Guider au féminin

Sous-estimées et sous-représentées dans le milieu du plein air, les femmes ne composent que 14 % des guides au Québec. Si ce métier est encore considéré comme « non traditionnel pour les femmes », des initiatives féminines apparaissent depuis quelques années pour faire progresser la parité dans le milieu.

« Il y a une sous-représentation féminine dans l’activité [de guide plein air] elle-même, parce qu’il y a très peu de femmes qui vont exercer le métier sur le long terme », confirme Renée-Claude Bastien, guide d’aventure pour l’organisme Les Chèvres de Montagne, qui œuvre au Québec, en Colombie-Britannique ainsi que dans d’autres régions du monde.

Les Chèvres de Montagne est un organisme à but non lucratif dont la principale mission est de « rassembler la communauté des femmes de plein air » à travers le pays, soutient Mme Bastien, qui guide depuis plus de vingt ans au Canada et à l’international en tourisme d’aventure. 

Photo fournie par Anne Montplaisir

Bien que l’organisme s’efforce de proposer un lieu accessible et inclusif pour celles qui le désirent, de nombreux obstacles empêchent une plus grande représentation des femmes dans le milieu, estime la guide d’aventure. « Les contraintes familiales sont certainement le plus gros enjeu à ce niveau-là », déplore-t-elle. 

Selon elle, la vie familiale et surtout la maternité, pour certaines, sont incompatibles avec la pratique de guide, les forçant à s’éloigner de manière plus ou moins définitive du milieu. Être guide est « un mode de vie » intense qui demande une forte implication et qui induit des déplacements ainsi que des absences récurrentes, précise Mme Bastien.

L’accessibilité des femmes à ce genre de poste à responsabilité se heurte toutefois à d’autres problématiques, comme « les fameux stéréotypes de genre », mentionne Joanie Beaumont, qui est professeure d’éducation physique et à la santé de formation au collège Brébeuf. À travers son projet de doctorat en santé et société à l’UQAM intitulé Les femmes leaders en plein air au Québec, Joanie Beaumont a remarqué des comportements, de la part de certains participants ou formateurs masculins, qui remettent en cause la légitimité et la compétence des femmes à pratiquer des métiers à forte responsabilité. 

« Il y a plusieurs [formateurs de plein air] qui semblent remettre en question les compétences des femmes. On va sous-entendre qu’on n’est pas capable de faire des tâches plus techniques ou physiques comparativement à certains gars, ce qui n’est pas le cas, mais on a encore ces a priori », s’exaspère-t-elle.

Des raisons d’espérer

La directrice générale adjointe de Réseau plein air Québec, Caroline Tanguay, nuance l’idée d’une sous-représentation des femmes dans les activités de plein air. « Il y a des activités où ce sont les femmes qui sont majoritaires », souligne-t-elle, en prenant exemple de la randonnée pédestre. 

En 2021, les femmes de 15 à 34 ans étaient plus nombreuses que les hommes à pratiquer la randonnée pédestre ou l’observation de la faune, selon des données de l’Institut de la statistique du Québec. 

Le choix d’activités comme le vélo de montagne ou la pêche et la chasse s’avère toutefois plus répandu chez les hommes. « L’interprétation que je fais de ces données-là, c’est que des activités plus techniques et plus à risque sont majoritairement masculines versus des activités plus accessibles puis moins risquées sont majoritairement féminines », constate Caroline Tanguay.

Mme Tanguay a notamment participé à la consultation d’un mémoire intitulé Bouger vers l’égalité : pour l’avancement des filles et des femmes en sport, activité physique et plein air. « On a essayé de réfléchir ensemble à comment est-ce qu’on peut faire en sorte que les femmes se sentent plus interpellées par ce milieu-là [pour] qu’elles souhaitent y rester, puis progresser », mentionne la directrice générale adjointe du Réseau plein air Québec.

Selon Joannie Beaumont, pour maintenir l’intérêt du plein air chez les femmes, il est nécessaire de préserver une représentation féminine à laquelle les pratiquantes pourront s’identifier.« Plus il y aura une diversité de modèles, puisqu’il y aura des mentors qui peuvent accompagner différemment ces communautés-là, plus je pense qu’ils vont pouvoir générer un bassin plus important de femmes qui travaillent [en plein air] », croit-elle.

Photo fournie par Anne Montplaisir

Cette volonté de générer une plus grande représentation féminine dans le milieu,  chère à Mme Bastien, se retrouve chez Les Chèvres de Montagne, qui s’efforcent d’engager des guides féminines pour servir de modèles et de sources de motivation pour les différentes adeptes. 

« Essayer quelque chose, ne pas réussir, [puis] se sentir encouragée [à] recommencer en voyant d’autres femmes progresser, ça aide énormément », assure la guide d’aventure.Mme Bastien reste optimiste pour les années à venir et constate une augmentation de participantes chaque année, et ce, dans des activités de plus en plus diversifiées. « On voit de plus en plus de femmes en kayak de rivière. On voit de plus en plus de femmes en escalade, en escalade de glace […] C’est très inspirant », se réjouit-elle.

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