À la uneSociétéGlyphosate : le long combat des écologistes

Sarah Xenos9 février 20184 min

Le glyphosate, l’agent actif de l’herbicide le plus vendu au monde, a été qualifié de « cancérigène probable pour les humains » par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). La journaliste et documentariste Marie-Monique Robin en expose les effets néfastes dans son livre Le Roundup face à ses juges.

Présent dans le désormais célèbre pesticide Roundup du géant de l’agroalimentaire Monsanto, la molécule de glyphosate est un chélateur de métaux, c’est-à-dire qu’elle rend certains métaux lourds solubles dans l’eau, devenant ainsi absorbable par l’être humain. Le Canada en est le quatrième utilisateur mondial après la Chine, l’Argentine et les États-Unis.

De passage à l’UQAM mercredi soir, Marie-Monique Robin, originaire de France, mène depuis plus de dix ans une guerre acharnée contre la multinationale Monsanto afin que la vérité sur les conséquences de l’utilisation du glyphosate éclate au grand jour.

« Au XXIe siècle, nous avons de nouveaux défis absolument capitaux qui font que si nous ne changeons pas de cap, nous allons vers l’effondrement global de la civilisation », lance Marie-Monique Robin devant l’agora Hydro-Québec de l’UQAM, bondée pour l’occasion.

Dans son dernier ouvrage, l’auteure recense, grâce à des entretiens réalisés à travers le monde, de multiples cas de cancers et de malformations congénitales pouvant être reliés à l’utilisation de l’herbicide chimique.

Au Sri Lanka, le glyphosate serait à l’origine d’une maladie rénale ayant causé la mort de plus de 20 000 habitants, selon le gouvernement. En 2015, le pays devient le premier à interdire toute forme d’utilisation de glyphosate.

Alors que la France souhaite l’interdire d’ici trois ans, le Canada a signé en avril dernier un accord, contesté par les écologistes, permettant de poursuivre l’utilisation d’herbicide à base de glyphosate pour les quinze prochaines années.

« On a déposé des avis d’objection […] Nous attendons toujours les résultats, mais nous allons intervenir très prochainement pour demander qu’il y ait une mobilisation de la population sur la question de révision de l’évaluation », affirme la professeure titulaire à l’Institut des sciences de l’environnement et au Département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal, Louise Vandelac.

Les normes diffèrent grandement d’un pays à l’autre quant à la présence de glyphosate jugée acceptable dans l’eau potable. Au Canada, la concentration maximale recommandée par le gouvernement est de 0,28 mg par litre (0,21 mg au Québec) alors qu’aux États-Unis, il est question d’une concentration avoisinant les 700 mg.

Lueur d’espoir

Organisé par la société civile et présidé par des juristes de profession, le Tribunal international Monsanto s’est tenu pour la première fois en octobre 2016 à La Haye, aux Pays-Bas. Des juges y ont entendu nombre de témoins et d’experts avant de rendre un avis juridique suggérant l’ajout du crime « d’écocide » au Statut de Rome, dont la Cour pénale internationale est tributaire.

« Nous avons besoin d’un nouvel outil juridique qui permettrait de poursuivre au pénal les dirigeants des entreprises qui peuvent être coupables de ce crime qu’est le crime contre les écosystèmes », explique Marie-Monique Robin, qui a parrainé le tribunal.  

L’efficacité d’une telle initiative est cependant remise en doute par le philosophe et essayiste québécois Alain Deneault. « De manière générale, on ne peut pas voir le droit actuel, qui est un droit bourgeois essentiellement motivé par le droit des affaires, […] comme un outil pour mettre fin aux multinationales », affirme-t-il.

La seule solution pour lui réside dans la dissolution complète de ces géants. « Les multinationales n’auraient jamais dû exister. C’est un problème qu’elles soient là. On n’aurait jamais dû les laisser être », lance M. Deneault.

 

photo : SARAH XENOS MONTRÉAL CAMPUS

Louise Vandelac et Marie-Monique Robin à la conférence sur le livre Le Roundup face à ses juges

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