À la uneUQAMLes partenariats universitaires, un tremplin vers le marché du travail

Laurence Philippe Laurence Philippe7 novembre 20174 min

L’École des sciences de la gestion (ESG) de l’UQAM a ouvert une Salle des marchés en partenariat avec la Caisse de dépôt et placement du Québec ainsi que la Bourse de Montréal en août dernier. Ce type de collaboration, convoité par les universités, suscite l’attention des chercheurs, des entreprises et des étudiants.

« Le but essentiel est de former des étudiants qui sont quasiment prêts à utiliser cette infrastructure sur le marché du travail », explique le fondateur et responsable de la Salle des marchés, Maher Kooli. Son initiative de mettre sur pied un tel projet à l’UQAM vise à enrichir l’éducation des étudiants par la simulation boursière.

La Fondation de l’UQAM encourage d’ailleurs la formation de la relève étudiante par une augmentation de ce genre de partenariat en recherche universitaire. « Parfois, le milieu des affaires du Québec constate que tout ce qui est recherche universitaire est un peu désincarné par rapport à la réalité économique. Je pense que des activités concrètes et des projets [tel que des partenariats] rapprochent l’université de la réalité du marché », exprime le directeur de la Fondation de l’UQAM, Pierre Bélanger.

Les étudiants détenant une meilleure connaissance du marché se démarquent et sont favorisés lors du recrutement de la relève par les entreprises. « [Nos partenaires] vont beaucoup plus penser à nous qu’à nos concurrents pour l’embauche des étudiants. […] Ça crée donc un lien au-delà de la formation des cours », ajoute Maher Kooli.

« En particulier dans le domaine financier, [les partenaires] sont très friands d’être en contact avec des jeunes à la maîtrise pour les dépister en premier dès qu’ils entreront sur le marché du travail », mentionne Pierre Bélanger.

La responsable des affaires uqamiennes de l’ADEESE, Raphaëlle Vallières, s’oppose à cette vision. « En ce moment, ce que l’on voit, c’est que le marché essaie de former l’éducation comme il le veut. […] C’est normal que les entreprises favorisent les universités avec lesquelles elles détiennent des partenariats, car [la relève] est formée à leur façon. » Elle soutient que les partenariats universitaires confondent le privé avec le public, ce qui crée une marchandisation de l’éducation.

Visibilité et investissement

La visibilité est tout de même importante pour l’université, qui vise à attirer les jeunes dans ses programmes universitaires et à s’affilier à de nouveaux partenaires. Pierre Bélanger mentionne que la concurrence avec les autres universités québécoises est très présente, « surtout avec la décision gouvernementale d’accorder un campus du HEC proche de l’ESG. C’est logique d’être conscient de ça. »

En octobre 2017, la ministre responsable de l’Enseignement supérieur, Hélène David, a annoncé un investissement de 94 M$ pour permettre à HEC Montréal de s’installer au centre-ville, entre la côte du Beaver Hall et la rue Saint-Alexandre, à proximité de l’ESG.

Certains étudiants de l’ESG au baccalauréat en finance reprochent cependant à l’UQAM de restreindre l’accessibilité de la salle des marchés, qui est ouverte seulement aux étudiants à la maîtrise. « C’est un outil très puissant au niveau de l’analyse, mais son utilisation ne fait pas partie du cursus universitaire d’un bachelier en finance. La possibilité d’aller plus loin et de mieux comprendre le fonctionnement du marché financier devient donc presque impossible […] pour quelqu’un qui n’est pas encore à la maîtrise », explique le bachelier en finance à l’ESG Dominic Provost-Tremblay, qui a été contraint de se tourner vers la Salle des marchés à Concordia. N’ayant obtenu aucune formation ou accès à la salle de l’UQAM durant ses heures libres, le bachelier s’est plaint de la possibilité réduite de pousser son éducation au-delà du programme et des cours.

L’UQAM se distingue quand même comme l’une des grandes universités de recherche et de création au Canada. Selon le rapport annuel 2015-2016 de l’université, « l’UQAM se classe […] au sixième rang des universités canadiennes sans faculté de médecine pour son volume de financement en recherche », ce qui comprend plus de 70 M$ en financement accordé au domaine de la recherche.

De son côté, Raphaëlle Vallières perçoit plutôt l’université comme un « lieu de développement du savoir qui ne doit pas se vendre aux personnes qui peuvent offrir de l’argent en échange. »

La responsable des affaires uqamiennes de l’ADEESE considère que l’université perd de sa neutralité académique en échange d’argent, ce qui vient orienter la formation universitaire.

Le partenariat se qualifie toutefois comme « la voie de la philanthropie universitaire », pense M. Bélanger. « C’est très stimulant pour les étudiants d’avoir des projets, des chaires de recherche, de travailler avec des moyens et du financement et d’avoir des contacts », décrit-il.

 

photo: SARAH XENOS MONTRÉAL CAMPUS

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