Opinion>Méfaits diversQui jettera la dernière pierre?

Avatar Émilie Bergeron20 février 20133 min

Au risque de passer pour prétentieuse dans cette chronique que cinq personnes tout au plus liront, je me lance dans cette tirade. Tirade, ce n’est pas le mot juste. Je n’userai pas de grandiloquence cyrano-esque. Allez savoir. Je me lance donc dans un «plaidoyer». Entendons-nous, ceci n’est pas un communiqué, monsieur, madame. Une chronique, c-h-r-o-n-i-q-u-e.

Justement, le malaise, il est chronique. Plus ça va et plus le doute se creuse à savoir si Montréal appartient vraiment à ses citoyens. La question ici n’en est pas une de nids de poule ni de collusion. Elle en est une de conscience de son environnement. Si l’homme vit dans un habitat urbain, il pourrait se nourrir d’un autre air que celui confiné dans son vase clos d’ignorance. Il y a longtemps que l’homme moyen ne connaît plus l’histoire des lieux qu’il occupe pourtant au quotidien. Il y a longtemps qu’il ne s’est pas vu.

Oh, il naît bien des projets d’agriculture urbaine çà et là, quartier par quartier, mais rien n’unit ces ébauches. Chaque initiative semble être un combat indépendant et aucune toile de fond unificatrice ne se tisse. Il y a quatre mois, un rapport était pourtant remis à la Ville par l’Office de consultation publique de Montréal sur l’état de l’agriculture urbaine à Montréal. Il s’agit du résultat d’une consultation publique que la Ville s’était vue obligée de commander face à une pétition de 30 000 signataires. Quand le maire Applebaum a repris la chaise laissée vacante par Gérald Tremblay en novembre, il a manifesté vouloir prioriser notamment la mise sur pied d’objectifs clairs en la matière. Silence radio jusqu’ici.

L’agriculture urbaine recèle de nobles desseins, mais le contexte actuel est incohérent pour dresser la table de façon adéquate. Comment peut-on prétendre vouloir planter des arbres en ayant bonne conscience – aucune référence ici à la nature écologique d’un tel geste – sans même savoir quel est ce bâtiment à l’angle des rues Sherbrooke et Montcalm? L’édifice Gaston-Miron, de son nom actuel. Ses colonnes d’inspiration corinthienne, un style architectural qu’on attribue généralement à l’Antiquité, font face au parc Lafontaine. On peut assurément les remarquer en pique-niquant dans l’herbe, l’été. Si ces colonnes ne sont pas assez longues pour offrir un coin d’ombre jusque dans le parc, elles cachent plus d’un tour dans leur sac. Elles se posent en pilier patrimonial.

C’est précisément dans l’actuel édifice Gaston-Miron qu’est née, en 1917, la première bibliothèque indépendante du contrôle de l’Église. Si les pique-niqueurs ne le savent pas, on ne s’en choque pas outre-mesure. On se choque toutefois davantage quand on passe la porte d’entrée et qu’on pose des questions aux employés du Conseil des arts de Montréal, qui siège en ces lieux. Personne dans la baraque ne sait même pourquoi l’attribution de l’appellation «Gaston Miron», comme le poète. Répondre à une tendance nominale des bâtiments peut-être, madame?

Héritage Montréal, un organisme qui travaille à la sauvegarde de bâtiments patrimoniaux dans la métropole, répertorie une dizaine de bâtiments pour lesquels il urge d’intervenir. Mais à quoi bon, quand même bien on sauverait le silo no 5, la potence des Patriotes et la maison Redpath, si on les détruit par après à coups de désintérêt criblant?

Fin septembre prochain, la Place des Arts fêtera ses 50 ans depuis son inauguration. À part chialer deux à trois fois par année sur le toit du Stade Olympique, force est de constater que les grands projets d’urbanisme des années de la Révolution tranquille et la mégalomanie de l’ex-maire Jean Drapeau ne font plus parler d’eux depuis bien longtemps. «La Place des Autres», comme scandaient les manifestants à l’époque, en parlant de ce centre culturel en construction, n’est, décidément, toujours pas la nôtre.

Je ne vous cacherai pas que dans mon propre et humble cas, face à l’obligation d’écrire cette chronique, l’urbanisme de Montréal est peut-être la dernière idée qui me soit venue en tête. C’est dire, le malaise est chronique, c-h-r-o-n-i-q-u-e.

Émilie Bergeron

Chef de pupitre Société

societe.campus@uqam.ca

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