À la uneCultureQuand la musique fend l’âme en deux

Avatar Catherine Charron29 mars 20162 min

Il est difficile de réfréner un sourire attendri devant l’amour qui unit les deux membres du duo Saratoga. Un silence respectueux régnait dans la salle du Cabaret Lion d’Or devant l’harmonie générée par le mélange des voix, de la contrebasse et de la guitare sèche de ces deux anciens participants du concours. Une ouverture forte en émotion qui s’est poursuivie sur la même lancée le 14 mars dernier lors de cette cinquième soirée des éliminations des Francouvertes.

Ce sont les «Gaulois de la Nouvelle-Écosse» du groupe Cy qui ont ouvert le bal avec leur son tout droit sorti des bois. Il a une jolie voix, ce Éric Dow. C’est toutefois lorsque celles des trois autres membres du groupe se mélangent à la sienne que ces Acadiens marquent l’imaginaire des gens. «Ça fesse dans l’dash», comme on dit. Une première impression fort bien réussie en cette rentrée montréalaise, eux qui ont passé 10 heures entassés dans une voiture pour arriver sur les planches du Cabaret. Avec leurs roulements de r et leurs histoires de filles du Roy, ils usent de leurs plus belles métaphores pour raconter ce que c’est que d’être un Acadien de la Nouvelle-Écosse.

Mon Doux Saigneur écorche l’âme. Sa voix n’est pas des plus jolies, mais ça n’aurait pu être autrement. Son message ne passerait pas, comme si une voix au paroxysme de son élégance l’aurait éloigné de son auditoire. Plutôt contreproductif quand l’idée derrière Mon Doux Saigneur est de créer un son qui rejoint «penseurs, poètes et artistes qui saignent». Ses pistes de guitare sont envoutantes, poussant la foule dans un genre de rêve pas tout à fait agréable, un jeu à la Jean Leloup revisité. Ils jouent justes, ils jouent agressifs, Emeryck lance des feuilles remplies de revendications dans la foule… Et sa voix s’adoucit. Sa détresse passive-agressive raisonne lors de Si j’ai les yeux rouges, soutenue par des rythmes poignants découpés au couteau. Dans un genre d’euphorie les instruments sont poussés à leur maximum, à la limite de l’acceptable, pour s’arrêter au même moment où les spots lumineux se sont éteints. Emeryck s’est mis à nu devant la salle avec la pièce Mes grandes mains, conclusion crève-cœur qui a permis à l’artiste qui rêve de vivre en oiseau de se hisser au sommet du palmarès.

Elle y était presque

Les astres étaient pourtant tous bien alignés : un son yéyé français, des projections psychédéliques, un léger je-m’en-foutisme charmant… Mais d’entendre la voix de Marie-Claire toujours juste à côté de la note, ça ne pardonne pas. Le reste du projet sonne toutefois plutôt bien, à la fine pointe du psychédélique planant et troublant, un peu à la manière de Melody’s Echo Chamber (une artiste qui n’a pourtant jamais effleuré les inspirations musicales de la principale intéressée). Marie-Claire vient ici «exprimer librement ce qui ne pourrait être dit sans musique», un genre d’exutoire poétique. Les paroles ne sont cependant pas l’élément central de ses pièces puisque c’est la musicalité qui prime d’abord et avant tout. C’est pourquoi, selon l’artiste, sa musique réussit à traverser le mur linguistique et à rejoindre un public anglophone.

 

Photo : Jean-François Leblanc

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