. Toutefois, cet engouement soudain n’a pas duré.
Une faible participation
À l’automne 2024, l’Association des baccalauréats interdisciplinaires des champs d’études politiques (ABICEP) a dû reporter sa première assemblée générale de budget à défaut d’atteindre le nombre minimal de participant(e)s requis(es). Ce report a mené à l’ajournement ou à l’annulation d’activités, selon la coordonnatrice générale de l’ABICEP, Annabelle Vellone-Richard. « Ça a pris du temps avant que le comité exécutif puisse commencer à offrir des services à nos membres, faute de budget adopté », explique-t-elle.
L’ABICEP a donc dû payer les trois personnes qui exercent les rôles de président(e), de secrétaire et de gardien(ne) du senti en assemblée générale à deux reprises plutôt qu’une.
« C’est ironique, mais, à l’UQAM, on dirait que la mobilisation est plus difficile à faire qu’ailleurs », observe le coordonnateur au réseautage de l’Association des étudiants et étudiantes en droit (AED), Brendan Le Rossignol.
L’AED dit recevoir beaucoup de candidatures pour le comité exécutif, contrairement à plusieurs autres associations. C’est plutôt par un manque d’engouement pour ses activités, comme ses panels ou ses conférences, que la baisse de mobilisation se fait ressentir. Pour des événements similaires, les comités de droit de l’Université de Montréal vendront leurs billets plus rapidement que ceux de l’UQAM, explique-t-il.
Diverses causes
En 2024, des travaux ont empêché l’accès au local de l’AéMDC pendant presque un an. « Le fait qu’il n’y avait plus d’espace pour se retrouver, je pense que ça a contribué au fait que les gens étaient moins impliqués », déplore Malika Alaoui. Selon elle, des conflits au sein du comité exécutif durant cette période ont également découragé les membres à s’impliquer. Quand le local est redevenu accessible en décembre, « les gens étaient habitués à ce qu’il n’y ait plus rien », explique-t-elle.
Marc-André Cyr, chargé de cours en science politique à l’UQAM, associe la baisse de mobilisation à une tendance plus globale de rejet des institutions de démocratie directe. « L’idéologie dominante semble avoir de moins en moins de respect pour les formes de démocraties qui ne décident pas par le haut comme les parlements, estime-t-il. On a vu beaucoup d’attaques contre le mouvement étudiant dans la presse qui considère, à tort, que ce ne sont pas des espaces démocratiques. »
Selon ce spécialiste, ce discours de rejet des institutions de démocratie directe aurait trouvé écho auprès de la communauté étudiante. « Malheureusement, les gens ne croient pas que ces institutions permettent de réellement débattre et faire avancer les choses », se désole M. Cyr. « Si on ne prend pas bien soin des [associations étudiantes], elles risquent de ne plus être efficientes et d’être marginalisées de plus en plus », met-il en garde.
La responsable aux communications à l’AéMDC croit que rémunérer les heures de travail au sein des associations pourrait inciter davantage de personnes à s’impliquer. Un salaire pour un rôle qui est important, considère-t-elle. « On reçoit des courriels de détresse pour des problèmes par rapport à l’immigration, pour un problème avec un professeur, fait valoir Malika, citant l’importance des associations étudiantes. On ne fait pas juste organiser des partys. »
*L’autrice est membre de l’Association des baccalauréats interdisciplinaires des champs d’études politiques (ABICEP).




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