À la uneCulturePari réussi pour les RIDM 2017

Félix Pedneault27 novembre 20174 min

SÉRIE | Vue sur les RIDM

Après dix-neuf éditions, les Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) restent actuelles et créatives en abordant des thèmes personnels et internationaux, offrant notamment une fenêtre sur les enjeux des migrants et des minorités.

« On a réussi à rejoindre un large public avec des films d’auteurs québécois ou des films internationaux qui flirtent parfois avec l’expérimental », affirme le directeur de la programmation des RIDM, Bruno Dequen. La plus grande fierté de M. Dequen reflète avec précision le contenu du festival.

Pour leur 20e édition, les RIDM ont présenté plus de 120 longs et courts métrages, mais aussi des films d’animation et des expériences interactives en réalité virtuelle, en plus de proposer des rencontres et des conférences avec des cinéastes du milieu documentaire.

Selon M. Dequen, les RIDM ont ouvert la porte à « la prise de parole des migrants et des minorités à travers des films réalisés par des cinéastes ayant vécu cette expérience », en plus d’aborder la remise en cause des inégalités systémiques aux États-Unis. Il prend pour exemple des films crus et authentiques comme Des spectres hantent l’Europe (Maria Kourkouta et Niki Giannari), où le spectateur partage le quotidien de migrants syriens qui tentent tant bien que mal d’entrer en Europe, ou encore We the Workers (Wenhai Huang), ce documentaire de près de trois heures qui expose six années passées avec les travailleurs des usines de métaux du sud de la Chine.

Pour souligner sa seconde décennie d’existence, le festival a aussi présenté en séance publique, au-delà de la programmation régulière, certains documentaires acclamés des dernières années. Parmi ces films, on retrouve Léviathan (2012, Véréna Paravel et Julien Castaing-Taylor), une exploration d’épaves de navires au rendu très expérimental, ou Junior (2007, Isabelle Lavigne et Stéphane Thibault), un documentaire sur les dessous de l’équipe de hockey junior majeur du Drakkar de Baie-Comeau.

Cette édition des RIDM a été porteuse « d’un désir de faire des films très intimistes portant sur des sujets plus personnels tels que la maladie mentale et l’approche de la mort ». On retrouve notamment ces thèmes dans les films Taming the Horse (Tao Gu) et Room for a Man (Anthony Chidiac) qui ont respectivement remporté le prix de meilleur long métrage dans les catégories nationale et internationale. Ce sont d’ailleurs les deux films favoris de M. Dequen. Il les qualifie de films « courageux », qui offrent une réflexion sur les grandes quêtes identitaires d’une jeunesse contemporaine en plein questionnement.

Toujours dans une visée très personnelle, le prix du jury est revenu à La rivière cachée de Jean-François Lesage qui, pendant 75 minutes, montre par des gros plans léchés des touristes venus se poser des questionnements existentiels en bordure d’une rivière gaspésienne anonyme.

Œuvrant pour les RIDM depuis 2011, Bruno Dequen voit dans le succès de ces films un « réel intérêt du public pour des œuvres aux approches très diversifiées et la confirmation d’un lien de confiance qui s’est établi entre le festival et ses spectateurs ».

Le festival a pris de l’expansion jusqu’en 2014 où la programmation était particulièrement ouverte sur le monde avec des longs métrages à la fois critiques et attendrissants comme Examen d’État (Dieudonné Hamadi), ce qui lui a permis d’améliorer sa renommée internationale. Depuis, les RIDM ont freiné leur expansion afin de rester pertinentes et indépendantes, selon M. Dequen.

Avec l’augmentation régulière des coûts de production de films et de festivals et en l’absence d’un plus grand financement, les RIDM connaissent chaque année quelques difficultés financières. « C’est une situation qui est commune à tous les festivals, mais c’est un peu plus marqué en ce qui nous concerne puisque le festival a connu une réelle croissance qui n’est que peu reflétée dans son financement », affirme M. Dequen, bien que cela ne semble pas trop l’inquiéter pour le moment.

Avant de se freiner avec de telles considérations, « il va falloir regarder beaucoup de films l’an prochain », annonce Bruno Dequen en prévision d’une 21e édition tout aussi riche en idées et en émotions.

 

photo: BRIMSTONE & GLORY, GRACIEUSETÉ RIDM

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