Troubles alimentaires, complexes corporels et standards physiques élevés : la recherche de l’esthétique en natation artistique fait toujours pression sur les athlètes, estiment des nageuses. Une situation qui s’améliore toutefois depuis quelques années, disent-elles.
Audrey Lamothe, athlète au sein de l’Équipe canadienne nationale sénior de natation artistique, souligne que les attentes corporelles des athlètes ont « beaucoup évolué au cours des [dernières] années ». Elle observe que, depuis les années 2000, la culture sportive a pris une tournure positive, notamment avec la fin des pesées et des diètes imposées aux athlètes, au profit d’une approche axée sur l’alimentation saine.
Si la situation a changé, c’est entre autres parce que « les mentalités ont changé. On a compris que c’était pas one size fits all [taille unique] et que chaque individu a besoin d’un plan individualisé », précise-t-elle.
Des non-dits persistants
Malgré une plus grande diversité corporelle, elle affirme que la pression et les non-dits persistent. Selon la nageuse, bien que l’obligation à l’uniformisation corporelle ait reculé, elle reste valorisée dans la synchronisation, les expressions faciales et les techniques.
Andrée-Anne Côté, ex-athlète au sein de l’Équipe canadienne nationale junior et sénior de natation artistique, admet que les corps grands, minces, effilés et légèrement musclés, sont encore souvent ceux privilégiés dans la discipline. Elle met en lumière le fait que ces attentes corporelles s’expliquent notamment par les morphologies des équipes les plus performantes au monde, les athlètes de ces équipes ayant souvent un corps mince.
Tout en reconnaissant les changements qu’ont mené les habitudes sportives, Mme Côté souligne que la gestion mentale et physique des attentes corporelles demeure difficile pour de nombreuses nageuses, qui vivent une pression non dite, venant autant des athlètes que des entraîneuses. Aujourd’hui, plutôt que de cibler directement un surpoids, des entraîneuses auraient tendance à dire qu’une nageuse « a l’air moins en forme », rapporte Mme Côté.
Estimant que les critères corporels ne sont pas officiels mais que les biais sont toujours présents, l’ex-athlète insiste beaucoup sur la valorisation de la minceur au sein de son sport. Les athlètes doivent éviter de paraître grasses, mais également éviter l’hypertrophie, fait-elle savoir. « Le standard c’est d’avoir des muscles, mais d’être fin, d’être comme allongé », raconte la nageuse.
L’ex-athlète qui occupait le rôle de « base », soit de porteuse qui doit soutenir et propulser les autres nageuses, soutient que les idéaux corporels se justifient surtout pour des raisons esthétiques, et non des idéaux de performance sportive.
Un sport qui demande beaucoup de force
Jany St-Cyr, étudiante au doctorat en psychologie à l’UQAM et spécialiste de la psychologie sportive, rappelle que la natation artistique est un sport qui demande beaucoup de force.
La doctorante explique que l’uniformisation des corps s’opère dès la sélection des athlètes, puis par le suivi de l’entraînement et de l’alimentation. Elle ajoute que même l’apparence vestimentaire est évaluée. « C’est quand même important comment elles sont maquillées, peignées, puis leurs maillots », fait-elle remarquer.
Selon elle, l’évolution de la culture sportive doit non seulement être intégrée par les athlètes, mais aussi par leur entourage, puisque ce dernier contribue à augmenter la pression vécue par l’athlète.
Attention à la santé mentale
Alexia de Macar, diététiste-nutritionniste, qui se spécialise auprès des sportifs et sportives, affirme que la quête de l’uniformité des corps en natation artistique demeure un standard difficile à respecter, car « on a très peu de contrôle sur notre corps et sur notre poids ». Deux personnes peuvent avoir la même alimentation et le même programme sportif et tout de même avoir des corps différents, explique-t-elle.
Mme de Macar ajoute que la gestion physique et mentale des normes esthétiques peut mener à divers troubles physiques et psychologiques, tels que l’anxiété, la dépression, des carences nutritionnelles et un déficit énergétique.
La Dre Jodie Richardson, psychologue spécialiste des troubles alimentaires auprès des athlètes, la charge mentale et physique des pressions esthétiques revient aux responsables des équipes sportives et non aux athlètes.
Elle explique que la sensibilisation des responsables des clubs sportifs à l’établissement d’un environnement sécuritaire peut se faire par des initiatives, telles que des ateliers sur l’image corporelle et des effets des médias sociaux.




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