« Awww, pauvre petit singe, il s’est fait abandonner », déplore mon amie en voyant la vidéo d’un macaque qui se fait violemment rejeter par ses pairs. Ce qui fait pitié dans cet extrait, selon moi, ce n’est pas le rejet de cet animal, mais plutôt son état de captivité et celui de ses semblables.
Punch le singe, qui s’est fait abandonner par sa mère à la naissance et qui a jeté son dévolu sur une peluche à l’effigie d’un primate, est devenu viral en février dernier. Les gens viennent maintenant des quatre coins du monde pour voir l’animal au zoo d’Ishikawa, au Japon.
L’engouement est tel que son fameux toutou du IKEA est en rupture de stock au Japon et aux États-Unis. À mon avis, l’entreprise d’origine suédoise a instrumentalisé la souffrance de Punch en profitant de l’engouement médiatique autour de cette histoire pour faire la publicité de ce produit. Ça m’a dérangée que la multinationale IKEA fasse du profit grâce à un singe en captivité.
Du mème à la publication Instagram en passant par les articles de journaux, le cadrage médiatique de l’événement met l’accent sur l’abandon vécu par le macaque. Cependant, je crois que c’est sur le concept même du zoo qu’on devrait se pencher. Le rejet familial chez les singes peut être lié à une situation de stress. Être en captivité dans un zoo peut être stressant pour certains primates, selon un mémoire rédigé en 2024 par des organismes spécialisés en protection des animaux.
Depuis que je suis toute petite, j’ai un malaise profond avec le concept d’enfermer des animaux et de faire payer les gens pour les regarder. Mes parents n’ont jamais voulu aller au Zoo de Granby et, d’ailleurs, je n’ai jamais ressenti l’envie d’y aller moi non plus.
Je suis consciente que plusieurs zoos sont considérés comme des centres de conservation parce qu’ils permettent de « venir au secours » de certaines espèces menacées et parce qu’ils contribuent à les étudier. Toutefois, trop souvent, ces parcs zoologiques enferment des animaux qui ne sont pas en voie d’extinction dans le simple but de divertir une clientèle.
Juste au Canada, il existerait entre 100 à 150 attractions fauniques, selon des données fournies au Sénat en 2022 par la société de Protection mondiale des Animaux. Des organismes et des expert(e)s s’entendent pour dire que, même dans de bonnes conditions, il peut être préjudiciable pour une bête d’être en captivité. Par exemple, ils et elles observent de la souffrance psychologique et comportementale chez certains animaux captifs, ainsi que des risques élevés de problèmes de santé.
Il y a dix ans, une autre histoire qui illustre les dérives d’un parc zoologique m’a particulièrement marquée. En 2016, un gorille nommé Harambe a été abattu au Zoo de Cincinnati, aux États-Unis, parce qu’un petit garçon était tombé dans son enclos. Des employé(e)s du zoo l’ont tué pour sauver l’enfant. Le primate était âgé de 17 ans et il était en parfaite santé. Ce qui est ironique dans cette histoire est que Harambe appartient à une espèce menacée. Néanmoins, ce n’est pas la nature qui a causé sa perte, mais l’endroit où il a été placé dans le but d’être « conservé ».
Cette nouvelle avait relancé le débat sur la légitimité des zoos et sur l’importance d’avoir des refuges animaliers éthiques pour élever des bêtes en voie d’extinction. D’où le besoin, à mon avis, d’avoir des sanctuaires qui priorisent le bien-être des animaux plutôt que le divertissement des humains.
D’ailleurs, dans l’Ouest canadien, à Vancouver, au sommet de la montagne Grouse, accessible grâce à une randonnée pédestre, il y a un sanctuaire sauvage. J’ai pu y observer gratuitement des grizzlis dans leur environnement naturel. Il y avait un grillage pour indiquer au public la limite à ne pas dépasser pour éviter de perturber les bêtes. C’était aux randonneurs et randonneuses de s’adapter à l’habitat de ces ours orphelins rescapés par le refuge. Les grizzlis semblaient jouir d’une plus grande liberté que les humains. D’ailleurs, pour éviter toute nuisance, il était interdit de les nourrir. À mon avis, c’est précisément ce respect de la vie sauvage, loin du spectacle organisé, qui devrait dicter nos choix.
Pourtant, la réalité est souvent toute autre. Le cas de Punch l’illustre bien. En payant pour aller voir ce mignon macaque dans un parc zoologique, plusieurs encouragent, peut-être sans le savoir, la souffrance animale.



Laisser un commentaire