Quand la neurodiversité s’épanouit au travail

Fanny Groleau assure un poste d’assistante de cuisine au sein du Zera Café, une équipe composée exclusivement d’employé(e)s neurodivergent(e)s depuis maintenant huit ans. Au-delà d’un simple emploi, ce lieu représente surtout pour elle l’occasion d’acquérir de nouvelles compétences dans un environnement de travail sain et autonome.

Dans la salle du café, Fanny Groleau s’approche timidement du Montréal Campus, qui s’est rendu sur les lieux. Malgré sa personnalité réservée, elle accepte de partager son expérience personnelle. Cela fait un peu plus d’un an qu’elle travaille chez Zera Café à hauteur de 12 heures par semaine, en plus de son travail comme employée de bibliothèque.

« [Au café], tu apprends beaucoup de choses que tu peux utiliser chez toi. Moi, j’ai appris comment utiliser des couteaux », lance-t-elle fièrement.

Zera Café est un organisme qui produit et livre des repas prêts-à-manger en engageant exclusivement des personnes neurodivergentes dans sa cuisine. L’OBNL compte aujourd’hui un peu plus de dix employés aux diagnostics et aux personnalités diversifiés.

Ce lieu permet à Fanny Groleau de découvrir le monde du travail dans un contexte social et autonome, analyse la directrice des opérations de Zera Café, Alissa Podheiser Anzarut. 

« Deux de nos employés ont déménagé dans des appartements à l’âge de trente ans. L’un d’entre eux vient de déménager de la maison de ses parents », appuie-t-elle.

Un environnement de travail à adapter 

Les personnes neurodivergentes font face à des obstacles dans leur environnement professionnel que les personnes neurotypiques ne connaissent pas, souligne la professeure en gestion de la santé et de la sécurité au travail à l’UQAM, Valérie Martin. La sensibilité à l’environnement sensoriel vécue par les personnes neurodivergentes représente notamment un défi au quotidien.

Le clignotement des lumières électriques, le bruit d’un ventilateur, le mouvement ou le désordre sont un ensemble d’éléments qui peut participer à la déconcentration de ces personnes, selon Mme Martin.

L’aménagement de l’environnement et la flexibilité des horaires sont alors deux des piliers essentiels pour assurer l’épanouissement professionnel des employé(e)s neurodivergent(e)s, explique-t-elle. 

« [Les personnes neurodivergentes] peuvent  faire leurs prestations de travail au moment où ils sont le plus disponibles et le plus susceptibles de donner leur entière contribution », assure-t-elle. Une flexibilité que le Zera Café prend soin de mettre en application.

« [Ces individus] fonctionnent comme personnes neurodivergentes dans un monde qui a été construit pour les personnes neurotypiques », explique Valérie Martin, au sujet de  leurs difficultés d’intégration. 

Les personnes atteintes d’autisme, de TDAH ou de dyspraxies sont des exemples de profils cognitifs qui concernent la neurodiversité. 

Pour accompagner plus personnellement les employé(e)s du Zera Café, des professionnel(le)s de la santé s’assurent quotidiennement de leur bien-être et de leur bonne disposition. Que ce soit pour la gestion de leur disponibilité de travail ou bien pour régler des enjeux comportementaux, des physiothérapeutes et des travailleurs sociaux enseignent aux membres du personnel à « être sensibles », explique Mme Podheiser Anzarut. 

Cette sensibilité passe ainsi par les comportements à adopter selon le profil de chaque employé(e). La directrice des opérations prend ainsi comme exemple la manière de s’adresser verbalement à l’un(e), la gestion du contact visuel pour l’autre ou bien les approches physiques pour certain(e)s. 

Sensibiliser les entreprises

Malgré ses nombreuses recherches et appels, Fanny Groleau remarque qu’un blocage persiste chez les entreprises pour engager des personnes neurodivergentes. « Personne ne me rappelle ou peut-être quelqu’un me rappelle et dit “Non, votre profil n’était pas pour nous” », ajoute-t-elle d’un ton désespéré. 

Pour Valérie Martin, un travail de sensibilisation doit se faire au sein des entreprises. Selon elle, l’ouverture d’esprit des entreprises et de ses employé(e)s doit être un levier pour changer la perception de la neurodiversité en milieu professionnel. « Ça peut venir à la fois de la direction et de la supervision qui va donner le ton à son équipe, de dire, oui, cette personne-là est différente, mais elle a sa place dans notre équipe », croit la professeure. 

Au-delà de certains accommodements dont les personnes neurodivergentes ont besoin, la professionnelle en gestion de la santé maintient que ces comportements neuroatypiques  pourraient être profitables à la productivité des entreprises qui les engageraient.

Bien plus qu’un emploi

« Les personnes autistes qui sont passionnées par un sujet vont être capables de s’y mettre avec une grande énergie, une grande passion, puis développer beaucoup de connaissances très spécialisées », affirme Mme Martin. 

Elle poursuit en soulignant que des études récentes ont également mis en avant le grand sens éthique des personnes neurodivergentes. Selon elle, les employé(e)s atteints de troubles neurocognitifs comprennent rapidement les règles d’entreprise et les appliquent de manière stricte, peu importe le contexte. 

Fanny Groleau, quant à elle, se sent à l’aise dans la cuisine du Zera Café. « Le chef est très gentil. J’apprécie les connaissances que j’ai apprises », dit-elle d’un ton joyeux. 

Plus qu’un travail, ce lieu lui permet d’évoluer dans un environnement socialau sein duquel elle fait des rencontres, même si l’amitié n’est pas toujours réciproque de son côté. « Je dirais qu’ils sont plus amis avec moi que je suis amie avec eux, pour être honnête », lance-t-elle avec désinvolture avant de rejoindre la cuisine pour reprendre le travail qu’elle avait interrompu. 

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *