Exo en compression, étudiant(e)s sous pression

Entre lignes d’autobus coupées, départs annulés et quartiers privés de réseau de mobilité collective, l’avenir du transport en commun inquiète la communauté étudiante des couronnes de Montréal. Le réseau de transport métropolitain, exo, prévoirait une réduction de l’offre de service de 10 %, d’ici l’été 2028, a révélé LCN en septembre. 

Étudiante au Baccalauréat général en communication, Marie-Ange Roy fait quotidiennement le trajet entre Sainte-Marie-Madeleine, en Montérégie, et l’UQAM. Pour financer sa formation universitaire, elle a pour objectif de rester chez son père pendant ses études, malgré les trois heures de transport quotidiennes. 

Bien qu’elle prenne souvent le train, il arrive régulièrement à Mme Roy de devoir se résigner aux autobus d’exo en raison de la rareté des passages ferroviaires. En l’occurrence, le transport en autobus lui prend « deux-trois heures » au lieu d’une heure et demie en train. « Ça arrive quand même souvent que le bus me passe en pleine face parce qu’il est déjà rempli d’étudiants », raconte-t-elle l’air frustré. 

Pour se rendre à l’école en voiture, l’étudiante a estimé que ça lui coûterait mensuellement environ 300 dollars d’essence, comparativement au prix de sa carte OPUS de 123 dollars. Payant elle-même ses études, Mme Roy s’interdit la dépense excédentaire. 

D’ici son retour à l’équilibre budgétaire en 2028, exo prévoirait des compressions récurrentes dans l’offre de service. Ces dernières s’élèveraient à 19 millions de dollars, selon Liza Poulin, mairesse de Blainville. 

« Une claque en pleine face »

Ces compressions envisagées inquiètent Marie-Ange Roy. Ça me fait paniquer », reconnaît-elle. Prenant le train quotidiennement avec son copain aux études, elle juge que la réduction des services de transport en commun ne leur laisse « plus beaucoup d’autres solutions que de déménager sur l’île, par amour [pour son copain] et par haine du transport ». 

L’idée de réduire les services de mobilité passe aussi mal auprès des élu(e)s des municipalités des couronnes Nord et Sud de Montréal convié(e)s le 10 septembre dernier au conseil d’administration d’exo. 

Le maire de Repentigny, Nicolas Dufour, craint que ces réductions ne poussent des étudiants à quitter sa municipalité. 

« On est en train de nous-mêmes créer un exode des jeunes [vers Montréal] », estime-t-il. 

Selon des données communiquées par exo, en 2025, la communauté étudiante représentait 38 % de l’achalandage dans ses services. M. Dufour raconte que quelques étudiant(e)s de Repentigny lui ont communiqué que « si le service continue de couper, c’est quasiment comme s’ils se font [contraindre] à finir sur l’Île [de Montréal] ». 

Selon lui, un meilleur soutien économique du réseau collectif du gouvernement permettrait à sa municipalité de bénéficier d’un « retour sur investissement » de la jeunesse. Le maire explique avoir besoin d’une « jeune main-d’œuvre qualifiée » dans ses entreprises locales, mais se désole d’avoir de « bonnes chances de perdre » ses étudiants à l’usure.

Ça ne passe pas au conseil

Aussitôt qu’il a appris les intentions de compressions budgétaires d’exo, Nicolas Dufour a démissionné de son poste d’administrateur au conseil d’administration d’exo. « Je ne pouvais pas plaider en faveur du transport en commun et adopter la résolution [pour autoriser les coupures] », se défend le maire. « C’est pas normal que je doive envoyer un chèque de 10 millions à l’ARTM à chaque année, mais que je sois incapable d’avoir le contrôle sur le réseau dans ma ville », s’insurge-t-il. « No taxation without representation. » 

M. Dufour accuse exo, qui exploite les trains et une partie du service d’autobus du Grand Montréal, et l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM), qui gère la planification et le financement du transport collectif, d’entretenir une relation de « voisins gonflables » basée sur la croissance mutuelle des dépenses. 

De son point de vue, l’ARTM oblige exo à produire « des rapports très peu utiles » et mobilise ses propres ressources pour analyser les données recueillies. Le maire déplore que cette dynamique entraîne des dépenses supplémentaires des deux côtés. 

Pour éviter les débordements budgétaires qui découleraient de la collaboration entre les deux entités, M. Dufour plaide en faveur d’une mise en commun des compétences d’exo et de l’ARTM. 

Une problématique plus vaste

Le maire observe un « désengagement » en matière de transport collectif de la part du gouvernement précédent. Selon lui, les budgets en place ne « s’ajustent pas du tout aux réalités inflationnistes ». 

Relationniste médias chez exo, Rosalie Lavoie confirme que l’inflation contraint l’entreprise à réduire ses dépenses et investissements. « La hausse des coûts de certains de nos fournisseurs augmente nos frais d’opérations », regrette-t-elle. 

Le nombre d’habitant(e)s des municipalités périphériques à Montréal devrait atteindre 2,5 millions d’ici 2051, tandis que la métropole connaîtrait une baisse démographique de 10 %, selon les projections démographiques publiées en juillet dernier par l’Institut de la statistique du Québec. 

Selon Mme Lavoie, on observe déjà « une hausse de l’achalandage dans les différents services » d’exo. Elle admet qu’avec son budget, l’organisme bénéficie d’« une marge de manœuvre assez limitée » en matière d’ajustements de services. « En ce moment, on a une offre de service qui n’est pas tout à fait adéquate avec cette croissance-là », ajoute-t-elle. La représentante souligne qu’exo souhaite « adopter un cadre financier pérenne qui est prévisible pour le transport collectif ». 

Le REM en parallèle

En 2020, l’ancienne ligne de train exo, en direction de Deux-Montagnes, a été convertie en une voie du REM. En raison du « partage tarifaire entre les différents opérateurs », Rosalie Lavoie considère que « ça vient affecter [financièrement] le réseau exo ». 

De son côté, le maire de Repentigny, Nicolas Dufour, décrit de « foutoir » la restructuration du service d’exo pour s’arrimer REM. Il juge que la liaison du Réseau express métropolitain (REM) sur la Rive-Sud est inadéquate. « On a complètement défait les structures de réseaux d’autobus qui fonctionnaient pour essayer de plaire à la Caisse [de dépôt et de placement du Québec] », soutient le maire. 

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