À la uneSociétéVivre sous le même toit

Camille Robillard10 avril 20185 min

De plus en plus de personnes délaissent l’individualisme pour s’installer en communauté. Même s’il existe différentes manières de s’adonner à ce mode de vie, un motif prédomine chez les résidents : le respect de valeurs collectives, dont le partage et la simplicité volontaire.

Le Manoir, une communauté à partage de revenus formée de trois femmes et deux hommes en Gaspésie, souhaite vivre en cohérence avec ces valeurs, que ce soit en matière d’alimentation, de partage ou d’une certaine autosuffisance.

« Notre communauté a une visée anticapitaliste. Dans notre autosuffisance, l’intention est plus à l’égard d’un système de consommation et d’exploitation avec lequel on n’est pas d’accord. On a donc décidé de ne pas dépendre de ce système et on n’y participe pas », fait valoir la cofondatrice de la communauté Le Manoir Arielle Paiement.

Une vision collective

« Certains ménages peuvent aussi rechercher dans ce type de logement un endroit où la collaboration entre locataires et une forme d’autogestion collective sont mises de l’avant », soutient le professeur du Département d’études urbaines et touristiques de l’UQAM Richard Morin.

Vivant sous le même toit, les membres du Manoir, qui sont dans la trentaine, se répartissent les revenus générés par leur coopérative, Les Potagers partagés, et par des contrats extérieurs, comme de la programmation web. « Les besoins de base des membres sont couverts par les revenus. Pour les petites gâteries, chacun a un budget discrétionnaire, qu’on peut dépenser dans ce que l’on veut », précise la cofondatrice.

Cette idée d’entraide et de proximité est également au cœur de la coopérative de solidarité Cohabitat Québec, où 105 membres se partagent 42 unités complètes et une maison commune depuis 2013 à Québec. « C’est comme un petit village où on connaît tous nos voisins et où on n’est pas gêné d’aller demander de partager des trucs ou encore des services », souligne Marie Champagne, membre de la communauté où elle partage une unité avec ses trois enfants.

Les adhérents n’hésitent pas, entre autres, à prêter leur voiture, à créer des horaires de covoiturage pour les enfants qui vont à la même école et à s’occuper des plantes de leurs voisins lorsque ceux-ci vont en voyage. « Il y a un aspect écologique qui m’interpelle beaucoup, car on a beaucoup d’objets communs. On a besoin d’une seule souffleuse, d’une seule tondeuse, car on a un seul terrain », explique la mère de 39 ans.

Gestion de conflits

La vie communautaire amène son lot de désaccords et de malentendus. C’est pourquoi l’apprentissage de techniques de communication est important au sein des communautés. « Ici, tous les membres doivent suivre une formation sur la communication non violente et, chaque année, on a un perfectionnement. C’est l’un des moyens qu’on a trouvés pour permettre le dialogue », résume Marie Champagne. Cette formation est également suivie par les membres du Manoir qui, pour leur part, se rencontrent une fois par semaine pour encourager le dialogue entre les membres.

Les réunions du Manoir et de Cohabitat Québec, contrairement à celles de certaines coopératives qui procèdent par un vote à majorité, sont régies par la sociocratie, un mode de gestion où les décisions sont basées sur le consentement et l’absence d’objection. « Si je n’ai pas d’argument solide, je vais vivre avec cette décision. C’est un processus un peu plus long au départ, mais en bout de ligne, on sait qu’on ne reviendra pas en arrière et que tout le monde va pédaler dans le même sens », assure la membre de Cohabitat Québec Marie Champagne.

« Les colocataires qui habitent dans les maisons communes ont aussi des règlements entre eux », affirme le cofondateur de la coopérative de travailleurs Le Repère, Stéphane Girard. Pour sa part, même s’il contribue aux tâches de la ferme et au maintien des bâtiments de la communauté, l’homme de 51 ans préfère vivre dans l’intimité que lui confère sa mini-maison, où il vit seul.

Les membres des coopératives enregistrées doivent également respecter une charte régie par la Loi sur les coopératives, qui détermine les règles juridiques et financières assurant le bon fonctionnement de celles-ci.

Subvenir à ses besoins

L’idée d’une autosubsistance est présente chez certaines communautés plus rurales. Que ce soit en ce qui a trait aux ressources ou à la rentabilité de leur entreprise, les membres du Repère et du Manoir visent, dans les prochaines années, l’autosuffisance alimentaire, énergétique et monétaire. « Idéalement, on aimerait avoir des entreprises qui génèrent assez d’argent pour ne pas devoir aller à l’extérieur afin d’avoir de meilleurs revenus. L’idée est de pouvoir créer nos propres emplois », affirme Arielle Paiement, qui travaille à contrat selon ses envies.

Même si la vie montréalaise lui manque parfois, Stéphane Girard a trouvé ce qu’il cherchait à Mont-Tremblant. Le fait de partager une ferme avec des gens d’expérience qui embrassent ses valeurs lui permet de réaliser un vieux rêve.

« Souvent, j’entends le commentaire “il y a ceux qui en parlent et ceux qui le font” et nous, on l’a essayé. C’est faisable et fort agréable. La conformité et la dépendance des banques et des grandes chaînes d’alimentation ne me manquent pas », indique M. Girard, qui s’alimente en grande partie des fruits et légumes qu’il produit et du bétail qu’il élève durant la saison estivale.

Les défis qu’apporte ce mode de vie ne découragent en aucun cas les membres. Au contraire, ils sont stimulés par cette proximité et leurs ambitions collectives. « C’est très dynamique. Chaque jour, il se passe quelque chose. Chaque jour, il y a des défis et des opportunités d’apprendre », affirme Arielle Paiement.

 

photo : SARAH XENOS MONTRÉAL CAMPUS

Des étudiants se sont rassemblés le 10 mars dernier à l’UQAM pour célébrer la Journée des communautés intentionnelles. 

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