Celle qui tend l’oreille aux parents étudiants

Ce texte est paru dans le cahier spécial Portraits de l’édition papier du 30 mars 2023

Vingt-huit ans après la fin de son parcours à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Annie Noël de Tilly a décidé d’y revenir pour jouer un rôle bien différent. Depuis 2020, elle prête main-forte à environ 8000 parents étudiants en tant que coordinatrice du Comité de soutien aux parents aux études de l’UQAM (CSPE-UQAM).

Quand Annie Noël de Tilly a terminé son baccalauréat en communication à l’UQAM en 1992, rien ne semblait destiner celle qui a fait carrière en journalisme à son emploi actuel. Ayant grandi en écoutant la radio avec sa famille, elle a rapidement choisi ce domaine des communications.

Se décrivant comme une « Radio-Canadienne dans l’âme », elle a été embauchée par la société d’État à la fin de ses études universitaires. Elle a eu la chance d’y être rédactrice avant de devenir cheffe adjointe de pupitre durant 15 ans. 

La naissance de son premier enfant en 1998 est toutefois l’événement qui l’a fait dévier de sa passion de l’époque. « J’ai eu mes deux enfants avec des suivis de sages-femmes, et c’est un monde qui m’a complètement happée », raconte-t-elle avec enthousiasme. 

Mme Noël de Tilly explique qu’à l’époque, le travail de sage-femme et les naissances à la maison étaient encore peu connus. Fascinée par le côté « humain, physiologique et naturel » du processus, elle a décidé d’en apprendre davantage sur le sujet.

Forte de cette nouvelle vocation, elle se met à suivre plusieurs formations. La pratique consiste à « accompagner de toutes sortes de façons les femmes ou les couples qui attendent un enfant, à l’hôpital et durant l’accouchement », détaille-t-elle. 

Son parcours l’a ensuite menée, en 2008, à quitter Radio-Canada et à enseigner le métier d’accompagnante à la naissance au sein de l’organisme communautaire Alternative Naissance. Au fil des années, elle perfectionne sa spécialisation en petite enfance, en grossesse et en accouchement, puis, en 2012, elle devient coordinatrice de l’organisme. Mme Noël de Tilly a gardé ce poste durant six ans, tout en continuant d’accompagner des femmes en situation de vulnérabilité.

Un retour à l’UQAM 

En 2020, Annie Noël de Tilly renoue avec ses racines uqamiennes et se joint au CSPE-UQAM. Même si elle quittait sa profession d’accompagnante à la naissance, elle cherchait tout de même un emploi touchant aux domaines communautaire et familial. C’est donc avec joie qu’elle a saisi l’opportunité de retourner à son alma mater.

Fondé en 2008, le CSPE-UQAM vient en aide aux parents qui ont entrepris des études universitaires en offrant du soutien financier, des programmes de garde d’enfants, de l’aide alimentaire et des activités. « Notre objectif, c’est de les encourager à persévérer et de diminuer les abandons. À terme, on veut améliorer leur situation socioéconomique et celle de leurs enfants », décrit Mme Noël de Tilly. 

L’ancienne présidente du conseil d’administration du CSPE-UQAM Gaëlle Magne raconte que l’arrivée de Mme Noël de Tilly a apporté énormément de stabilité au sein du comité. « Annie faisait le lien entre le conseil d’administration, les étudiants, l’UQAM et le Centre de la petite enfance. C’est vraiment elle qui était le carrefour entre toutes ces jonctions-là », affirme-t-elle. 

Depuis le début de son mandat comme coordonnatrice, Annie Noël de Tilly garde toujours la porte de son bureau ouverte, et ce, même durant ses heures de dîner. « On est là pour écouter les parents, pour les entendre, pour leur dire que l’on comprend que c’est difficile. Juste cette écoute-là, ça fait toute la différence », estime-t-elle. 

Se qualifiant de « pieuvre », Mme Noël de Tilly s’investit dans tous les projets du comité. Elle indique avec soulagement que de nouvelles personnes seront prochainement embauchées pour s’occuper de la branche politique du comité. La coordinatrice ne sera donc plus responsable de la mise en place de nouvelles politiques pour les parents étudiants à l’UQAM. « Moi, de nature, je suis plus quelqu’un de service », précise-t-elle. 

De nouveaux projets 

La plus récente victoire du CSPE-UQAM est la reconnaissance d’un statut pour les parents aux études. Cette mesure, qui faisait l’objet de négociations depuis 2020, a officiellement été acceptée le 5 janvier dernier par la Commission des études. Ce statut permet dorénavant aux parents d’accéder à de l’aide financière et d’être considéré(e)s comme des étudiants et des étudiantes à temps plein, même s’ils et elles suivent moins de quatre cours par session.

« Ce n’est pas une question de privilège, c’est une question d’équité. Quand tu es parent, tu as moins de temps pour étudier, moins d’argent, moins d’heures de sommeil ! C’est niaiseux, mais ça fait une grosse différence dans les études », soutient Mme Noël de Tilly au sujet de cette nouvelle reconnaissance du statut de parents aux études. 

Un nouveau projet anime déjà la coordinatrice et son comité : celui d’une halte-garderie. Ce projet pilote sera financé par le ministère de la Famille, précise Annie Noël de Tilly. À partir de la fin du mois de mars, la halte-garderie accueillera les enfants de la communauté étudiante du lundi au vendredi pour une dizaine de dollars par jour. La coordinatrice explique que cette initiative servira de solution de rechange aux garderies privées, dont les tarifs sont généralement plus élevés. 

Une attention particulière

Mère monoparentale de trois enfants et étudiante au baccalauréat en sciences comptables à l’UQAM, Estelle Makamdjo décrit en trois mots la coordinatrice : « patience, disponibilité et soutien ». 

Pour cette mère aux études, les rencontres organisées par le CSPE-UQAM lui ont permis de briser son isolement. « En tant que mère monoparentale, j’ai besoin de rencontrer des personnes, et Annie a toujours été disponible pour nous », confie-t-elle.

Estelle Makamdjo mentionne également « l’extrême soulagement » que lui apporte le service de garde à domicile, qui lui permet d’assister à ses examens se déroulant la fin de semaine avec tranquillité d’esprit.

L’étudiante souligne que les parents de l’UQAM sont extrêmement reconnaissants et reconnaissantes du travail de Mme Noël de Tilly, et que cette dernière doit « prendre le temps pour recevoir [cet] amour ».

Mention photo : Camille Dehaene | Montréal Campus

Erratum : Dans la version papier de l’hiver 2023, il est écrit le métier de sage-femme. C’est plutôt la métier d’accompagnante à la naissance.

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