Émily Fleming-Dubuc, une militante uqamienne «enflammée»

Femme inuk et étudiante en travail social à l’UQAM, Émily Fleming-Dubuc utilise les réseaux sociaux pour éduquer sur les enjeux autochtones et lutter contre le colonialisme. Ayant gagné en popularité après l’abandon du projet de réforme de l’industrie forestière, elle vit aujourd’hui avec visibilité à double tranchant.

Émily Fleming-Dubuc s’est fait connaître à travers son contenu sur TikTok durant la pandémie. C’est d’ailleurs pendant cette période qu’elle s’est reconnectée à sa culture, n’y ayant été que très peu exposée durant son enfance. « Il y a eu cette envie-là de reconnexion », raconte-t-elle, en entrevue au Montréal Campus. 

Les réseaux sociaux sont, pour elle, une manière de s’impliquer en tant que militante, malgré un horaire chargé. Mère monoparentale, intervenante spécialisée dans un hôpital psychiatrique, boxeuse de compétition et étudiante en travail social, Mme Fleming-Dubuc se dit « toujours occupée ». « Même en congé [ma famille] en profite pour aller marcher dans une manifestation », confie-t-elle. 

L’étudiante de 31 ans a gagné en popularité en juin 2025, lorsqu’elle a utilisé ses réseaux pour documenter sa lutte contre le projet de loi 97, qui a finalement été abandonné en septembre 2025. Ce dernier visait à restructurer l’industrie forestière à travers la province et il était largement décrié par les communautés autochtones, qui craignaient de ne pas être consultées lors de l’exploitation du territoire. 

D’après Xavier Watso, créateur de contenu, l’engagement d’Émily Fleming-Dubuc a été déterminant dans l’abandon du projet par le gouvernement. « Elle a eu un énorme impact non seulement sur la résolution finale, mais surtout sur l’opinion publique », estime l’Abénakis .

Militantisme à la Fleming-Dubuc 

Son contenu, affirme-t-elle, est à l’intersection de l’infodivertissement et de l’appel à la mobilisation. Elle dit avoir atteint ses objectifs d’éducation lorsque ses publications arrivent à engager des discussions. « [Lorsque mon contenu soulève] un débat politique, moi, je trouve que c’est réussi », soutient la créatrice de contenu.

Son engagement social inspire Xavier Watso. « C’est un exemple à suivre. Je la trouve extraordinaire. Ça me fait penser à mes beaux jours de militance sur Facebook. […] Je vois en elle cette flamme de la jeunesse », clame la personnalité publique . 

« Elle a foi en l’humain. Que quelque part, tous les humains doivent porter une justice », mentionne Joséphine Bacon, aînée en résidence à l’UQAM, qui dîne régulièrement avec elle dans les locaux du NISKA. 

En mars 2026, son compte TikTok cumule plus de 51 000 abonné(e)s et près de 10 000 abonné(e)s sur Instagram. Alors que cette nouvelle portée lui permet de sensibiliser et mobiliser un plus grand nombre d’utilisateurs, elle génère aussi des effets pervers.

« C’est violent, ça n’a pas de sens » 

Une cinquantaine de menaces de mort ou d’insultes jonchent chaque jour les messages privés de la militante inuk. « C’est aussi ça, être une femme autochtone qui prend la parole publiquement et sur les réseaux sociaux », dénonce-t-elle. Pour se défendre de ces attaques, elle les publie, en affichant le nom des auteurs et autrices des insultes. La haine envers les femmes autochtones transforme leur relation envers les plateformes, selon Xavier Watso et Mme Fleming-Dubuc. « Cette violence-là, c’est une censure pour d’autres créatrices », dit-elle. 

La créatrice de contenu rapporte au Montréal Campus qu’il lui arrivait de remettre en question sa manière de dénoncer et d’éviter parfois de publier des capsules réactionnaires impulsives. « Avec la violence que je reçois […], j’essaie de [publier] de manière beaucoup plus éducative, pour que les gens me voient moins dans la confrontation », précise-t-elle. Selon Joséphine Bacon, son dynamisme est parfois confondu pour de l’impulsivité. « C’est quelqu’un qui se bat pour la justice, pour que  l’on reconnaisse nos droits. Elle n’est pas militante juste pour militer », juge Mme Bacon.

L’écrivaine Natasha Kanapé Fontaine, Xavier Watso et l’artiste multidisciplinaire Catherine Boivin font partie de ceux et celles qui inspirent Émily Fleming-Dubuc et qu’elle aime voir sur ses écrans. Elle souhaite une meilleure représentation autochtone dans les espaces publics et quotidiens. « Comment voulez-vous que les gens se sentent représentés quand les médias montrent le Québec, mais sans nous? », dénonce la militante inuk.

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