« Pourquoi utilises-tu les produits de Fenty Beauty si ce n’est pas Palestine safe? » C’est le commentaire que j’ai laissé sous une diffusion en direct sur TikTok d’une influenceuse de beauté américaine. Elle évite ma question. Silence radio.
Peu de temps après le 7 octobre 2023, j’ai commencé à me renseigner sur les entreprises de beauté qui soutiennent la cause palestinienne. C’est à ce moment que j’apprends que la compagnie de Rihanna, Fenty Beauty, opère sous le groupe de luxe LVMH.
En 2021, son président, Bernard Arnault, a investi dans la société de cybersécurité d’origine israélienne Wiz. Un an plus tard, LVMH verse plus de 90 millions de dollars à un laboratoire de production de diamants situé à Rehovot, en Israël.
Une ville qui accueillait au sud-ouest, avant le dépeuplement de 1948 effectué par l’armée israélienne, le village palestinien de Zarnuqa. De nombreuses familles résidant sur ces terres ont été forcées à quitter leur maison, certaines ont même été tuées.
LVMH soutient économiquement une entreprise se trouvant en territoire occupé et donc choisit de ne pas remettre en question le problème fondamental des colonies d’Israël. Ainsi, le boycottage prend tout son sens : refuser de financer, c’est pour moi une manière de s’opposer aux actions d’Israël.
À mon avis, les influenceurs et influenceuses n’osent pas dénoncer les marques supportant Israël par « peur d’être trop politique ».
Pourtant, lorsqu’on y pense, maintenant, toutes actions, même les plus banales, s’avèrent comme étant « politiques ». Acheter un fard à joues de Fenty Beauty comparativement à Huda Beauty, qui appuie ouvertement la Palestine, en est un exemple.
Lorsque les créateurs et créatrices font la promotion d’une marque ou d’un produit, ils et elles détiennent un pouvoir important : la confiance du public. Selon une étude de Matter Communications réalisée en 2023, près de 69 % des consommateurs et consommatrices accordaient davantage de crédibilité à ceux et celles qui créent du contenu en ligne plutôt qu’aux entreprises elles-mêmes.
Grand merci au lien parasocial, cette illusion d’une fausse proximité unilatérale fait croire aux abonné(e)s qu’ils et elles sont important(e)s aux yeux des personnes créatrices de contenu. Toutefois, dans les faits, les abonné(e)s ne sont qu’un public à monétiser.
Considérant que ceux et celles qui prennent d’assaut nos fils d’actualité disposent d’un tel pouvoir d’influence, pourquoi n’utilisent-ils et elles pas leur plateforme pour aborder les problèmes sociétaux?
Le fait de ne pas se prononcer signifie, à mes yeux, ne pas avoir d’avis sur un enjeu. En discutant avec Tristan Boursier, stagiaire postdoctoral au Centre de recherche interdisciplinaire sur la diversité et la démocratie de l’UQAM, je réalise que j’ai tort.
Éviter de partager son point de vue sur les réseaux sociaux ne veut pas dire qu’on est apolitique. Néanmoins, « le fait de silencier [un enjeu] peut potentiellement impliquer un soutien passif », relève M. Boursier. Parce que oui, le silence est un positionnement politique.
S’abstenir de parler publiquement d’une question peut également être purement lié à un raisonnement économique. D’après M. Boursier, lorsque les influenceurs et influenceuses affirment une opinion, cela « peut leur fermer de potentiels clients ».
Être préoccupé(e) par l’argent semble être la raison pour laquelle certaines personnes choisissent le silence. À mon avis, ils et elles sont simplement le produit de notre société capitaliste.
Les rares fois où les influenceurs ou influenceuses choisissent de se prononcer, certain(e)s doivent parfois même se censurer pour éviter de recevoir des messages haineux. Bien évidemment, quelles sont les personnes les plus victimes? Les femmes.
Selon M. Boursier, les médias sociaux viennent amplifier les oppressions que certaines personnes vivent dans la société. Donc, la misogynie à laquelle fait face une femme dans son quotidien se manifeste de manière encore plus intense en ligne.
Peut-être que c’était le cas de mon influenceuse américaine. Avait-elle peur des représailles en répondant à ma question?
Je la comprends et je ne peux pas réellement lui en vouloir. Je ne serais jamais capable de faire comme ces influenceuses: continuer de publier du contenu en ligne lorsque ma boîte de messages est pleine à craquer de menaces de mort et d’insultes. Imaginez-vous le poids énorme qu’elles doivent porter.
Donc, qui devrais-je réellement blâmer pour son silence? Est-elle réellement responsable?



Laisser un commentaire