Opinion>Méfaits diversDialogue de sourds

Émilie Bergeron6 février 20133 min

Comme toute bonne étudiante qui se respecte, j’ai un job à temps partiel et mon truc, c’est le fromage. En tout cas, j’essaie. Étonnant ce qu’on peut apprendre entre les trous huileux de l’emmental, les crumbles de parmesan et les dégoulinades de camembert ammoniaqué. Vous devinerez que je ne fais pas allusion ici aux accords vin-fromage ni aux appellations d’origine contrôlée ou aux meilleures importations privées. Je n’oserais pas, c’est des affaires de snobs, tout ça, pas vrai? C’est bien trop cher le fromage, qu’ils disent, les Français de leurs bouches en cul de poule qui viennent d’arriver au Québec.

N’en déplaise aux papilles gustatives de ces messieurs, ce ne sont pas tous les clients qui sont tout aussi dignes de leur fin flair pédant national. Évidâment! La plupart du temps, ce qui se produit quand un affamé de fromage se planque devant le comptoir ressemble à peu près à ceci :

« Je voudrais une pâte molle au lait cru.

–          Quelque chose de relevé, doux?

–          C’est quoi ce fromage-là, renchérit-il alors, me pointant un fromage qui a une quelconque couleur incongrue et qui n’est visiblement pas une pâte molle.

–          Ça monsieur, c’est de la mimolette vieille de 22 mois. Celle-ci vient de France, mais ce sont les Hollandais qui en revendiquent la paternité traditionnelle, disons. C’est fait de lait de vache. La couleur orangée s’explique…

–          C’est-tu bon? J’peux-tu goûter? »

Voyons, toi, tu me poses une question pis t’attends même pas la réponse. Cela dit, je vous avais dit que je ne tiendrais pas de propos snob. N’en reste pas moins que cet épisode – qui  pourrait faire l’objet d’un énième blogue anecdotique suivant le thème de l’urbaine idiotie –  m’apparaît à ce jour comme un constat d’une ampleur qu’il ne faudrait pas sous-estimer. Les gens posent des questions, mais ne veulent pas vraiment connaître les réponses. Alors ils font la sourde oreille. Des gens insignifiants comme vous et moi, bien entendu, mais aussi des gens disons, un peu plus «signifiants».

La Pauline, par exemple, fait du surplace dans ses «revendications» relatives à la réforme de l’assurance-emploi de Harper. Une première rencontre officielle décevante, dira-t-on. C’est sûr que quand on pose les mauvaises questions ou qu’on les lance de façon anodine sous prétexte qu’on est minoritaire, mieux vaut ignorer la réponse qui viendra. Même chose pour la campagne de séduction «indépendantiste» de notre première ministre en Écosse. Stephen Harper, lui ne se casse pas la tête. Des questions, il n’en pose pas.

L’ex-maire Tremblay aime bien, pour sa part, inverser la logique question-réponse. Il affirme et ensuite il pose les questions. La désinvolte affirmation «j’en sais rien» devient curieusement «Le rapport, quel rapport?». Remarque, s’il se retrouvait devant un présentoir à fromages, probablement qu’il dirait quelque chose comme «J’ai jamais goûté aux bleus.» Quinze minutes plus tard, en grande hésitation entre le gouda vieilli et l’époisse qui pue, lui de dire «Prenons un bleu, qui a dit que je n’aimais pas les bleus? », me dévisageant d’un air de reproche. Pauvre homme.

C’est dire, la commission Charbonneau, c’est dans votre assiette qu’elle se passe. Prochaine fois que vous tartinerez votre faux fromage sur des croustilles cheaps, pensez au sourire énigmatique de la juge.

***

Vous allez dire que je badine sur des choses insignifiantes, je le sais. Et puis c’est ça que vous aimez lire, d’abord. Comme disait le bon vieux dicton à 2 cents, «souris, la vie est un fromage». Ouais c’est ça, niaise moi dont.

Vous avez remarqué qu’à l’épicerie le cheddar marque maison goûte la même maudite affaire que le suisse?

 

Émilie Bergeron

Chef de pupitre Société

societe.campus@uqam.ca

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