À la uneSociétéPhilosophie, n.f accordé au masculin

Avatar Isabelle Grignon-Francke15 mars 20164 min

«On ne naît pas femme, on le devient». Simone de Beauvoir parlait ici de construit social du genre. Or, même si on peut devenir femme, devenir femme philosophe est une autre paire de manches. Si la femme ne s’identifie que peu à la philosophie, la philosophie, elle, pourrait bien accompagner les femmes dans leur redéfinition d’un féminisme chahuté.

Les femmes semblent bouder la philosophie comme champ d’études. Dans cette situation d’équilibre précaire entre les sexes, la femme philosophe doit être féministe, croit la doctorante en philosophie à l’UQAM, Aline M. Ramos. «C’est un mécanisme de survie, car on vit de l’isolation, du découragement, mais également un perpétuel besoin de se justifier devant nos collègues masculins, ce qui est fatigant», explique celle qui est également chargée de cours à lUniversité du Québec à Trois-Rivières.

À lUQAM, ce sont environ 20% des étudiants en philosophie qui sont des femmes, et dans le corps enseignant, la proportion passe à 14%. Aline M. Ramos a également remarqué un fort taux d’abandon chez les femmes dans leurs dernières années de baccalauréat.

Devant ce problème qui s’étend à tout le monde académique, le Comité femmes de l’Université de Montréal a organisé du 7 au 11 mars 2016 une semaine de conférences sur les femmes philosophes. «Je me mets et je mets les gens au défi de nommer dix ou même cinq femmes philosophes», propose Stéphanie Bourbeau, organisatrice et étudiante en dernière année au baccalauréat en philosophie.

La semaine servait à faire respirer un peu les étudiantes à la recherche de modèles féminins, explique Stéphanie Bourbeau. Il était effectivement question de faire un travail d’inventaire et de présentations, dans lesquelles des femmes, mais aussi des hommes, ont pris la parole. «On voulait qu’ils participent à ce travail de recension, qu’ils ouvrent avec nous les tiroirs pour découvrir les femmes philosophes», ajoute l’organisatrice, appuyée par ses collègues. «Il y a un souci de compensation; les femmes en philosophie se sont tues depuis 2500 ans, elles peuvent bien prendre leur place maintenant », renchérit Aline Ramos.

Socrate, Platon, Rousseau, Kant, Foucault… et Arendt

Les semaines antérieures ont été marquées de papiers sur le féminisme. Les propos de la ministre de la Condition féminine, Lise Thériault, et les déclarations de l’animatrice Marie-France Bazzo ont été les déclencheurs d’un véritable débat public. La proximité temporelle de la journée internationale de la femme a alimenté l’engouement. Or, c’est précisément là, dans l’identification au féminisme, que la philosophie offre plusieurs pistes de réponses.

La doctorante de l’UQAM, Aline M. Ramos, explique que «la philosophie peut clarifier les termes et les mouvements de pensée». Elle précise, par exemple, la différence entre une société égalitaire, comme la société canadienne, où les droits des hommes et des femmes sont identiques, à une société équitable où tous sont traités de la même façon et débutent avec les mêmes chances de réussite. Un objectif qui, selon elle, n’est pas encore atteint.

Mme M. Ramos pense que la philosophie peut avoir une influence pour aider les gens à rester «authentiques à leurs croyances et au sens des mots employés.» Elle permettrait de départager un exposé réfléchi d’un discours rhétorique et définitivement politique, commandant l’adhésion populaire. La philosophie propose également, selon Mme M. Ramos, «une excellente grille d’analyse de l’équité hommes-femmes».

Photo : Isabelle Grignon-Francke

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