OpinionVotre opinionAvec enfants, mais pas parents : l’UQAM manque sa cible

Opinion13 janvier 20235 min

Depuis le 5 janvier 2023, l’UQAM s’est dotée d’un protocole afin d’octroyer un statut pour les parents aux études de l’université. Pour faire votre demande de statut de parent aux études vous devez compléter le formulaire de demande ici : https://etudier.uqam.ca/statut-parent-etudes

Nous ne pouvons que saluer cette initiative qui donne suite à plus d’une décennie de mobilisations de personnes militantes uqamiennes.

Toutefois, nous ne pouvons cacher notre grande déception quant à la faible portée de ce protocole, qui ne reconnaît que partiellement les parents aux études. Notamment, il ne s’adresse qu’aux parents d’enfants de moins de 6 ans, aux parents en situation de monoparentalité avec des enfants de moins de 12 ans, à ceux d’enfants atteint.es d’une déficience fonctionnelle majeure, ou encore ne considère une grossesse qu’à partir de la 20e semaine, alors que le premier trimestre est souvent le plus exigeant sur le plan de l’énergie et que les rendez-vous médicaux débutent dès les premières semaines de la grossesse.

L’objectif : une politique d’articulation famille-études-travail !

À la suite de la création du comité de travail en 2021 et après deux années de rencontres et de discussions pour la création d’une politique familiale à l’UQAM, nous recevons un protocole qui est l’une des normes en matière de parents aux études les moins ambitieuses parmi celles qui existent actuellement au sein des institutions d’enseignement. En effet, les politiques familiales de l’Université Laval et de l’Université de Sherbrooke ont des critères beaucoup plus inclusifs que le protocole dont s’est doté l’UQAM. C’est d’autant plus décevant considérant la mission même de l’UQAM qui vise la démocratisation des études universitaires.

On nous avait promis de grandes avancées, que nous attendons toujours.

L’accès à l’université et à un projet d’études, c’est plus que de devenir académicien.ne. Pour de nombreuses personnes, dont une majorité de femmes, c’est l’occasion d’améliorer leurs conditions socio-économiques. En effet, selon le Sondage du CSPE mené à l’hiver 2020, environ 82 % des parents aux études de l’UQAM sont des femmes et 21 % d’entre elles sont cheffes de famille monoparentale.

L’accès aux études, c’est donc la possibilité, pour certaines, de se (re)bâtir à travers un programme d’études choisi, notamment à la suite d’une séparation, d’une perte d’emploi ou d’une trajectoire migratoire récente. C’est l’occasion de se construire un projet de vie à soi, de permettre de meilleures conditions de vie pour leurs enfants !

Plusieurs parents aux études sont à bout de souffle et doivent garder la tête haute malgré tout pour assurer le bien-être de leurs enfants. C’est une charge immense ! Si la santé mentale des personnes étudiantes se dégrade, comme le démontrent plusieurs études (AÉESG, 2021 ; Ordre des psychologues du Québec, 2021), le fardeau est décuplé pour les parents aux études, particulièrement après plusieurs années de pandémie qui ont mis leur résilience à l’épreuve.

Malgré que les parents aux études ne constituent pas un groupe homogène, leurs obligations morales (et légales) envers les personnes qu’elles ont à charge demeurent. Être parent aux études et/ou proche aidant.e, c’est notamment :

  • devoir jongler avec des horaires de garderie incompatibles avec les horaires de cours ou de stage ;
  • ne pas pouvoir se présenter à son cours/examen chaque fois qu’un de ses enfants ou l’éducatrice en garderie est malade ;
  • ne pas avoir droit aux congés de parentalité dû aux exigences d’être inscrite à temps plein lorsqu’on a un visa d’études ;
  • devoir articuler les responsabilités familiales et/ou de proche aidance, le travail et les études, ce qui résulte en moins de disponibilités pour les travaux d’équipe à l’extérieur des horaires de cours ;
  • se présenter à tous les rendez-vous médicaux de ses enfants (en plus des siens), une situation qui se complexifie lorsque les enfants vivent avec des enjeux de santé ;
  • avoir une charge financière supplémentaire et rencontrer tous les défis que représente le fait de se loger avec un enfant, particulièrement dans un contexte de crise du logement.

À ceux qui auraient envie de nous dire, « c’est votre choix », nous répondons : la vie des individus ne s’arrête pas lorsqu’ils, et surtout elles, ont des enfants. Les parents doivent pouvoir étudier, autant qu’iels doivent pouvoir travailler. Cette question ne devrait même pas se poser en 2023. Contrairement à ce qu’ont avancé les gouvernements néolibéraux des dernières décennies, nous soutenons qu’un projet d’études n’est pas un investissement personnel à chaque individu : c’est un investissement social bénéfique à l’ensemble de la société!

Pour nous, l’UQAM aurait nettement pu faire plus pour alléger le parcours déjà trop compliqué d’un nombre important de parents aux études. Nos demandes envers l’UQAM étaient minimales et un travail immense reste à faire auprès des gouvernements. Nous aurions souhaité que l’UQAM se dote du moyen de ses « ambitions »… Il nous semble que la mise en place d’une politique réellement inclusive s’inscrit tout à fait dans l’esprit de la démocratisation des études postsecondaires, peu importe la trajectoire de vie de la personne étudiante. Nous aurions souhaité que l’UQAM soit avant-gardiste quant à cet enjeu, mais actuellement l’université ne fait même pas au minimum l’effort d’implanter l’équivalent de ce qui est déjà en place dans d’autres institutions comme l’Université Laval et l’Université de Sherbrooke.

Nous ne réclamons pas de privilèges ou de traitement de faveur. Nous souhaitons rééquilibrer les chances de réussite pour l’ensemble de la communauté uqamienne ! Soulignons à ce sujet que de nombreuses personnes athlètes bénéficient déjà d’accommodement sport-études, notamment la possibilité de faire des choix de cours de façon prioritaire. Pourquoi ne pas s’en inspirer pour viser les valeurs de l’équité, de la diversité et de l’inclusion (EDI) auprès de notre institution ?

Pour pouvoir se vanter de mettre en place des mesures d’EDI, il ne suffit pas à l’UQAM de créer des comités, encore faut-il prendre en compte leur travail. Pour réellement appliquer les valeurs de l’EDI, il faut démontrer de l’écoute, de l’ouverture et de la volonté à appliquer les demandes des comités institutionnels tel celui du projet de politique pour les parents aux études. Sans écoute ni collaboration, aucun changement n’est possible.

Il est temps pour l’UQAM de cesser d’être à la traîne !

 

Signataires de cette lettre :

Chanel Gignac, étudiante à la maîtrise en Droit et société, UQAM

Yannick Godbout, Vice-président du CSPE-UQAM

Stéphanie Thibodeau, personne professeure enseignante et doctorante en éducation, UQAM

Awa Samaké, doctorante en informatique et Représentante des parents étudiant.e.s de l’ international.

Donia Mansour, étudiante au baccalauréat en science politique, secrétaire et représentante de l’AFESPED au CSPE-UQAM.

Camille Robert, doctorante et chargée de cours en histoire, UQAM

 

Mention photo : Donia Mansour

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