Cohabitation au Quartier latin, frais de scolarité et baisse du nombre d’inscriptions internationales : le Montréal Campus a rencontré le recteur, Stéphane Pallage, pour comprendre sa vision de l’avenir et les raisons derrière les dernières décisions de l’UQAM.
« J’ai un plaisir fou dans ce travail », lance le recteur, qui a annoncé à la rentrée vouloir briguer un second mandat de cinq ans, 18 mois avant la fin de son premier. L’épinglette de l’UQAM au veston, il a reçu le Montréal Campus dans son bureau, tapissé d’œuvres d’art et garni d’une imposante bibliothèque, pour la traditionnelle entrevue annuelle.
« On attend du gouvernement des gestes très forts pour rappeler l’ouverture du Québec [aux étudiant(e)s de l’international] », fait valoir l’homme à la tête de l’UQAM, préoccupé par les perspectives offertes dans la province aux étudiant(e)s étrangers et étrangères après leur diplomation.
Cet automne, l’Université observe une baisse de 34 % des inscriptions internationales par rapport à l’année précédente, qui enregistrait déjà une baisse de 25 %, souligne le recteur. Il attribue cette diminution aux quotas imposés par Québec et Ottawa, mais aussi aux contrecoups du retrait du Programme de l’expérience québécoise (PEQ). Aboli en novembre 2025, puis rouvert sous un format plus restreint, le PEQ offrait une voie rapide vers la résidence permanente pour les étudiant(e)s.
Quel avenir pour ceux d’ailleurs?
« Les nouveaux étudiants vont être hyper bien accueillis à l’UQAM, […] mais ce n’est pas clair qu’ils se qualifieraient un jour [pour le PEQ] », admet M. Pallage. Il en profite pour vanter le programme d’accueil de l’Université, Allô, et souhaite miser sur l’accueil d’étudiant(e)s francophones de l’international.
Bien que le nombre d’étudiant(e)s québécois(es) ait augmenté au cours des trois dernières années, il n’a pas suffi à compenser la baisse d’étudiant(e)s de l’international. Le budget de 2026 prévoyait une hausse d’inscriptions de 3 %, mais elle a plutôt stagné à 0,4 %, selon le recteur. « C’est un défi financier, puisque les universités sont financées principalement par le nombre d’étudiants », explique M. Pallage. Le gouvernement octroie, quant à lui, une subvention qui équivaut à cinq ou six fois le montant des droits de scolarité versés par les étudiant(e)s, explique-t-il.
Un déficit à l’horizon?
« Je pense qu’il faut accélérer nos projets, notamment à la Faculté des sciences de la santé. C’est ça qui va attirer davantage d’étudiants et d’étudiantes », répond vivement M. Pallage, questionné sur d’éventuelles coupes budgétaires.
Il n’exclut toutefois pas une hausse des droits de scolarité. « Si on le fait, on le fera bien sûr en collaboration avec les associations étudiantes », assure-t-il.
« On s’en va vers un déficit si rien n’est fait [par le gouvernement]. C’est des choses qui arrivent, on n’en a pas eu depuis longtemps à l’UQAM », constate le recteur, qui espère obtenir plus de soutien financier des nouveaux cadres dirigeants de la province.
« Il faut savoir que l’UQAM a des missions que n’ont pas nécessairement les autres universités. Notamment, l’accessibilité », rappelle-t-il en précisant que l’Université a un taux de contingence très faible. Selon lui, l’UQAM devrait recevoir « une enveloppe mission particulière » de la part du ministère de l’Enseignement supérieur.
Entre sécurité et cohabitation
« On a une responsabilité sociale et humaine », dit d’emblée Stéphane Pallage, interrogé sur la cohabitation entre les membres de l’UQAM et les personnes en situation d’itinérance ou consommant des substances.
Au cœur du Quartier latin, l’Université compose avec une présence accrue de ces populations vulnérables autour de son campus, incitant la direction à multiplier les mesures de sécurité tout en plaidant pour la cohabitation.
Accès à certaines toilettes restreint par la carte étudiante, présence renforcée des agent(e)sde sécurité, tous formé(e)s à l’administration de naloxone, d’après le recteur, et halte-chaleur hivernale : l’établissement tente de trouver un équilibre entre sécurité et responsabilité sociale.
Pour patrouiller sur le campus et ses abords, la Société de développement social (SDS), organisme qui participe notamment à la halte-chaleur, a mis sur pied une brigade mixte financée par le ministère de la Santé et des Services sociaux en juin. Elle réunit des intervenant(e)s psychosociaux et psychosociales de la SDS et un groupe spécialisé en intervention sociale auxquels les agent(e)s de sécurité peuvent faire appel.
Certain(e)s étudiant(e)s disent sentir une certaine insécurité face à la cohabitation avec des personnes en situation d’itinérance ou qui consomment près du campus, et jugent insuffisante la réponse de l’UQAM, comme l’a rapporté le Montréal Campus dans un article publié en avril 2025. À l’inverse, d’autres membres de la communauté uqamienne reprochent à l’institution de repousser progressivement les populations marginalisées hors du quartier.
Quelles mesures propose le recteur?
Pour réduire la présence de personnes qui consomment des produits illicites sur les trottoirs environnants, le recteur propose une solution ciblée : un lieu de consommation supervisée à proximité de l’UQAM. « Le CACTUS au coin de Sainte-Catherine et Sanguinet est un lieu de distribution et de vérification [des substances]. Un lieu de consommation supervisée serait probablement le bienvenu », avance-t-il. Or, CACTUS Montréal exploite déjà, depuis 2017, un tel service à quelques rues de là, à l’angle des rues Sainte-Catherine et Berger.
M. Pallage reste flou en ce qui concerne les autres ressources pour aider les agent(e)s de sécurité à intervenir en cas d’incident avec des personnes intoxiquées ou en situation d’itinérance. Il assure toutefois maintenir une « ligne rouge » avec la direction de l’organisme communautaire leur permettant de s’appeler directement en cas d’enjeu.
L’UQAM souhaite plutôt faire valoir son expertise en travail social et en toxicomanie pour contribuer à l’élaboration de solutions durables. « On croit au vivre-ensemble, mais le vivre-ensemble va dans les deux sens, résume Stéphane Pallage. L’UQAM est accueillante, et on attend des personnes dans la rue le même respect envers notre communauté. »



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