UQAMÊtre une femme libérée, tu sais c’est pas si facile

Avatar Laura Pelletier B21 février 20134 min

Après des années de tensions avec les autres comités de l’ASSE,  le nouveau Comité femmes cherche à calmer la tempête pour faire avancer le féminisme.

Quelques 25 000 nouveaux membres se sont joints à l’ASSE entre janvier et novembre 2012, dans le but de s’unir pour contrer la hausse des frais de scolarité. Durant cette apogée, les membres du Comité femme de l’Association, frustrées, ont démissionné en bloc. Si l’ASSE est la seule organisation étudiante nationale qui a des mandats féministes, la lutte pour l’égalité hommes-femmes se fait souvent voler la vedette par les enjeux de l’heure. Les militantes du Comité femmes, découragées, claquent parfois la porte.

En 2010, l’ex-étudiante au certificat en étude des femmes à l’Université Concordia, Anne Dagenais Guertin, a publié une recherche intitulée Le féminisme à l’ASSE. La jeune femme avait interrogé neuf membres de l’ASSE, dont une qui avait rapporté que lors d’un congrès de l’ASSE, plusieurs femmes avaient quitté la salle en pleurs à la suite de «commentaires agressifs et blessants de plusieurs hommes». Une autre participante avouait s’être fait dire, par un collègue, qu’il allait «tout faire pour que le camp de formation féministe n’ait pas lieu».

«En étant membre du Comité femmes, en amenant des critiques féministes sur le fonctionnement interne de l’ASSE, on nous a trop souvent, rapidement, injustement, accusées de “diviser le mouvement étudiant”», écrivait l’ex-membre du Comité femmes, dans sa lettre de démission déposée le 4 février 2012. Gabrielle Desrosiers, lors de sa démission. Le porte-parole de l’Association, Jérémie Bédard-Wien, garde un souvenir «brûlant» de cette période. «Elles ont claqué la porte au moment où en avait le plus besoin d’elles.» À ses yeux, les enjeux féministes n’ont pas été assez présents dans les médias durant la grève de 2012.

De nouveaux membres ont été élus au Comité femmes en juin 2012. Le calme semble, à ce jour, être revenu. «Je crois que les conflits qu’il y avait entre le Comité femmes et les autres comités était plutôt liés à des chicanes personnelles entre les membres, estime Aurélie  Paquet, une des nouvelles élues. Cette année, je pense qu’on a une bonne relation avec les autres comités, qui nous font de très bons commentaires.» Elle remarque que de plus en plus d’efforts sont faits autour d’elle pour que le féminisme soit intégré aux différents comités conseil de l’Association.

Malgré certaines victoires, le féminisme passe toujours après les autres luttes. Durant les congrès de l’organisation, les points associés au Comité femmes ne sont abordés qu’à la fin. «Souvent, on n’a pas le temps d’arriver au point «Femmes». Selon moi, ça montre que le féminisme est une lutte secondaire», déplore Aurélie Paquet, qui comprend néanmoins qu’au sein d’une association étudiante, les sujets liés à l’éducation soient davantage mis de l’avant.

Sa collègue du Comité femmes, Marie Soleil Chrétien, estime pour sa part qu’il existe un féminisme de façade au sein de l’organisation. «Pratiquement tout le monde à l’ASSE se dit féministe ou pro-féministe, mais ils ne comprennent pas réellement les bases du mouvement.» Si aucun militant de l’ASSE ne se dit ouvertement anti-féministe, certains ont de la difficulté à comprendre certaines pratiques du Comité femmes, note Aurélie Paquet. «Ils ne comprennent toujours pas la pertinence de la non-mixité, par exemple.» Les deux militantes du Comité femmes aimeraient que les nouveaux membres reçoivent une formation. Pour elle, cela leur permettrait de comprendre davantage les problèmes auxquels font face les femmes, comme le langage de domination et la violence. Les deux militantes admettent toutefois que le grand roulement de personnel de l’ASSE rend la tâche difficile.

Jérémie Bédard-Wien admet qu’il y a un problème de hiérarchisation des luttes à l’ASSE. «En congrès, on priorise les sujets d’ordre immédiat. Par exemple, le Sommet sur l’enseignement supérieur a pris beaucoup de place dernièrement.» À ses yeux, les luttes féministes doivent reprendre leur place à l’ASSE. «Il faut qu’on réfléchisse à une façon d’inclure une analyse féministe au sein d’autres dossiers plutôt que de le traiter de façon séparée.» Le sujet devrait être abordé dans le Congrès d’orientation de l’ASSE du 2 mars prochain.

Aurélie Paquette remarque que les associations étudiantes collégiales et universitaires joignent l’ASSE pour sa combativité, ses rapports de force durant les grèves, pour la gratuité scolaire, mais rarement pour ses mandats féministes. «Les gens deviennent féministes en militant à l’ASSE.» Elle-même n’était pas une militante féministe lorsqu’elle est entrée à l’ASSE. «À cette époque, je croyais qu’on n’avait plus besoin du féminisme. En discutant avec des élus, j’ai compris à quel point c’était encore nécessaire.»

Aurélie Paquet, Marie Soleil Chrétien et leurs collègues préparent le camp de formation féministe des 9 et 10 mars prochains. Durant ces deux journées, aucun enjeu féministe ne sera contourné, puisque le point «Femmes» sera en tête de liste.

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