À la uneSociétéL’agriculture urbaine pousse dans les écoles

François Carabin2 mai 20184 min

La pédagogie par agriculture urbaine prend de plus en plus de place dans les écoles du Québec, notamment à l’école secondaire Louis-Joseph-Papineau, qui met de l’avant cette pratique et s’efforce de fournir aux étudiants l’engrais qui leur permettra de grandir.

Le bâtiment de l’école secondaire du quartier Saint-Michel n’a rien de très attirant. L’établissement, qui a ouvert ses portes en 1970, est presque entièrement construit en béton et offre peu de fenêtres pour laisser entrer la lumière. « C’est un bunker », lance sans détour l’enseignante Karine Lévesque.

À quelque pas, sur le terrain de l’école, s’étendent toutefois les jardins des Patriotes. Depuis trois ans, plusieurs dizaines d’arbres y poussent et trois parcelles de terre de 900 mètres carrés abritent des plants de toutes sortes.

Ce lopin de terre, une initiative de Mme Lévesque, également formatrice au Laboratoire sur l’agriculture urbaine de l’UQAM (AU/LAB), fournit aux élèves et à la communauté environnante une oasis de développement.

« Je voyais que le terrain de l’école n’était pas aménagé et que les jeunes n’y allaient pas, se remémore Mme Lévesque. Je me suis dit qu’on pourrait bénéficier de cet espace-là pour produire. »

Pour le développement

Les subventions obtenues au cours des années ont permis de fortifier les jardins et de réaliser trois objectifs : l’autonomie alimentaire, la réussite éducative et la pré-employabilité.

« Les professeurs pourront, dès septembre, choisir des activités clés en main en classe extérieure, précise Karine Lévesque. Nous voulons amener les jeunes dehors. Ils manquent de nature, ils sont toujours enfermés, nous n’avons pas de fenêtres. »

Le directeur scientifique et à la formation du AU/LAB, Éric Duchemin, a rapidement constaté, en travaillant avec Mme Lévesque, que les jardins pouvaient avoir un impact majeur sur le développement des étudiants. « On peut faire de la géographie dans les jardins en regardant d’où viennent les plantes, explique-t-il On peut faire des mathématiques en faisant calculer aux enfants les volumes des bacs. »

« Dans les écoles secondaires, ces jardins pédagogiques sont devenus un bon moyen de mobiliser les adolescents », ajoute M.Duchemin.

À l’école Louis-Joseph-Papineau, des subventions en pré-employabilité permettent à un étudiant par été d’être rémunéré pour travailler à temps plein dans le jardin. « L’an passé, notre élève a pu payer ses études au collégial avec cet argent », souligne Karine Lévesque.

Créer un mouvement

L’AU/LAB tente de porter ce mouvement en offrant une formation pour les jardins pédagogiques et éducatifs chapeautée par Mme Lévesque. Le projet consiste à former les enseignants d’autres écoles pour qu’ils puissent à leur tour porter le flambeau, et ce, malgré un investissement gouvernemental presque absent.

« Le grand défi est de développer les compétences dans le corps enseignant, affirme M. Duchemin. On remarque que les projets d’agriculture urbaine en milieu scolaire sont toujours portés par des personnes très motivées. Mais, elles s’épuisent souvent et n’ont pas de ressources. »

Un jardin communautaire

L’école Louis-Joseph-Papineau veut venir en aide à sa communauté scolaire, mais aussi à celle du quartier Saint-Michel. Un mandat de production et de transformation a donc été entrepris par les jardins des Patriotes. Près de 1 500 plants de tomates et 900 plants d’ail seront entretenus au cours de l’été dans la cour de l’école. La plupart des légumes seront ensuite vendus dans différents établissements du quartier.

« Il y a des gens qui s’arrêtent pour nous parler et nous disent : “Ça fait trente ans que je vis dans le quartier, et je trouve ça beau de voir ce que vous faites comme développement social, se rappelle Mme Lévesque. Au marché, c’est rendu que les gens demandent à acheter nos produits. »

À long terme, l’enseignante espère que l’école pourra accueillir des ruches, des systèmes hydroponiques et même des poules. À plus grande échelle, le mouvement avance lentement, entre autres en raison du faible financement des gouvernements, mais l’intérêt est présent chez les professeurs.

« D’ici juin, nous aurons formé plus de cent personnes à l’UQAM, avance Mme Lévesque. C’est en développement. »

Karine Lévesque a de grandes ambitions pour ses étudiants et son quartier. Mais, en attendant, les élèves de Louis-Joseph-Papineau continueront de prendre soin de leurs petits semis de tomates, éparpillés partout dans l’école dans des étagères à lampes fluorescentes.

 

photo : SARAH XENOS MONTRÉAL CAMPUS

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