Du 14 au 27 février, l’exposition Rituel et Avatars d’Afrique présente les tableaux du peintre Julien Lubanda-Kandolo et les portraits du photographe Claude Gauthier. À leur propre façon, les artistes utilisent des masques issus de différentes cultures africaines pour créer des œuvres uniques et dénonciatrices.
En franchissant les portes de la Galerie Éclat 521, située au centre-ville de Montréal, on aperçoit immédiatement les tableaux colorés de Julien Lubanda-Kandolo. Les effets du colonialisme en République démocratique du Congo et les standards de beauté occidentaux sont quelques-unes des réalités dénoncées dans ses peintures.
Les portraits chargés d’émotions de Claude Gauthier, mettant en scène des modèles portant des masques rituels congolais, attirent aussi l’attention des visiteurs et visiteuses de l’exposition. Par l’entremise de sa collection intitulée Les porteurs de masques (2011), le photographe réussit à construire un lien entre créativité et sacré.
Rituel et Avatars d’Afrique donne une deuxième vie à des masques rituels, qui sont utilisés pour véhiculer des émotions puissantes comme la frustration et l’espoir.

Depuis 41 ans, Norman Cornett, le commissaire de l’exposition, organise des évènements artistiques dans le cadre du mois de l’Histoire des Noirs. Ceux-ci ont pour but de « favoriser le dialogue » sur la culture noire dans la société occidentale, précise M. Cornett.
« Entre abstraction et figuration »
« Je peins beaucoup de portraits et je me base sur les masques africains pour faire le visage. Mes œuvres sont des masques déconstruits pour épouser une nouvelle identité », explique Julien Lubanda-Kandolo. D’après le peintre, son travail se situe « entre abstraction et figuration ».
En faisant le tour de l’exposition, il est impossible de manquer les toiles représentant des visages décorés de jaune, de rouge et d’orange. Parmi ces œuvres, Elle (2025) est particulièrement bouleversante. Le tableau présente le visage d’une femme noire peinte sur un fond rougeécarlate. On y remarque que des images de mains, de pieds et d’yeux sont collées sur son visage et ses cheveux. « Ce sont tous des morceaux que j’ai trouvés dans les magazines de beauté », raconte le peintre, qui a intégré ces éléments « pour parler des stéréotypes de beauté liés à la couleur de peau ». L’œuvre 1er premier Ministre, qui est un portrait de Patrice Lumumba, le premier premier ministre de la République démocratique du Congo, mort assassiné en 1961, évoque les traumatismes intergénérationnels laissés par la colonisation.

M. Lubanda-Kandolo, originaire de Kinshasa, explique que ce tableau est pour lui une façon de réfléchir aux conséquences de la colonisation dans son pays natal. En floutant les traits de l’homme politique, le peintre réussit à créer un tableau aussi puissant que le message porté.

L’émotion à l’avant
La collection Les Porteurs de masques , du photographe montréalais Claude Gauthier, fait partie intégrante de l’exposition. Les photographies mettent en scène des personnes portant ou tenant des masques rituels datant du début du 20e siècle. Ces masques appartiennent à l’Afromusée et proviennent de différentes régions du Congo.
Chacun des portraits se démarque grâce au courage et à la résilience que véhiculent les sujets photographiés. On retrouve des masques dans l’entièreté des images, mais aucune d’entre elles ne raconte la même histoire.

Selon M. Gauthier, les modèles participaient au processus de création en accordant une signification au masque qu’ils et elles portaient. « Chaque personne, à travers [son] tempérament, [son] inspiration, a pris ce pinceau et a vécu une expérience », se souvient M. Gauthier.
Ce qui impressionne de cette collection, c’est qu’elle donne une deuxième vie à ces masques en leur accordant une nouvelle fonction. Ils ne deviennent pas seulement des objets historiques et culturels, mais sont aussi l’inspiration principale d’un projet créatif centré autour de la force humaine.Les œuvres de Julien Labanda-Kandolo et de Claude Gauthier sont très différentes. Cependant, elles se marient très bien dans Rituel et Avatars d’Afrique. Évocatrices et vivantes, elles transmettent aux visiteurs et visiteuses de l’exposition la douleur, la colère et la joie qu’elles portent.



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