Liker, un geste révélateur?

« Liker une page ne signifie pas en cautionner le contenu », a affirmé la chercheuse et réalisatrice Léa Clermont-Dion sur sa story Instagram, quelques jours après avoir reçu des critiques pour être abonnée à l’humoriste controversé Julien Lacroix. À la suite de cet épisode, des internautes se demandent : les interactions sur les réseaux sociaux sont-elles synonymes de soutien?

Si, avant, suivre un compte ou encore aimer une page Facebook étaient des signes explicites d’appréciation, les implications sociales ont aujourd’hui changé, selon Laurence Grondin-Robillard, professeure associée à l’École des médias.

« On n’aime plus les pages, on s’abonne à des pages », explique-t-elle. « C’est de plus en plus le terme “abonnement” qu’on va utiliser. Donc, ça ne veut pas dire qu’on encense la personne parce qu’on s’abonne à sa page. »

Mis à part l’intérêt, il existe aujourd’hui plusieurs raisons qui poussent les gens à suivre une personne, controversée ou pas : pour se tenir informé(e), pour détester de près ou tout simplement parce qu’on a oublié de se désabonner.

Samuel Bourque, étudiant au Baccalauréat en histoire à l’UQAM et membre du Parti communiste révolutionnaire, fait partie de ceux et celles qui suivent certains comptes dans le but de rester à jour. « Je suis plusieurs pages de droite, plusieurs bourgeois, pour être capable de comprendre leurs arguments et de les démonter », affirme-t-il. Tout comme Léa Clermont-Dion, il ne croit donc pas que suivre une personne veut dire cautionner ses actions.

Quand les internautes s’en mêlent

Abigaël Neault, étudiante au Baccalauréat en art dramatique (concentration scénographie) à l’École supérieure de théâtre de l’UQAM, raconte qu’il lui arrive parfois, comme internaute, de porter attention à ce que les gens qu’elle suit aiment lorsqu’elle navigue sur les réseaux sociaux. « Je vais un peu savoir ce qu’elle pense, où elle se positionne. Ça va me dire des choses sur cette personne », dit-elle. 

Pour d’autres internautes, peu importe les motivations derrière, suivre un individu controversé en ligne peut, pour cette raison, être mal perçu. « Pour un utilisateur qui ne se questionne pas là-dessus, [un abonnement] peut ressembler à “je cautionne cette personne, ces gestes, je les accepte”, parce qu’on a associé la valeur d’un abonnement, d’un compte, à un cœur, un j’aime », explique Laurence Grondin-Robillard. 

« Plus le nombre d’abonnés est élevé, plus la personne apparaît comme étant populaire. Elle apparaît aimée, donc reconnue par la société, importante », mentionne-t-elle. C’est cette association qu’il faudrait, à son avis, changer, pour être plus à jour avec le fonctionnement d’aujourd’hui des réseaux sociaux aujourd’hui.

Selon Claudie Saulnier, consultante en communication numérique, les gestes en ligne ne sont pas des actions qui parlent plus que d’autres, si ce n’est qu’au niveau de la réputation. « Si on est reconnu par nos pairs, là, ça a plus de poids pour le milieu dans lequel on se trouve ».

Militer au temps du numérique

Les plateformes sociales sont devenues pour beaucoup un espace de sensibilisation et de militantisme. Dans un contexte où l’on défend publiquement une cause en particulier, comme le féminisme, suivre un compte problématique peut soulever des doutes quant à l’authenticité des convictions.

« Une des pires choses […] est si le public se rend compte que ce qu’on dit et ce qu’on fait ce n’est pas cohérent. Si les bottines ne suivent pas les babines, c’est un enjeu », précise Mme Saulnier. Pour le public qui observe cela, suivre un compte qui semble être à l’encontre de nos valeurs peut s’agir d’une incohérence et susciter des questionnements.

Plusieurs, comme l’étudiant Samuel Bourque, croient toutefois que les réseaux sociaux ne sont pas une bonne manière de mesurer ou de juger l’activisme d’une personne dans la réalité. « Je pense que le point le plus important, c’est que, dans la vraie vie, notre militantisme est plus important », exprime-t-il.

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