Difficile de prévoir ce qui nous attend lorsqu’on franchit la porte d’une salle d’un jeu d’évasion. Rien n’est laissé au hasard par les concepteurs et conceptrices, dont la mission est d’assurer une immersion totale, pour transformer chaque partie en souvenir marquant pour les participant(e)s. Incursion dans la création de jeux d’évasion.
« La seule chose que je peux créer [pour les participant(e)s], ce sont des bons souvenirs », souligne Emmanuel de Gouvello, fondateur du premier centre de jeux d’évasion du Québec, Échappe-toi. C’est la clé d’une salle réussie, selon l’entrepreneur.
Les gens qui visitent les salles d’Échappe-toi, qui a ouvert ses portes en 2014, repartent presque tous avec le sourire, confie l’entrepreneur. « C’est ce qui nous a donné envie de continuer », s’exclame-t-il en riant.
Création ludique
Comment donne-t-on vie à ces univers captivants? Pour créer un bon jeu, il faut perfectionner trois grands axes : l’histoire, l’environnement et les actions des participant(e)s. C’est ce qui forme le « triangle magique » d’un jeu immersif, explique M. de Gouvello.
Selon l’entrepreneur, lorsque les trois côtés du triangle sont cohérents, ils réussissent à faire entrer les joueurs dans l’expérience, sans jamais « déconnecter les gens de l’univers dans lequel on essaie de les immerger ».
La première étape est donc de créer un univers avec un thème précis, ce qui demande énormément de recherche. « On commence souvent par l’histoire, mais cette histoire se situe forcément dans un environnement », continue-t-il. Il faut concevoir les décors en parallèle et donc, de fil en aiguille, se projeter dans les actions potentielles des joueurs et joueuses.
Anticiper les actions
Pour Sylvain A. Trottier, créateur de jeux d’évasion à l’Agence Friedman, « toute la difficulté repose dans l’équilibre. Il faut rester assez flou pour que les joueurs et joueuses cherchent [les réponses aux énigmes], mais assez clair pour qu’ils les trouvent dans un délai raisonnable ».
Cet équilibre minutieux s’avère d’autant plus complexe qu’un « jeu d’évasion qui fonctionne bien, c’est un jeu qui s’adresse à plusieurs types d’intelligence », souligne M. de Gouvello. Jongler entre les différentes sortes d’intelligence n’est parfois pas chose aisée et c’est pourquoi l’activité doit idéalement être faite à plusieurs, insiste-t-il.
L’expérience reste le meilleur outil pour se mettre à la place de la personne participante, selon les deux entrepreneurs. « C’est sûr qu’on peut pas être dans la tête de tout le monde, mais il y a certaines logiques de raisonnement qui reviennent », souligne M. Trottier.
Son agence se spécialise en jeux d’enquête sur Internet, en plus de concevoir des jeux d’évasion sur demande pour des bibliothèques, des municipalités, des musées ou encore des universités.
Afin de guider subtilement les équipes, il faut également porter attention à la capacité suggestive d’action, soit les caractéristiques d’un objet donné qui suggèrent son usage à l’utilisateur. « Si je te donne une clé, tu te doutes que tu vas avoir un cadenas ou une serrure à ouvrir », explique M. Trottier.

Un public conquis
« On peut être fiers au Québec, je trouve qu’on est très forts. Si je compare aux meilleurs jeux de Toronto, même avec ceux des États-Unis, on est vraiment hot », affirme Véronique Raymond Marcotte, grande adepte de jeux d’évasions.
« Ce qui fait en sorte que j’ai le goût d’en faire, c’est qu’il y a tout le temps quelque chose de nouveau. C’est comme une aventure que je vais vivre à chaque fois », confie-t-elle. La résidente de Shawinigan en a fait 325 depuis 2018, arpentant les salles de la province, mais aussi celles de l’Ontario et des États-Unis. Elle a même donné la piqûre à son conjoint, qui compte aujourd’hui pas moins de cinquante salles résolues à son actif.
Car ce qui pousse les adeptes à revenir, c’est précisément cette promesse de sortir de son quotidien. « Je ne sais jamais à quoi m’attendre quand j’arrive dans une salle. Je suis dans un monde complètement différent. C’est toujours aussi excitant », confie-t-elle.
Tests et retests
Pour s’assurer de la cohésion de l’histoire, il faut systématiquement vérifier la cohérence du fil conducteur. Cette phase de test, M. Trottier l’estime primordiale.
Dans ces périodes d’essais-erreurs, les concepteurs et conceptrices de jeux doivent également savoir se remettre en question. « Il faut avoir l’humilité de ne pas s’attacher à fond à ses idées. On efface, on recommence, puis on trouve quelque chose qui va être meilleur », estime-t-il.
Les jeux d’évasions, de plus en plus nombreux au Québec, multiplient d’efforts pour se démarquer dans un marché concurrentiel, selon M. de Gouvello. En témoigne la consécration de la salle Cirque Magnifico d’Escaparium Laval, couronnée au sommet du palmarès mondial Top Escape Rooms Project Enthusiasts’ Choice Award pendant deux ans.
Jouer ensemble
Au-delà d’un simple défi intellectuel, c’est avant tout l’aspect collectif qui donne tout son sens à l’expérience, croit Emmanuel de Gouvello. « Les gens viennent pour communiquer, pour socialiser. C’est Aristote qui disait que l’être humain est un animal social, puis c’est vrai », remarque-t-il.
Une idée à laquelle adhère Véronique Raymond Marcotte, qui apprécie rencontrer ceux et celles qui partagent son amour de cette activité. Elle est d’ailleurs déjà allée dans un jeu d’évasion aux États-Unis avec d’autres passionné(e)s québécois(e)s. « On est une communauté, il y en a qu’on connaît quand même bien, surtout ceux qui en jouent beaucoup », explique-t-elle.
Aux yeux de M. de Gouvello, le but premier des jeux d’évasion est surtout de permettre aux participant(e)s de partager un moment de qualité. « On a beaucoup de gens qui nous écrivent après pour nous dire qu’ils ont été heureux d’être ensemble et, évidemment, c’est la récompense ultime. »
Les jeux chez Échappe-toi sont imaginés par des concepteurs et conceptrices ludiques issus de différents milieux, tels que la conception de jeux vidéo ou encore l’architecture. C’est ce qui permet d’avoir une approche créative intéressante, selon M. de Gouvello.
L’équipe du Montréal Campus s’est fait offrir un jeu chez Échappe-toi, qui n’a pas eu de droit de regard sur le contenu de l’article.



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