« Figée et désemparée » : c’est ainsi que Lisa Hoarau s’est sentie lorsqu’elle s’est retrouvée devant un adolescent suicidaire alors qu’elle était animatrice de camp de jour, un été. L’étudiante libre a depuis voulu aller chercher des outils pour « mieux comprendre » et diriger les personnes en détresse en se joignant au réseau de sentinelles qui veille sur la communauté uqamienne.
Une centaine de personnes de la communauté uqamienne ont reçu une formation pour détecter, écouter et diriger vers des ressources leurs pairs en détresse suicidaire à l’université. Ils et elles portent le titre de sentinelle après avoir suivi cette formation gratuite donnée conjointement par les Services à la réussite et à la vie étudiante (SRVE) et par le Centre de prévention du suicide de Montréal (CPSM).
« Une sentinelle est quelqu’un qui se porte bénévole pour être outillé et être plus proactif auprès de ses collègues dans l’identification des signes de détresse qu’ils peuvent avoir », explique Brock Dumville, directeur de développement au CPSM.
Une formation pour tous et toutes
« Les sentinelles sont des antennes qui habitent la communauté, leur communauté, leur faculté, leur cours. Ils ont cette sensibilité-là et les connaissances pour pouvoir faire le pont vers les services professionnels » s’ils constatent une détresse chez quelqu’un, soulève Félix Bowles, travailleur social au Bureau des services-conseils des SRVE.
Un rôle important, au moment où une enquête menée par l’Observatoire sur la santé mentale étudiante en enseignement supérieur avance que près de 15 % des universitaires avaient des idées suicidaires lorsqu’ils et elles ont été interrogé(e)s en novembre 2024.
Idées préconçues, mythes et réalités sur le suicide sont abordés durant la formation d’une journée entière qui avait lieu le 2 février. Celle-ci attire surtout des aidant(e)s naturel(le)s, observe Félix Bowles. « Ce sont souvent des personnes qui ont déjà des aptitudes d’empathie et de relation d’aide, à qui on se confie souvent déjà », renchérit Brock Dumville.
Lors de son intervention, la sentinelle uqamienne réfère la personne ayant des idées noires aux services internes de soutien psychologique de l’université ou le Centre de prévention du suicide de Montréal dans le cas de l’UQAM, détaille M. Dumville.
Les interventions des sentinelles ne sont pas « très approfondies », soutient-il. « C’est un peu une limite qui doit être mise. Elles réfèrent à des professionnels qui ont été formés pour vraiment aller plus loin », soulève M. Dumville.
« On ne forme pas des intervenants », insiste Marjorie Laberge. Le but du réseau de sentinelles est surtout de créer un « filet de sécurité » communautaire, dit-elle.
Des étudiant(e)s interpellé(e)s
À l’instar de Lisa, l’étudiante libre Jessica Labossière a suivi la formation Sentinelles au début février. Ayant elle-même vécu des périodes sombres et côtoyé des proches avec des idées noires, Jessica considère d’une « immense importance de connaître et de reconnaître les signes de détresse, puis de savoir quoi faire, où aller » pour trouver de l’aide.
« Être sentinelle, c’est un peu refléter [les outils] que j’aurais aimé avoir avant », confesse l’étudiante, qui souhaite avant tout briser les tabous sur le suicide.
L’objectif de la méthode sentinelle? « Briser les tabous » sur le suicide et « décloisonner le soutien en prévention du suicide », expose Brock Dumville.
« Si on s’attendait à ce que seuls des professionnels de la santé puissent parler du sujet, on manquerait beaucoup d’opportunités de connecter avec des personnes qui sont en détresse, qui ont des idées [suicidaires], mais n’osent pas en parler », estime-t-il.
Selon les chiffres les plus récents, 65 étudiant(e)s et 50 personnes employé(e)s en contact constant avec des étudiant(e)s – comme des agent(e)s de gestion des études – sont sentinelles à l’UQAM. Du côté des employé(e)s qui ne côtoient pas les étudiant(e)s, comme ceux et celles œuvrant en entretien, ils et elles sont 106 à avoir suivi la formation, affirme Marjorie Laberge, psychologue au Service du développement organisationnel.
Pour le moment, trois à six formations gratuites sont offertes par session. Un registre conserve le nom, le département d’études ou le service d’emploi de chaque sentinelle dans le but de faire des « interventions ciblées ». Le but de l’UQAM est d’élargir le réseau de sentinelles et d’assurer une présence de ces dernières dans chaque pavillon uqamien.
Si vous ressentez de la détresse, des ressources d’aide existent :
- Service de soutien psychologique à l’UQAM, de 9h à 17h les jours ouvrables : 514-987-3185
- Centre de prévention du suicide de Montréal, en tout temps : 1-866-277-3553
- Ligne d’écoute en tout temps : 1-866-APPELLE ou par texto au 535353



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