Méfaits diversOpinionRéécrire l’histoire des Autochtones

Mia Gagné Vincent18 avril 20233 min

Ce texte est paru dans l’édition papier du 30 mars 2023

Savez-vous qui est Tecumseh ? Avez-vous déjà entendu parler des traités Robinson ? Connaissez-vous la différence entre les écoles industrielles et les pensionnats ? Avant de suivre mon cours sur l’Histoire des Autochtones du Canada depuis le début du 19siècle à l’Université du Québec à Montréal, je n’en avais aucune idée. Le constat m’a choquée : plusieurs Québécois et Québécoises connaissent à peine l’histoire des peuples autochtones. 

Nous nous souvenons tous et toutes d’avoir étudié l’histoire des Autochtones lors de nos cours au primaire et au secondaire. Or, combien d’entre nous peuvent se remémorer les personnages clés et les événements marquants qui ont façonné ces communautés? D’ailleurs, certains moments importants dans l’histoire des Autochtones du Canada n’ont jamais fait l’objet de mention dans nos cours d’univers social. Pour Marc-André Éthier, professeur titulaire au département de didactique à l’Université de Montréal, les événements abordés en classe sont des choix qui ne sont pas du tout arbitraires. « Le principal reproche qu’on pourrait faire au programme, c’est [qu’il est] basé sur des questions politiques qui sont liées à la colonisation », exprime-t-il.

Le cursus scolaire des cours d’histoire a beaucoup changé au fil des années. Les gouvernements se succèdent et les réformes de l’éducation s’enchaînent au même rythme. Par exemple, la réforme du programme d’histoire du Québec et du Canada de 1982 prévoyait l’étude des peuples autochtones. Toutefois, on abordait ces communautés seulement pour analyser leur apport à la création du Canada et à la Conquête. L’un des principaux objectifs du programme d’histoire était de distinguer l’organisation socioculturelle des Iroquoien(ne)s de celle des Algonquien(ne)s. Il faut cependant savoir qu’au Québec, il y a trois familles linguistiques, dont les familles algonquienne et iroquoienne et les 11 nations autochtones. Pour avoir une meilleure connaissance de ces communautés, il faut étudier l’ensemble de ces nations.

La toute dernière réforme, qui date de 2017, prévoit que l’enseignant(e) discute des sujets suivants dans les cours d’histoire de troisième secondaire : l’expérience des Autochtones et le projet de colonie, l’évolution de la société coloniale sous l’autorité de la métropole française, la Conquête et le changement d’empire et les revendications et les luttes nationales. « Lorsqu’on parle des Premières Nations, on en parle souvent comme des adjuvants, comme des aides aux héros de l’histoire. […] Mais on ne parle pas de ces adjuvants autrement, on en parle juste quand ils vont éclairer les actions du héros de l’histoire », remarque M. Éthier. 

Le professeur souligne le fait que dans les manuels scolaires, ce sont souvent les dernières pages qui sont consacrées aux nations autochtones, ce qui peut faire en sorte que les élèves s’intéressent moins à cette partie de l’histoire. « Ça peut leur sembler superficiel ou artificiel », ajoute-t-il.

M. Éthier explique que les Autochtones ont été consulté(e)s lors du changement du cursus scolaire en 2017, mais qu’ils et elles ont seulement été sollicité(e)s quand le programme avait déjà été finalisé. Dans un communiqué de presse datant du 2 mai 2017, Alicie Nalukturuk, présidente de Kativik Ilisarniliriniq, la commission scolaire du Nunavik, précise que le programme « ne reflète pas nos commentaires et nos recommandations. Dans sa version actuelle, le programme scolaire ne permet pas d’éduquer les Québécois au sujet de l’histoire commune que les Autochtones partagent avec les Québécois et les Canadiens non autochtones ».

Malgré tout, grâce aux débats sociétaux entourant les réalités autochtones, l’histoire de ces communautés est plus souvent abordée en classe. « On parle davantage de la question du point de vue intérieur et non pas juste du point de vue des colonisateurs. […] C’était demandé depuis longtemps », avance M. Éthier. 

Bien que les mœurs de notre époque encouragent une meilleure représentation des communautés autochtones dans le cursus scolaire des jeunes, beaucoup de chemin reste à faire. Commencer par écouter leurs recommandations et les laisser se réapproprier leur histoire serait un pas dans la bonne direction. 

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