Une plateforme pour la relève entreprenariale signée UQAM

Et si vous pouviez trouver la bonne personne pour reprendre votre compagnie grâce à un « match » comme sur l’application de rencontre Tinder? C’est l’idée derrière la plateforme lancée en novembre dernier par le Centre d’entrepreneuriat de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM (ESG) et le Centre local de développement Rouyn-Noranda.

Accessible depuis le site Web du Centre d’entrepreneuriat de l’ESG, le service permet aux cédants d’entreprises et à leurs aspirant(e)s repreneurs et repreneuses de créer un profil. L’organisation se charge ensuite de mettre les deux parties en relation selon leur compatibilité, évaluée en fonction des compétences, des visions d’avenir et des qualités humaines de chacun(e).

Un service qui prend tout son sens, alors que 50 000 entreprises québécoises doivent changer de mains d’ici 2029 et que 61 % des propriétaires actuels n’ont aucun plan de relève, selon l’agence de développement économique Repreneuriat Québec.

Martin Deslauriers, directeur du Centre d’entrepreneuriat de l’ESG depuis deux ans, confie aimer « être le premier » en matière de repreneuriat universitaire. Il déplore le retard de l’UQAM en matière d’initiatives entrepreneuriales par rapport aux autres établissements d’enseignement supérieur du Québec, comme HEC Montréal. Souhaitant donner ses « lettres de noblesse » à l’entrepreneuriat à l’ESG, il se réjouit que « dans ce projet-là, on est le leader ».

En 2015, Repreneuriat Québec a mis en place sa plateforme l’Index, destinée à faciliter les connexions entre les entreprises à vendre et de potentiel(le)s acheteurs et acheteuses.

Toutefois, l’Index s’est « trop fié à [au modèle] de la vente de maison », critique Martin Deslauriers, en comparant l’Index à la plateforme immobilière Centris. Il déplore que des entreprises à la recherche d’un(e) repreneur ou repreneuse, censées être  anonymisées sur l’Index, puissent être facilement identifiées à partir d’informations comme la région, le secteur d’activité, le chiffre d’affaires ou le nombre d’employé(e)s. Selon lui, cette visibilité devrait être limitée afin de protéger l’image et, par conséquent, la valeur des entreprises en transition. À l’inverse, la plateforme de M. Deslauriers rend ces informations accessibles uniquement après le jumelage entre repreneur ou repreneuse et cédant(e).

L’humain avant le numérique

Sceptique envers les outils de repreneuriat en ligne, Jeannot Beaulieu est, depuis plus de 40 ans, acériculteur et propriétaire d’une entreprise forestière du Bas-Saint-Laurent, le Domaine de Beaufor. Ayant entendu parler de la plateforme, il a ses réserves quant à son utilité. 

En août dernier, il avait transféré l’ensemble de ses activités à deux de ses trois enfants. Avant même le temps des sucres, il voyait déjà des retombées positives à la passation de son entreprise. Ses enfants ont commencé à transformer la terre « à leurs couleurs », selon le père. 

M. Beaulieu considère que la plateforme de M. Deslauriers « n’est vraiment pas magique ». Pour lui, les services numériques offerts par l’Index peuvent faciliter une première prise de contact, mais il serait « utopique de penser transférer son entreprise [uniquement] par Internet ». Comme en amour, cédant(e)s, repreneurs et repreneuses doivent apprendre à se « courtiser » avant de s’engager, estime M. Beaulieu. Il plaide pour une approche plus authentique, basée sur des échanges et des rencontres en personne, plutôt que des évaluations de compatibilité en ligne. 

Entreprendre ou reprendre?

Panéliste lors d’une conférence à l’ESG sur le repreneuriat en novembre dernier, Marjorie Maquis, 23 ans, voue pour sa part un intérêt marqué pour la plateforme de M. Deslauriers. Selon l’étudiante au Certificat en marketing numérique à l’UQAM, l’idée de laisser une période de transition en entreprise aux potentiel(le)s repreneurs ou repreneuses est une bonne proposition. Mme Marquis pense que « ça pourrait vraiment être bien » pour donner envie à sa génération de se lancer dans un tel projet. 

Pour l’instant, l’étudiante s’avoue réticente au repreneuriat en raison de la « charge de stress » qu’impliquerait le « maintien d’une compagnie à succès ». Les autres étudiant(e)s de son programme sont plus intéressé(e)s par l’idée « de commencer à zéro » en développant leur propre projet, estime-t-elle. Pour transformer cette réticence au repreneuriat, elle considère qu’il serait important « d’« éduquer les gens » de son programme à cette voie.

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