Voter ou s’abstenir, le dilemme de la jeunesse québécoise 

Près d’un(e) jeune Québécois(e) de moins de 34 ans sur deux n’a pas voté aux élections provinciales de 2022, selon l’Institut de la statistique du Québec (ISQ). Entre désintérêt, méconnaissance, boycottage ou méfiance, certain(e)s ont perpétué cette tendance abstentionniste le 5 octobre.

Étudiant au premier cycle en communication générale à l’UQAM, Terryjo Florvil, 21 ans, indique n’avoir jamais voté. « C’est la dernière chose à laquelle je pense », admet-il. La division sociale que peuvent occasionner les débats politiques le lasse. 

Dans ces échanges, selon lui, personne ne démord de ses positions. Les candidats défendent aveuglément leur  parti, rendant ainsi la discussion impossible. « C’est juste trop toxique », résume-t-il. Comme M. Florvil, 42 % des abstentionnistes âgé(e)s de 18 à 30 ans se disent désintéressé(e)s par la politique, selon un sondage de la firme Ipsos publié en 2022. 

Jean-Sébastien Larose, lui, n’a pas voté. L’étudiant à la maîtrise en histoire à l’UQAM admet ne pas s’être tenu informé pendant la campagne. « C’est un devoir aussi de s’informer avant d’aller voter », croit-il.

Les Québécois(e)s de 18 à 34 ans s’informent de moins en moins, selon un rapport de l’Université Laval publié en 2025. Seuls 31 % des jeunes consultent l’actualité quotidiennement, contre  40 % l’année précédente. Jean-Sébastien Larose reconnaît s’être récemment détaché de l’actualité « parce qu’il n’y a jamais rien de bon ».

L’abstentionnisme comme choix politique

Faire de l’abstentionnisme un acte militant, c’est un principe que prône Francis Dupuis Déri, professeur en sciences politiques à l’UQAM. Auteur de l’essai Nous n’irons plus aux urnes, il soutient que « [l’abstentionnisme] est comme un boycott » du système de scrutin majoritaire uninominal à un tour, utilisé au Québec. 

Selon le sondage Ipsos, 26 % des jeunes de 18 à 30 ans qui hésitaient à voter évoquaient un manque de confiance envers le système politique. « Les jeunes ont toutes les raisons du monde d’être totalement cyniques par rapport aux élites politiques », explique le professeur, qui observe une certaine méfiance des jeunes envers la classe politique. 

M. Dupuis-Déri déplore que les parlementaires « viennent d’un petit nombre de catégories sociales ». Selon lui, un Parlement réellement représentatif compterait des préposés aux bénéficiaires, des chômeurs, des jeunes, et non pas « seulement […] des médecins, des banquiers et des journalistes ». 

Il reste sceptique face au poids réel du vote des jeunes. « Si les jeunes votaient un peu plus, je ne suis pas sûr qu’ils seraient mieux servis par les politiques du prochain gouvernement », ajoute le professeur. 

Francis Dupuis-Déri dénonce que la réforme du mode de scrutin, promise par François Legault en 2018, n’ait jamais vu le jour. « Les politiciens sont d’un cynisme incroyable. Ils préfèrent renier leur parole donnée en public plutôt que d’améliorer le système », martèle-t-il.  

Les jeunes laissés-pour-compte ?

Selon la réalisatrice et co-dirigeante du Parti nul, Jenny Cartwright, la campagne a trop ignoré les questions d’environnement et d’accès au logement. Elle soutient « que les jeunes ne se reconnaissent pas » dans cette campagne politique et que ça ne l’étonne pas. 

L’abstention est mal perçue, selon Mme Cartwright. « L’abstention est toujours perçue comme un geste passif, alors que, pour plusieurs, c’est un geste politique fort […] les gens veulent refuser ce système-là dans lequel ils ne se sentent pas représentés », affirme la co-dirigeante du Parti nul. Son parti politique se présente comme une option de refus des candidat(e)s proposé(e)s, pour les électeurs insatisfaits de l’offre politique actuelle. « S’il y avait une case “aucune de ces réponses” sur le bulletin de vote, on n’aurait pas besoin d’exister », conclut-elle.

L’étudiant Jean-Sébastien Larose, lui, fait confiance au système, mais ne se reconnaît dans « aucun des cinq » grands partis. « Je suis clairement pour le fait que c’est un droit [le vote], il n’y a pas de questions là-dessus. Mais si on dit que c’est un droit, j’ai le droit de le faire ou pas », soutient l’étudiant. À 18 ans, il a voté comme un rite de passage. À 25 ans, il ne ressent plus ce besoin.

De son côté, Terryjo Florvil s’est senti forcé à voter par ses parents et les campagnes de mobilisation électorale sur les réseaux sociaux. Quelques jours avant les élections du 5 octobre, il a confié au Montréal Campus qu’il comptait voter pour la première fois, bien que l’envie n’y soit pas. « Je me sens obligé », a-t-il admis. 

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