Le mode de vie frugal apparaît de plus en plus comme un moyen de parvenir à l’indépendance financière et à la retraite anticipée, selon Martine Berthelet, experte en planification financière. Si certain(e)s affirment qu’il s’agit d’une perspective intéressante, d’autres remettent en question son efficacité.
Le frugalisme est un mouvement qui prône un mode de vie simple, en renonçant au matériel et en limitant ses dépenses au maximum, afin d’atteindre l’indépendance financière et parfois une retraite précoce. Celui-ci gagne en popularité, notamment chez les jeunes adultes, estime Martine Berthelet, experte en planification financière et chargée de cours au Département de finances de l’UQAM. « Je vois qu’il y a beaucoup de jeunes qui veulent prendre leur retraite de plus en plus tôt », observe-t-elle.
Elle attribue cet engouement à une volonté d’obtenir une liberté financière dans un monde où le coût de la vie ne cesse d’augmenter. Cependant, selon Mme Berthelet, les dépenses saisonnières (chauffage, transport ou loisirs intérieurs) rendent plus difficile l’atteinte d’une indépendance financière rapide. Elle souligne que, contrairement aux régions plus tempérées où certaines dépenses peuvent être évitées, l’hiver force souvent les Québécois(es) à consommer davantage de chauffage, d’électricité et de nourriture.
Une vie restreinte ?
Jean-Sébastien Pilotte, frugaliste retraité depuis ses 39 ans, affirme que ce style de vie lui permet d’être moins centré sur lui-même. « Quand on a du temps et moins de stress, on est plus créatif et on est plus disposé à aider les autres », avance-t-il.
Selon Mme Berthelet, le frugalisme exige un mode de vie très restrictif qui ne convient pas à tout le monde. « Il faut vraiment avoir quelqu’un qui n’a pas beaucoup de désirs, qui n’a pas beaucoup de besoins. Il y a une mince partie de gens, je pense, que ça peut toucher », souligne-t-elle.
Une opinion que partage Rey Dufort-Boutsalis, étudiant en télévision à l’UQAM, qui ne pratique pas le frugalisme. « Oui, ça peut peut-être être viable, mais en même temps, à quel point tu vis ? » se questionne-t-il. Pour lui, pour que ce modèle soit efficace, il aurait fallu commencer à l’intégrer bien plus tôt dans sa vie de jeune adulte. L’étudiant a l’impression que le mode de vie frugal lui ferait « manquer tellement d’expériences », telles que pouvoir se rendre au mariage à l’étranger de son meilleur ami, évoque-t-il avec humour.
À l’inverse, Jean-Sébastien Pilotte, jeune retraité de 47 ans et adepte d’un mode de vie frugal, avance que lui et sa femme ont « sacrifié le matériel pour vivre des expériences ». « Nous avons beaucoup voyagé, sommes beaucoup sortis, avons mangé aux meilleures tables, mais n’avons pas possédé de belles voitures ou de vêtements griffés », raconte-t-il.
Les difficultés d’une retraite hâtive
Le système de retraite complique aussi la perspective de quitter le monde du travail précocement à l’aide du frugalisme, estime Mme Berthelet. Au Canada, les régimes publics de retraite sont conçus pour des départs autour de 60 à 65 ans.
Mme Berthelet rappelle que la capacité d’épargner dépend d’abord du revenu disponible. « On peut vouloir économiser beaucoup, mais encore faut-il avoir un surplus », précise-t-elle.
Pour plusieurs jeunes retraité(e)s, la retraite anticipée ne signifie d’ailleurs pas un arrêt complet du travail. « Souvent, les gens vont continuer à travailler un peu, mais à leur rythme, dans des emplois qu’ils aiment, faire des passe-temps qui sont moins payants », explique la spécialiste, qui insiste sur l’importance d’avoir un plan de secours en cas d’imprévus financiers ou de problèmes de santé.
Jean-Sébastien Pilotte, lui, ne travaille plus du tout. Il raconte qu’il n’a plus besoin de générer de revenus pour le restant de sa vie et il se décrit comme « 100 % indépendant financièrement ». Le frugaliste explique ce succès par ses investissements en bourse.
Investissement et frugalisme, indissociables ?
Il mentionne que, lorsqu’il a adopté ce mode de vie, ses proches avaient peur que lui et sa femme manquent d’argent ou s’ennuient. « Ce ne fut pas le cas. La bourse a explosé depuis », explique-t-il. Il souligne donc la nécessité d’investir. « Épargner n’est pas suffisant. Il faut que ça fructifie. Pour être retraité, ça prend aussi des revenus passifs, des revenus qui ne requièrent pas de travailler. »
Si cet adepte du modèle frugal estime que bien investir peut tout changer, l’experte en planification financière, Mme Berthelet, rappelle qu’investir n’est pas aussi rentable pour tout le monde. « La plupart des gens vont peut-être investir 10 % de leurs revenus », affirme-t-elle.
Pourtant, elle explique que très peu de ces gens verront ces 10 % fructifier. Selon la spécialiste en dépenses personnelles, même ceux et celles qui connaîtraient un succès dans cette entreprise ne le connaîtraient que dans un futur lointain.


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