Une intelligence artificielle qui joue au Cupidon

Résoudre vos problèmes relationnels et faire des rencontres amoureuses en jumelant un « algorithme ultra poussé » d’intelligence artificielle (IA) et des événements en personne : c’est ce que promet la compagnie montréalaise d’appariement amoureux Esty.Love.

Une fois qu’un participant(e) a répondu à une centaine de questions via le site Web d’Esty.Love, l’IA de l’entreprise crée un dossier avec ses informations, comme son type de personnalité et son style d’attachement. Ce dossier est par la suite rendu accessible aux 400 autres membres de la plateforme. 

La compagnie, fondée en 2023 par l’architecte de données Linh Lan Nguyen, propose également diverses activités sociales, comme des rencontres express, ou speed dating en anglais, et des dégustations de bières afin que les membres se rencontrent en personne. Durant ces soirées, chaque participant(e) reçoit un numéro associé à son profil en ligne. À l’aide d’une application associée à la plateforme d’Esty.Love, les célibataires peuvent octroyer une note aux autres candidat(e)s en fonction de leur appréciation. À la fin de la soirée, les participant(e)s savent qui s’intéresse à eux ou à elles et peuvent apprendre davantage sur ces personnes en consultant leurs profils. Les membres peuvent ensuite prendre contact avec les candidat(e)s qui les intéressent à travers la plateforme.

« Pointage parfait »

Selon la fondatrice d’Esty.Love, Mme Nguyen, ces évènements permettent de faire le lien entre la technologie de l’IA et l’intuition humaine. « L’IA peut calculer un pointage parfait entre deux personnes, mais en se rencontrant, elles réalisent qu’il n’y a pas de chimie ou vice-versa », explique-t-elle.

« Je trouve que le principe est vraiment cool. J’ai juste, personnellement, un peu de réticences par rapport à l’intelligence artificielle pour des raisons environnementales », affirme Léa Gossin, une étudiante au Baccalauréat en éducation préscolaire et enseignement primaire à l’UQAM, interrogée sur le sujet.

Noé Klein, candidat au doctorat en sociologie de l’intimité, est du même avis. « Il y a des enjeux écologiques et énergétiques avec l’IA, beaucoup plus qu’avec d’autres technologies », précise-t-il. L’étudiant, dont la thèse porte sur les parcours intimes des utilisateurs et utilisatrices des applications de rencontre, apprécie tout de même l’idée des activités mises en place par Esty.Love. « Ça témoigne du regain de popularité des rencontres en personne. Les gens sont lassés des rencontres en ligne », observe-t-il.

Éthique des données

Sur le site Web de l’entreprise, on souligne que « la confidentialité et la sécurité des données » des utilisateurs et utilisatrices est priorisée. « C’est une chose de le dire, c’est une autre de le confirmer », mentionne Frédérick Bruneault, chercheur associé à l’Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’IA et professeur de philosophie au Cégep André-Laurendeau. 

Si la plateforme prétend s’améliorer ou se personnaliser au fil des interactions, cela suppose que des informations sur les interactions sont collectées, selon lui. « Plusieurs données qui ne semblent pas nécessairement sensibles, une fois combinées, peuvent révéler des informations confidentielles », explique-t-il. C’est ce qu’on appelle la triangulation des données.

Le professeur rappelle que les algorithmes peuvent présenter des biais vis-à-vis certains groupes socioculturels. « Les données d’entraînement, bien souvent, vont représenter majoritairement la population occidentale d’expression anglophone », souligne-t-il. D’après lui, dans le cas d’un algorithme usé à des fins de rencontres amoureuses, l’IA pourrait avantager certains profils au détriment d’autres en vertu de biais.

C’est d’ailleurs ce que craint Patrice Robitaille, un étudiant en gestion internationale à l’UQAM questionné par le Montréal Campus sur les activités d’Esty.Love. Pour lui, le fait d’attribuer une note aux participant(e)s soulève des problèmes. « L’algorithme va s’adapter aux cotes, puis certaines personnes vont baisser dans les recommandations », s’inquiète-t-il.

Une réelle innovation?

L’idée d’intégrer une nouvelle technologie pour créer de meilleures connexions humaines ne date pas d’hier. « Ça s’inscrit dans un discours qui a toujours été mis de l’avant par les plateformes de rencontre en ligne, d’utiliser la science pour trouver le meilleur partenaire », souligne Noé Klein. 

Le candidat au doctorat uqamien rappelle que les applications de rencontre bien connues, comme Tinder ou Hinge, utilisent déjà une forme d’IA pour faire les appariements en fonction des comportements précédents. Son usage par les plateformes de rencontres amoureuses continuera d’augmenter, d’après l’expert.

La Brasserie Les Soeurs Grises, située dans le Vieux-Rosemont, accueille environ deux événements de Esty.Love par mois. D’après la brasserie, certain(e)s de leurs client(e)s habituel(les) y participent et le bar est « bien occupé » pendant ces activités.

D’après la fondatrice d’Esty.Love, Mme Nguyen, plusieurs couples ont déjà été formés grâce à son entreprise. D’autres personnes sont simplement heureuses des apprentissages qu’elles ont pu faire sur elles-mêmes grâce aux recommandations de l’algorithme et aux discussions lors des activités.

Bien que les tarifs pour accéder à des services et avantages spéciaux sur la plateforme oscillent entre 500 $ et 900 $ américains sur le site Web d’Esty.Love, Mme Nguyen offre l’accès à l’algorithme gratuitement pour l’instant, avec le membrariat standard. Puisqu’elle est toujours « en phase de recherche et de développement », elle préfère seulement demander un petit montant pour les activités, et ce, jusqu’à ce qu’elle soit « satisfaite » de l’algorithme.

La fondatrice espère doubler son membrariat afin de franchir la barre des 1000 membres au début de l’été. Elle espère que son entreprise croisse au-delà de Montréal et Ottawa, qui sont les seules villes où l’on retrouve ses événements.

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