Les Québécois(es) continuent d’écouter de la musique à la radio, malgré la concurrence des plateformes d’écoute en continu, comme Spotify ou Apple Music.
Utilisée par près de 60 % de la population québécoise à cette fin, la radio est la plus grande source de découvrabilité de musique pour le public, selon un rapport préparé par l’Association québécoise de l’industrie du disque (ADISQ) en 2022. La moitié de la population québécoise écoutait des émissions musicales de radio au moins une fois par semaine en 2024, selon l’Institut de la statistique du Québec.
« J’aime bien écouter la station 98.3 qui met de l’avant des DJ et de la musique expérimentale », témoigne Alix Gravel, étudiante au Baccalauréat en science politique à l’UQAM.
Une facilité ou une infinité de choix ?
Selon Jean-Philippe Marcil, directeur de la programmation à Rouge FM, la commodité de la radio favorise sa popularité. « La radio demeure très facile, tu te branches et une liste de lecture pour notre auditeur ou notre auditrice type joue directement », explique-t-il.
D’après lui, les plateformes d’écoute en continu offrent tellement d’options qu’il devient difficile pour le public de choisir. Ainsi, les stations musicales facilitent le processus. « Les plus jeunes qui ont toujours eu accès à la surabondance d’offres aiment pouvoir se brancher, puis se faire accompagner, sans devoir se creuser la tête », observe M. Marcil.
Philippe Fehmiu, animateur à ICI Musique, abonde dans ce sens en précisant l’importance de son métier pour la découverte musicale. « Comme animateurs, on est positionnés comme des curateurs musicaux, c’est-à-dire des experts de nos styles musicaux. […] Donc, les gens ont confiance en nous pour avoir un reflet de ce qui se passe musicalement dans les différents secteurs », estime celui qui est à la barre de l’émission Cosmopolite.
La société Luminate, une plateforme d’analyse des tendances culturelles, estimait que 106 000 morceaux ont été mis en ligne sur des plateformes d’écoute en continu chaque jour en 2025. L’accessibilité des outils de création musicale et l’intelligence artificielle expliquent entre autres l’abondance de chansons sur les plateformes, selon M. Fehmiu.
Le modèle d’affaires des plateformes en continu privilégie la surabondance « pour garder les internautes captifs », d’après lui.
Cette forme de marketing repousse toutefois certain(e)s utilisateurs et utilisatrices. « Je me suis déconnectée des plateformes de diffusion en continu parce que je n’aimais pas leur modèle d’affaires », souligne Alix Gravel.
La radio vieillit avec son auditoire
Même si les chaînes de radio musicale maintiennent des cotes d’écoute importantes, elles subissent une baisse de popularité chez les jeunes d’aujourd’hui. Un sondage de l’Institut de la statistique du Québec réalisé en 2025 démontre que 35 % des moins de 30 ans n’écoutent jamais la radio, alors que ce chiffre reste sous la barre des 15 % pour les 30 à 75 ans. Le directeur aux affaires publiques et à la recherche à l’ADISQ, Simon Claus, explique cet écart par « des habitudes de consommation très différentes ».
Les publics âgés seraient plus prompts à écouter la radio, car ils ont l’habitude de consommer la musique de cette manière, selon M. Claus. Cela s’explique par le phénomène de verrouillage technologique où une personne préfère garder une technologie moins efficace que de s’adapter à un nouvel outil.
M. Claus croit que les radios sont conscientes de ce phénomène et adaptent leurs contenus afin de favoriser un meilleur financement. « Aujourd’hui, les radios ont tendance à se réfugier vers des publics plus âgés, c’est aussi ce qu’attendent les publicitaires », fait-il remarquer.
Faire face à la concurrence
Philippe Fehmiu croit que l’univers d’ICI Musique offre une expérience à son audience qui ne peut être reproduite par les plateformes d’écoute. « On participe à des festivals, on répond à tous les messages de nos auditeurs et auditrices, ça fait en sorte qu’ils et elles nous connaissent et se sentent proches de nous », constate-t-il. À son avis, ce lien permet de fidéliser l’auditoire.
Du côté de Rouge FM, renouveler et maintenir le public « ne passe pas nécessairement par la musique », estime M. Marcil. « [Les émissions du matin, du midi et du retour] sont les trois piliers de notre station. Ensuite, on espère que l’offre accroche suffisamment pour rester pour la musique », ajoute-t-il. Des extraits des émissions sont relayés sur les réseaux sociaux, dont TikTok, Instagram et Facebook afin d’attirer de nouvelles oreilles.
Le directeur de programmation pense que le modèle radiophonique est amené à évoluer pour correspondre aux attentes des auditeurs et auditrices et entrevoit même une place pour l’intelligence artificielle afin d’offrir une programmation personnalisée à chacun dans les prochaines années. « Ultimement, qu’est-ce qu’une station de radio? C’est du contenu audio produit 24 h/24, 7 j/7, peu importe comment le contenu audio est consommé », rappelle-t-il.


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