« Je n’ai jamais mangé ici parce que c’est trop cher », lâche Carla Gil, étudiante à la Maîtrise en théâtre à l’UQAM, assise à la cafétéria du pavillon Hubert-Aquin, son lunch sur la table. Comme elle, plusieurs étudiant(e)s préfèrent apporter leur propre repas, faire un détour par une épicerie ou traverser la rue jusqu’au CHUM plutôt que de manger sur le campus.
Dans son ancienne université, en France, manger à la cantine allait de soi. « C’était un euro le plat [environ 1,60 $ canadien], avec entrée, plat et dessert », se remémore-t-elle. À l’UQAM, la réalité est tout autre.
Menu du jour à 11,75 $, muffin à 3,60 $ et sandwich au poulet à 6,25 $ : les tarifs affichés poussent une partie de la communauté étudiante à déserter la cafétéria.
Les Services alimentaires de l’UQAM se financent grâce à leurs seules ventes. Mais la cafétéria engrange-t-elle des profits? L’Université touche-t-elle des commissions? Questionnée par le Montréal Campus, l’UQAM invoque des « raisons concurrentielles », laissant planer le flou sur son modèle financier.
| Lieux | Coût d’un café filtre* | Coût d’un sandwich* |
| Cafétéria | 2,50 | 5,00 (oeufs) 6,25 (poulet ou jambon) |
| Salon G | 2,39 | 6,35 |
| Machines distributrices | 3,00 | 7,00 |
| CHUM | 1,51 | 4,09 |
| IGA (Place Dupuis) | 2,00 | 4,49 |
| Couche-Tard (dans le métro) | 2,39 | 5,49 |
| Café de l’or | 1,50 | 4,99 |
Des détours pour manger moins cher
Charles Therien, étudiant au Baccalauréat en médias interactifs, s’est inspiré de certain(e)s de ses collègues qui traversent le boulevard René-Lévesque pour aller manger à la cafétéria du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM). « C’est proche de l’UQAM, ça fait changement, et c’est le fun d’aller à l’hôpital », dit l’étudiant.
En visite sur place, le Montréal Campus a constaté que plusieurs choix sont jusqu’à 40 % plus bas qu’à la cafétéria de l’UQAM : 3,04 $ pour la grande soupe, 8,83 $ pour le repas du jour et 2,15 $ pour le muffin.
Charles n’est pas le seul à prévoir des détours pour se nourrir. Vincent David, étudiant à la Maîtrise en sciences politiques, privilégie les options abordables du Quartier latin, comme les sandwichs bánh mì bien garnis du VUA qui coûtent entre 7,65 $ pour 7 pouces et 8,25 $ pour 10 pouces.

« Les Services alimentaires de l’Université, comme l’ensemble du secteur alimentaire, ont été touchés par les hausses de coûts observées ces dernières années », précise la porte-parole de l’UQAM, Jenny Desrochers. L’Université affirme toutefois avoir limité l’impact de ces hausses : le prix du café n’a pas augmenté depuis trois ans et des options à coûts réduits ont été introduites, comme un spaghetti à 7 $.
D’espace communautaire à lieu de passage
Benoît Coutu fréquente l’UQAM depuis 1996. D’abord étudiant, puis chargé de cours au Département de sociologie, il observe depuis près de 30 ans la transformation des espaces du campus.
« Je trouve ça cher moi-même comme employé. Une petite assiette de salade, ça te revient rapidement à 16 $. Pour les étudiant(e)s, ça doit être terrible », dénonce-t-il.
Il a vu disparaître des lieux à l’UQAM où manger à petit prix : le bar L’Après-cours, fermé en 2008, puis un autre bar, Le Département, fermé en 2020.
Mais au début des années 2000, « sous couvert de la sécurité », la direction a progressivement resserré les règles entourant les rassemblements, explique-t-il. Fini le temps où les associations pouvaient librement organiser des événements, apporter de la nourriture de l’extérieur ou distribuer de l’alcool dans leurs locaux.
Ce tournant s’est accompagné d’une volonté « de privatiser les services alimentaires », poursuit le sociologue. Désormais, pour organiser une activité sur le campus, il faut réserver un local, obtenir un permis d’alcool et faire affaire avec les Services alimentaires de l’UQAM.
Avec ce cadre restrictif, « l’UQAM est devenue un lieu de passage », regrette-t-il. Les étudiant(e)s viennent suivre leurs cours et repartent aussitôt.



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