Qui sont les Ultras encourageant le CF Montréal?

Dans le monde du militantisme sportif entourant le CF Montréal, deux groupes aux visions différentes règnent au stade Saputo : le Collectif Impact Montréal (CIM) et le 1642 MTL. Dès le début de la saison 2027, ils s’apprêtent à cohabiter dans la même section du stade.

Qu’est-ce qu’un(e) Ultra?

Les Ultras sont des partisan(e)s fanatiques d’une équipe de soccer. Les membres peuvent passer des semaines à préparer des bannières ou des tifos – des animations visuelles mobilisant un grand nombre de participant(e)s – pour les présenter seulement trois ou quatre minutes durant la partie. La culture ultra et ses codes, soit ceux qu’on retrouve au CIM,trouve ses origines dans l’Angleterre et l’Italie des années soixante chez les jeunes prolétaires. On les retrouve surtout en Europe ou en Amérique latine, mais très rarement en Amérique du nord. 

Le CIM et le 1642 MTL sont divisés idéologiquement, particulièrement par l’utilisation de la cloche, un symbole culturel du militantisme sportif nord-américain. Le 1642 MTL l’utilise, le CIM, non. Cette cloche, anodine pour le commun du public, est un symbole de la culture sportive nord-américaine, selon Maxime Truman, journaliste du média sportif Dans les coulisses. « S’il le pouvait, [le CIM] enlèverait la cloche », explique-t-il. Malgré leurs différences, les deux groupes entretiendraient pourtant de « bonnes relations », selon les intervenants consultés par le Montréal Campus

Les deux groupes s’apprêtent pourtant à cohabiter dans la section 132 du stade pour la première fois de leur histoire. Ce changement entrera en vigueur à la fin de la saison du CF Montréal en Major League Soccer (MLS), soit après le 7 novembre. Cette section était jusqu’à récemment réservée au CIM. Le stade était d’ailleurs le seul dans la MLS à opposer deux groupes de partisan(e)s.

Le CIM, c’est quoi? 

Le CIM compte plus de 200 membres en tribune et maintient un noyau actif d’environ 50 à 60 personnes. Il est composé de plusieurs sous-groupes, comme le 132 Crew Montréal, d’obédience antifasciste, la Brigade Montréal, aux tendances souverainistes, la Jeunesse Ultra 514, qui cherche à mobiliser les jeunes, et le Bolos Crew, qui regroupe les ultras latino-américain(e)s. On y retrouve surtout de jeunes hommes. L’inclusion reste toutefois une valeur politique clé du collectif, selon Louis. Cherchant à agir comme un contre-pouvoir à l’administration du club et à se protéger de potentielles répercussions, le CIM valorise l’anonymat de ses membres dans l’espace public, comme la plupart des groupes ultras.

Le CIM est ouvertement antifasciste dans son ensemble et opposé à toute forme de discrimination, affirme Louis. Toujours selon lui, le collectif s’oppose aussi au chant d’hymnes nationaux avant les parties ou à l’affichage de drapeaux nationaux. Certain(e)s membres du groupe ont néanmoins affiché leur soutien à la Palestine lors d’un match en juin 2024 à l’insu des directives du collectif, soulève Louis, qui était présent. L’opposition à la commercialisation du sport et l’accessibilité du stade sont toutefois des luttes qui fédèrent les ultras, ajoute-t-il. 

L’indépendance financière du CIM par rapport à l’administration du club lui permet de critiquer ou d’encourager le club à sa façon, juge Louis. Les sympathisant(e)s peuvent donc « marcher un peu sur la ligne » lorsqu’ils et elles utilisent des bombes fumigènes après un but ou qu’ils et elles invectivent l’administration du CF Montréal avec leurs banderoles, affirme le partisan. 

Et le 1642 MTL?

Le 1642 MTL, pour sa part, compte une centaine de membres, dont 25 sont très actifs et actives. Le groupe a connu un certain déclin, raconte sa porte-parole, Judith Longpré, depuis le changement en 2021 du logo et du nom du club, qui est passé de l’Impact de Montréal au CF de Montréal. « Ça nous a vraiment fait perdre des gens qui se sont sentis complètement déconnectés de ce club », dénonce Mme Longpré, directrice des communications du 1642 MTL.

Elle fait aussi valoirque les familles sont nombreuses dans les rangs du 1642 MTL et la proportion d’hommes et de femmes qu’on y trouve est presque égale. Elle mentionne, comme le journaliste Maxime Truman, que les jeunes militant(e)s de l’équipe de soccervont souvent débuter avec le CIM, pour ensuite migrer vers le 1642 MTL lorsqu’ils et elles vieillissent en raison des valeurs plus modérées du groupe. Le 1642 MTL a fait le choix de ne pas afficher son orientation politique, comme le recommandait l’Independant Supporters Council, un organisme qui s’occupe de codifier les pratiques des fanatiques de sport au Canada et aux États-Unis. Le 1642 MTL, tient à s’opposer lui aussi, à toutes formes de discrimination, confirme Mme Longpré. 

Tout comme le CIM, le 1642 MTL dispose d’une indépendance financière face à l’équipe. Il opte toutefois pour une utilisation plus modérée des moyens mobilisés par le CIM, estime sa porte-parole. 

Pas des « hooligans » 

Louis condamne le « mauvais traitement médiatique » des groupes ultras, qui les fait parfois passer pour des « hooligans violents ». M. Truman mentionne à cet effet les quelques accrochages du CIM avec ses homologues torontois(es), notamment lors d’une bagarre dans le stationnement du centre Pierre Charbonneau. Le journaliste tient à préciser que les actions occasionnelles de quelques individus ne définissent pas l’approche du collectif.

Coincé entre l’incompréhension médiatique et une culture nord-américaine du sport favorisant le divertissement et la consommation, l’engagement revendicateur et parfois politique des ultras risque de continuer à passer pour une anomalie dans le monde sportif québécois souvent étranger à ces enjeux, estime Maxime Truman.

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