Coupe du monde de la FIFA 2026La ferveur du peuple haïtien déferle jusqu’à Montréal

Pour la première fois depuis 1974, Haïti s’apprête à faire son grand retour à la Coupe du monde de soccer de la FIFA. Pour la communauté haïtienne montréalaise, cet événement dépasse le cadre sportif et représente un liant identitaire porté par la fierté.

Pour comprendre l’intensité de cette émotion, il faut remonter 52 ans en arrière, à la dernière édition de la Coupe du monde de soccer à laquelle Haïti a participé. Bien que le tournoi fût peu fructueux sur le plan des résultats, cette édition de l’équipe des Grenadiers, surnom donné à l’équipe haïtienne, a profondément marqué l’imaginaire collectif du pays. 

Lors d’une des parties de ce tournoi, l’attaquant haïtien Emmanuel Sanon avait interrompu la séquence d’invincibilité du portier italien Dino Zoff, vieille de 1173 minutes de jeu. Ce moment d’anthologie est devenu un pont intergénérationnel de transmission pour l’amour du ballon, selon les intervenant(e)s avec lesquels le Montréal Campus s’est entretenu. « J’ai grandi sur les histoires d’Haïti, sur cette équipe de 1974 », confie l’ancien capitaine de l’Impact de Montréal, d’origine haïtienne, Patrice Bernier.

La qualification des Grenadiers à la Coupe du Monde de la FIFA 2026 renforce le sentiment d’appartenance qu’entretiennent les Haïtien(ne)s d’origine avec leur pays. « C’est un renouveau du sentiment patriotique », estime le partisan Makenly Pierre-Saint.

La sélection nationale haïtienne est composée de trois Montréalais : Garven Metusala, Woobens Pacius et Josué Duverger. Pour le passionné de soccer montréalais haïtien Roodmhir Delva, leur participation pourrait avoir le même effet « qu’avec Luguentz Dort ou Chris Boucher [au basketball]. C’est-à-dire des gars de chez nous, de Montréal-Nord », qui rayonnent sur la scène mondiale et qui inspirent les athlètes de demain. Selon Patrice Bernier, cette campagne rend « tangible » la voie vers le soccer professionnel pour les jeunes issu(e)s de la diaspora haïtienne à Montréal.

Des « malades du foot »

Selon Roodmhir Delva, le soccer est absolument « viscéral » pour sa communauté. « On est des malades de foot », s’exclame son compatriote, Makenly Pierre-Saint, avec fierté. 

Faute de voir leur pays représenté, les Haïtien(ne)s sont devenus « par défaut » des partisan(ne)s acharné(e)s de l’équipe nationale brésilienne, non seulement parce qu’elle fait preuve de succès, mais aussi parce que ces deux peuples possèdent des similitudes ethnographiques, selon Patrice Bernier. 

Cette participation d’Haïti à la Coupe du Monde, la deuxième de son histoire, transforme le lien qu’ont les Haïtien(ne)s avec l’événement. Pour l’ex-entraîneur des équipes de jeunes de la Fédération haïtienne de football, Angelo Jean-Baptiste, « cette qualification dépasse le sport ». « La diaspora haïtienne, à Montréal, aux États-Unis ou en Europe, se mobilise massivement, parce que voir Haïti à la Coupe du Monde, c’est une source de dignité, de visibilité et de fierté collective », affirme-t-il.

À Toronto, la sélection haïtienne a affronté les équipes tunisienne et islandaise lors de deux rencontres amicales ayant eu lieu les 28 et 31 mars derniers. L’ex-entraîneur assure que 10 autobus de 56 places ont fait l’aller-retour entre Montréal et la Ville-Reine. Il s’attend à un phénomène similaire lors de la Coupe du Monde. « On va jouer notre premier match à Boston le 13 juin, alors on commence déjà à se mobiliser massivement pour aller à Boston et à Philadelphie, fait-il savoir. Même si les billets sont très dispendieux, la diaspora haïtienne veut aller vivre cette expérience ».

À l’été 2026, l’équipe haïtienne affrontera l’équipe écossaise. Sa deuxième rencontre, à Philadelphie, l’oppose au… Brésil. « Toute la diaspora va tenter d’aller voir ce match », soutient Patrice Bernier. « C’est comme le paradis sur Terre », renchérit Makenly Pierre-Saint. 

Une source d’espoir

Claudine Douville, commentatrice des matchs de soccer à RDS depuis plus de 30 ans, valorise le rayonnement international positif permis par la participation d’Haïti. « Dans un contexte où tout ce que tu entends toujours sortir d’Haïti, c’est négatif, pour une fois, il y a quelque chose de positif », explique-t-elle. 

Elle a d’ailleurs la conviction que le contexte politique motivera l’équipe à la Coupe du monde 2026. « Les joueurs qui vont être là, je pense qu’ils vont se sentir investis d’une mission : montrer quelque chose de positif pour le pays, apporter de l’espoir », dit-elle. Une chose est certaine, la communauté haïtienne de Montréal attend avec impatience le retour de son pays d’origine à cet événement d’envergure. « Même ma mère, qui n’est pas nécessairement fan, a un engouement un peu plus prononcé, partage Roodmhir Delva en riant. Depuis que je suis petit, on m’a parlé de 1974, mais je n’aurais jamais pensé que j’allais voir ça de mon vivant. »

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