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Avatar Alexandre Couture5 mars 20153 min

Entre la discrimination et le sexisme, le hockey mineur québécois est particulièrement mal adapté aux jeunes patineuses qui veulent en faire carrière.

Samedi matin, la jeune Raphaëlle est tout sourire; elle vient de marquer deux buts dans la victoire de son équipe. Ce sourire ravit ses parents qui ont vu leur fille souffrir d’exclusion dans les quatre dernières années, alors qu’elle évoluait dans le hockey mineur mixte. Comme plusieurs de ses coéquipières, son passage à une équipe féminine lui a redonné la passion du jeu et la confiance pour persévérer dans cet univers trop sexiste, selon plusieurs.

«Avec les garçons, je me sentais toujours de trop», confie-t-elle d’emblée. Pour ses parents, c’est un soulagement de voir évoluer leur fille avec une équipe féminine. «Les garçons étaient gentils avec elle, mais ils avaient la mauvaise habitude de ne pas lui faire de passe durant les parties, ajoute son père. Elle revenait à la maison découragée et déçue de ses performances.» Il avait l’impression que l’entraîneur n’aidait pas vraiment la cause en l’utilisant sporadiquement. À talent égal, l’instructeur lui préférait d’autres joueurs pour les situations importantes. Lorsque les parents de la jeune âgée de 10 ans ont entendu parler de cette équipe réservée aux filles, ils n’ont pas hésité à inscrire Raphaëlle, même si les pratiques étaient à 45 minutes de leur domicile. «Ce n’est pas seulement grâce à ses bonnes statistiques, elle est maintenant beaucoup plus épanouie dans son sport et elle veut en faire sa carrière», déclare fièrement sa mère.

Pour l’ancienne entraîneuse de l’équipe canadienne olympique féminine, Danièle Sauvageau, l’ensemble de la structure du hockey mineur est à revoir. «C’est un système mal adapté pour les jeunes filles; lorsqu’elles atteignent le niveau pee-wee, elles se découragent et abandonnent dans bien des cas», poursuit-elle. Selon celle qui donne maintenant des conférences sur le leadership, toutes les joueuses devraient poursuivre leur apprentissage à partir de l’âge de 12 ans avec les filles, mais il manque encore d’associations de hockey mineur féminin au Québec. «Atteindre le niveau professionnel est difficile pour un garçon, pour une fille c’est quasi-impossible avec les ressources actuelles», déplore celle qui a remporté l’or à Salt Lake City en 2002. L’avis est partagé par le président de l’Association de hockey mineur féminin de La Capitale, Michel Vincent, qui est néanmoins plus optimiste. «Il faut voir le positif, les inscriptions des jeunes filles sont en hausse, il suffit de s’assurer de les garder dans les équipes après 12 ans», soutient-il. Pour l’homme de 47 ans, le hockey doit se démocratiser et laisser tomber son passé de sport macho.

Une situation délicate

L’Association de hockey mineur féminin de l’Ontario a soulevé l’ire de la population le 4 février 2015 en proposant des règles encadrant les «contacts» entre entraîneurs et joueuses. Dans le document, les instructeurs sont invités à laisser tomber les encouragements physiques, peu importe la situation. Rejoint à Kingston, le responsable des communications de l’association, Micheal Morley, tient à clarifier la situation. «Ce n’est pas un code, c’est plutôt un guide de conduite pour éviter tout malentendu entre les jeunes filles et les instructeurs», défend-il. Pour Jean Bernatchez de Hockey Québec, le regroupement ontarien était plein de bonnes intentions. «Bien-sûr ce fut amené de manière maladroite, mais le but premier était de réitérer l’engagement à condamner toute sorte de harcèlement sexuel, poursuit-il. Les associations de hockey féminin font un travail colossal pour les jeunes femmes, il ne faut pas les sacrifier sur la place publique pour une simple erreur.»

Malheureusement pour les jeunes joueuses québécoises, même les meilleures d’entre elles ont du mal à se tailler une place dans le monde du hockey. Élevées au rang de vedettes internationales lors des Olympiques, les patineuses canadiennes retombent dans l’ombre dès que la flamme est éteinte. Elles s’alignent alors avec des équipes semi-professionnelles et doivent débourser de leur propre poche pour pouvoir être compétitives chaque hiver. «Je veux montrer que les filles peuvent être aussi bonnes que les garçons et qu’elles peuvent avoir les mêmes rêves», conclut Raphaëlle, visiblement optimiste.

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