À la uneUQAML’UQAM et la Tortue

Catherine Lamothe20 novembre 20134 min

Plusieurs parents étudiants de l’UQAM s’impatientent alors que le bail pour le local destiné au CPE Tortue têtue n’a toujours pas été signé. La garderie risque de devoir une fois de plus repousser son ouverture. 

De grandes salles vides bordées de fenêtres, un chantier en guise de cour arrière: une partie du rez-de-chaussée du pavillon V attend encore d’être transformée en nouveaux locaux du centre de la petite enfance (CPE) Tortue têtue. Tandis que la poussière s’accumule, les instigateurs du projet perdent patience. «Le bail aurait dû être signé le 17 octobre dernier, déplore la chargée de projet du CPE Tortue têtue, Annie Lapierre. Le délai est inacceptable. On est deux mois en retard sur notre échéancier.»

Depuis maintenant quatre ans, le Comité de soutien aux parents étudiants de l’UQAM (CSPE) a mis sur pied un projet de CPE donnant priorité aux enfants d’étudiants. Si l’ouverture du CPE Tortue têtue a été annoncée pour septembre 2014 et que les membres du CSPE se disent satisfaits que le bail ait été autorisé, ils ne s’emballent pas en anticipant la suite des choses. La porte-parole de l’Université, Jenny Desrochers, assure que les travaux débute- ront rapidement et que l’ouverture du CPE est toujours prévue dans le délai imparti. De son côté, la coordonnatrice, Caroline Bourbonnais, soutient qu’il a été difficile de négocier avec l’établissement dès le début de l’entreprise. «Il faut toujours faire des concessions pour avoir quelque chose, s’enflamme cette étudiante, mère d’une fillette de deux ans. Que ce soit aussi long et ardu pour obtenir ce qu’on veut démontre le faible intérêt que l’UQAM porte aux parents étudiants.» L’Université se défend de laisser trainer les négociations. «Le 4 juillet, l’UQAM a envoyé le bail au CPE pour commentaires. Nous les avons reçus le 3 octobre dernier, soit trois mois plus tard», rappelle Jenny Desrochers.

Annie Lapierre indique quant à elle que l’Université s’est très peu impliquée financièrement. «Ils nous louent le local, mais c’est tout. On a actuellement deux bâilleurs de fonds. Pratiquement 600 000 $ proviennent de la Cotisation automatique non-obligatoire (CANO) via le CSPE. L’argent restant provient du ministère de la Famille, pour un total de 934 000 $», indique la chargée de projet. Les étudiants financent donc à 60% la construction du CPE.

La membre du conseil exécutif du CSPE, Gabrielle Bélisle-Richard, estime que le peu de reconnaissance envers les parents étudiants est un problème qui dépasse les murs de l’Université du peuple. «Les travailleurs bénéficient de congés de maternité et plusieurs institutions de travail ont des CPE pour leurs employés, fait valoir cette mère de famille. Mais il y a beaucoup moins de ressources pour ceux qui combinent les études et les enfants. Pourtant, les étudiants sont tout aussi actifs dans la société.»

La professeure du département de sociologie et co-auteure de l’étude Parents-étudiants de l’UQAM, réalités, ressources et besoins, Francine Descarries, rappelle pour sa part que les parents étudiants crient à un manque de ressources depuis des années. «Notre étude a démontré que la clientèle étudiante ayant des enfants à charge est particulièrement importante à l’UQAM. De 17 à 20% des étudiants sont parents, des femmes pour la majorité, déclare-t-elle. Ils ont besoin d’un CPE convenant à leur mode de vie.» L’UQAM possède déjà trois garderies au sein du campus (les garderies M’amuse et Évangéline ainsi que la Garderie de l’UQAM), mais ces dernières ne sont pas nécessairement adaptées à la réalité des parents étudiants.

Un CPE différent

Mère d’un garçon de deux ans, Annie Lapierre a elle-même combiné vie familiale et études jusqu’en octobre dernier, alors qu’elle terminait sa maîtrise. Elle assure que le CPE Tortue têtue offrira aux parents étudiants des ressources adaptées à leurs besoins. Il sera ouvert de 8h à 22 h30 ainsi que les fins de semaines et mettra à la disposition des parents étudiants un personnel sensible à leurs enjeux. «On a aussi ouvert quatre places prioritaires aux parents monoparentaux et dix places pour les familles d’immigration récente, signale la chargée de projet. En tout, nous aurons 60 places, incluant 20 places pour les poupons, ce que les autres CPE n’offrent pas toujours.» Annie Lapierre ajoute que la garderie, au taux de 7$ la journée, sera relativement souple au sujet des retards dans les paiements. «Un des défis des parents étudiants est la précarité financière. On est conscient qu’ils ont beaucoup de choses à payer lorsqu’ils reçoivent leurs prêts et bourses», concède-t-elle.

La liste d’attente du CPE est ouverte depuis mai sur le site d’Enfance Famille. Les responsables du CPE et les membres du CSPE n’ont plus qu’à patienter. En attendant que l’UQAM signe le bail, Annie Lapierre souhaite informer le plus d’étudiants possible de l’ouverture du CPE pour que tous aient une chance égale d’accéder à la liste d’attente. «Je suis tombée enceinte au début de ma maîtrise, mon conjoint est étudiant aussi et je peux dire que ça nous aurait grandement aidé d’avoir accès à un CPE comme Tortue têtue», lance-t- elle, sourire en coin.

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