À la uneOpinion>Mots tabousMaîtrise à vendre

Avatar Sandrine Champigny19 février 20142 min

«L’UQAM vend ses cycles supérieurs – Organisons-nous», pouvait-on lire sur la grosse banderole orangée déployée lors des Portes ouvertes de l’UQAM, le 11 février dernier. Les associations facultaires des étudiants en communication, en arts, en science politique et droit et en sciences humaines de l’Université se sont unies pour dénoncer ce qu’elles qualifient, pour faire bref, de marchandisation des cycles supérieurs. Un dossier qui n’est pas nouveau pour qui s’intéresse un tant soit peu à la mobilisation étudiante, mais qui revêt une couleur différente alors qu’une consultation sur l’avenir des cycles supérieurs lancée par la direction de l’UQAM s’est terminée il y a un peu plus d’un mois. Une consultation qui, somme toute, a failli à répondre aux doléances des associations étudiantes jusqu’à maintenant. Le but de cette consultation était, évidemment, d’avoir un avis plus large de la communauté uqamienne sur l’avenir des cycles supérieurs, à la suite d’une constatation ma foi peu surprenante, les étudiants aux cycles supérieurs se réorientent de plus en plus après leurs études, répondant aux besoins du marché. Le but de la refonte des cycles supérieurs est justement, de coller les programmes universitaires sur la réalité de l’emploi et de former des diplômés «utiles». Mais voilà, où le bât blesse justement. Il n’existe rien de tel qu’un concept aussi fermé que celui du diplômé utile ou inutile. Le débat s’est déjà tenu maintes et maintes fois, mais dans le contexte actuel, il vaut la peine d’en dire un mot.

Antidote 10

Le concept même des études supérieures repose sur le fait de réfléchir plus profondément à certains concepts, à explorer certaines idées, à poser des questions et à s’en poser aussi. Le but des études supérieures est de former des penseurs, non pas de se mettre à la solde du plus offrant. Si l’UQAM se vante d’être l’Université du peuple, peut-être devrait-elle l’écouter quand il parle. Rares sont les occasions où les positions des associations étudiantes me semblent justes et bonnes. J’ai facilement tendance à trouver qu’elles jouent d’exagération pour faire entendre leur voix. Mais cette fois-ci, elles ont bien raison de s’indigner. Car si l’UQAM a envie d’augmenter sa visibilité sur la scène internationale, ce n’est pas en devenant une manufacture à employés qu’elle y parviendra. L’UQAM doit rester ce qu’elle a un jour prétendu être, un carrefour où la liberté des idées permet l’avancement et où tous peuvent avoir accès à la richesse de l’enseignement supérieur. Pas seulement ceux qui ont envie d’un poste prestigieux chez Pratt & Whitney, pas seulement non plus ceux qui ont envie de pousser jusqu’au post-doctorat l’étude de Schopenhauer. Non pas l’un ou l’autre, mais l’un et l’autre, dans le respect de l’idéaliste pensée que l’Université du Québec à Montréal reste l’Université des étudiants avant tout et non pas l’Université des entreprises.

***

Le questionnement qui jaillit ici a des éclats dans toutes les universités du Québec, plusieurs associations de l’Université de Montréal a d’ailleurs voté une journée de grève pour protester contre la renomination du recteur Guy Breton, un illustre défenseur d’«étudier pour travailler». Une belle idée de nos collègues, qui eux aussi, en ont marre de cette philosophie du roi de la montagne.

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *