La Ligue canadienne de football redéfinit le football universitaire

Raccourcissement des terrains, déplacement des buts, automatisation de l’horloge de jeu : à compter de la prochaine saison qui débutera en juin, la Ligue canadienne de football (LCF) entreprendra une refonte majeure de ses règles. Ces modifications pensées pour le milieu professionnel font trembler l’écosystème du football universitaire canadien. 

En septembre dernier, lorsque le nouveau commissaire de la LCF, Stewart Johnston, a annoncé les changements, les footballeurs des Redbirds de McGill s’entraînaient à la salle de sport de l’université. Rivés sur leur téléphone, quelques-uns de ces étudiants sortent aussitôt de leur torpeur. « On a été pris au dépourvu », confie le quart-arrière de l’équipe, Éloa Latendresse-Regimbald, en découvrant les nouvelles mesures. Après avoir pris le temps d’observer les règles, Éloa en garde un « goût amer ».

Il s’avoue « déçu » de l’obligation d’adapter son jeu en vue des camps de repêchage de la LCF en mars. Attaché à « l’essence du jeu canadien », le quart-arrière craint d’avoir à rapprocher sa manière de jouer à celle de la Ligue nationale de football américain (NFL). Le terrain de football canadien de 110 verges, fortement apprécié par Éloa, se verra réduit de 10 verges, pour imiter le format américain. L’organisation explique ces changements inspirés des règles américaines en disant vouloir « améliorer l’expérience des partisans », selon une déclaration tirée de son site Web.

Selon Éloa, appliquer ces changements au niveau universitaire sera « complexe et très cher ». 

Défis d’adaptation

Partageant le point de vue de son joueur, l’entraîneur-chef des Redbirds de McGill, Alex Surprenant, juge le projet « peu réaliste ». Depuis 1998, les Alouettes sont installées de façon permanente dans le stade de McGill pour leurs entraînements. Les Redbirds font partie des quatre équipes de football universitaire au Canada ayant ce type de partenariat avec une équipe professionnelle. L’entraîneur pense que l’adaptation des terrains aux nouvelles mesures de la LCF pourrait potentiellement forcer une uniformisation des surfaces de jeu dans toute la ligue universitaire. Autrement dit, les Alouettes ne pourraient plus jouer sur leur terrain dans sa forme actuelle.

Selon M. Surprenant, l’application dans les ligues universitaires des changements règlementaires de la LCF fait l’objet de « beaucoup de résistance de la part de certaines équipes, notamment le Rouge et Or [de l’Université Laval] et les Carabins [de l’Université de Montréal] ». Selon lui, les réserves des équipes de football de ces deux universités s’expliquent par la récente rénovation de leurs terrains en 2023. Dans les deux cas, les travaux ont demandé la relocalisation ou le report de quelques événements sportifs dépendants de ces installations.

M. Surprenant ne croit pas que les modifications apportées aux règles du football canadien permettront d’attirer une nouvelle audience. À l’inverse de la LCF, la NFL parvient toujours à accroître son audience, dit-il. Il pense aussi que « l’intérêt envers la NFL n’est pas tant lié aux règles du jeu, mais dans le spectacle qui est offert ». Il associe plutôt le succès de la ligue américaine aux « millions de dollars investis dans sa production ».

Peu enthousiaste à l’idée de rénover son terrain, l’entraîneur des Redbirds accueille positivement l’idée d’automatiser l’horloge de jeu pour stabiliser les temps de placement sur le terrain. « La nouvelle règle du simple, je trouve ça intéressant », ajoute-t-il. Cette règle alignera le jeu canadien sur la NFL en éliminant l’octroi d’un point lorsqu’un botté placé à l’extérieur des poteaux sort de la zone de but. 

Entre nostalgie et évolution

Le receveur des Alouettes de Montréal, Tyson Philpot, admet avoir « été un peu triste » à l’annonce du commissaire de la LCF. Ayant grandi en Colombie-Britannique en jouant selon les règles du football canadien, le joueur se raisonne en reconnaissant que « l’évolution peut faire mal ».

Il se réjouit tout de même de ne plus avoir à « planifier ses placements en zone de but selon le poteau ». Le poteau des buts sera désormais placé du début vers le fond de la zone des buts. Selon lui, ce changement va élargir l’éventail de possibilités offensives. Il voit positivement l’initiative d’uniformiser les zones de but à travers le Canada. Il estime que les nouveaux changements rendront le jeu plus lisible, contribuant à « mieux familiariser le public » à ses règles.

Sensible aux inquiétudes des joueurs de l’équipe de football de McGill, le receveur suppose que le temps leur permettra de s’accoutumer aux « changements positifs ». Il admet tout de même avoir eu le sentiment qu’« une partie du sport mourrait » avec l’abandon de certaines règles propres au jeu canadien.

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