«Angry Inuk» : La patiente colère du Nord

SÉRIE | Les RIDM en rétrospective

Le long-métrage Angry Inuk, fruit du travail de la réalisatrice originaire d’Iqaluit, Alethea Arnaquq-Baril, présenté dans le cadre des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM), met en valeur toute la sagesse et la force intérieure des Inuits, harcelés à tort et à travers par les activistes environnementaux en raison de leur pratique ancestrale, la chasse au phoque.

Ils chassent depuis longtemps, et chassent toujours, cette bête au pelage marbré ou brunâtre qui émerge de temps à autre.  D’une balle dans la tête, ils abattent le phoque, le dépècent et célèbrent leur prise en toute fierté. Les Inuits ont une relation ancestrale avec cet animal qui leur a servi tant à se nourrir qu’à se vêtir. Elle leur a également permis de subsister grâce aux profits que la vente de sa peau rapporte.

Alethea Arnaquq-Baril ne conservait que des souvenirs positifs et de l’émerveillement quant à ses expéditions de chasse, mais depuis 1970, les groupes activistes pour le droit des animaux ont commencé à s’attaquer aux traditions inuites.

Adoptant l’effigie du blanchon aux yeux pleurnicheurs et à l’allure d’une peluche, ils ont corrompu cette image noble que les autochtones du Grand Nord accordent à leur chasse en allant atteindre la pitié du commun des mortels.  C’est ce mouvement de désinformation qui a poussé Alethea Arnaquq-Baril à réaliser ce documentaire.

Les images magnifiques et la trame narrative des plus soignées renseignent le spectateur sur les intérêts bien particuliers de ces activistes qui, au fond, usent de la facilité.  Cette lutte a été, et demeurera pour encore bien longtemps, l’une des industries les plus lucratives pour ces organismes, vu le soutien largement médiatisé de la cause.

Avec le peu de moyens et le peu de ressources qu’ils ont, ces peuples du Nord se sont soulevés contre les plus grands des grands, dont l’Union européenne. Avec la mise en place d’une loi interdisant la vente de toutes formes de produits provenant du phoque, de la fourrure à l’huile en passant par la viande, les Européens croyaient, par exemple, rendre service aux Inuits en les exemptant de cette interdiction. Perçus comme des chasseurs de subsistance, il était évident pour les Européens que l’aspect financier du problème n’affecterait pas les Inuits.

L’acharnement du groupe autochtone est représenté avec une telle force par la réalisatrice, grâce à ses propres narrations et les nombreux extraits de congrès, rencontres, réunions et discussions, qu’il semble impossible pour le public de passer à côté du manque d’empathie et de compréhension des décideurs. Ce problème de communication et la différence entre les mentalités de deux cultures diamétralement opposées sont mis en scène de façon toujours posée, avec calme et sérénité, à l’image de la manière dont la communauté inuite considère le problème.

Malgré un échec pour faire renverser la loi, les Inuits ont réussi à se faire entendre sur les médias sociaux.  Une jeune Inuite a notamment répondu au geste posé par Ellen Degeneres, soit un don de plus d’un million de dollars aux Fonds international pour la protection des animaux.  L’organisme a joué un rôle important dans l’interdiction progressive de la vente des produits du phoque.

La jeune fille a publié une vidéo sur la plateforme YouTube, décriant son désaccord à la manière dont les Inuits sont maintenant perçus en raison de leur chasse devenue plus qu’impopulaire. Elle a amassé une attention médiatique considérable et est d’ailleurs saluée par la réalisatrice dans le documentaire. À la suite de la célèbre selfie de vedettes avec Ellen Degeneres, photographie la plus retweetée de l’histoire, plusieurs Inuits ont aussi commencé à prendre ce qu’ils ont appelé une sealfie, alliant la traduction anglaise du mot « phoque » et le mot selfie.  Ils ont montré leur fierté sur les médias sociaux, devenant bien souvent victimes d’intimidation et de menaces de la part d’internautes aux quatre coins du monde.

Même si ceux qui ont le pouvoir ne veulent pas ouvrir leurs œillères, la communauté autochtone décrite dans Angry Inuk encaisse et ne bronche pas, conservant une sérénité et un calme quasi irréels. Athelea Arnaquq-Baril réussit à plonger le spectateur dans une profonde tristesse face à la sourde oreille inébranlable des décideurs, mais aussi à lui faire comprendre et capter les quelques relents d’espoir qui animent toujours ces sages du Nord.

Photo: COMMUNICATIONS RIDM

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