OpinionLe Campus est (bientôt) mort, vive le Campus !

Ce texte est paru dans l’édition papier du 30 novembre 2022

Plusieurs éditoriaux qui ont précédé celui que vous lisez aujourd’hui ont fait état des humbles finances du Montréal Campus et de son budget qui s’assèche année après année. Aborder les problèmes financiers de notre média étudiant dans un éditorial est à la limite du cliché. Pourtant, cet enjeu est plus que jamais criant d’actualité. 

Ce mois de novembre, une onde de choc a résonné dans le milieu du journalisme étudiant. Le Délit et The McGill Daily de l’Université McGill ont vu leur existence menacée, après respectivement 45 et 111 ans d’activité. 

Un référendum tenu en ligne du 14 au 18 novembre derniers a demandé à la communauté étudiante de se prononcer sur le renouvellement de leur cotisation, six maigres dollars qui gardaient jusqu’alors ces journaux en vie. 

Face à des pronostics sombres, les membres du Délit ont lancé un appel à l’aide sur  les réseaux sociaux. Leurs revendications ont même trouvé écho dans Le Devoir et La Presse.

Forts de cette soudaine visibilité, Le Délit et The McGill Daily ont pu reconduire leurs cotisations pour une période de cinq ans. Et non par une mince avance : ce sont 67,7 % des étudiants et étudiantes au premier cycle de l’Université McGill qui ont voté en faveur de la survie des journaux. 

Il semble donc qu’une situation aussi critique était nécessaire pour raviver l’intérêt des médias et de la communauté étudiante envers le journalisme étudiant. Si ces derniers sont à la recherche d’un autre journal étudiant face à une mort imminente, ils n’ont qu’à se tourner vers le Montréal Campus. 

Laissez-nous dresser un portrait de la situation. 

Contrairement à plusieurs journaux universitaires, le Montréal Campus n’a pas les fonds nécessaires pour rémunérer tous les membres de son équipe qui œuvrent presque à temps plein au bon fonctionnement du journal.

Le journal réussit, in extremis, à imprimer deux éditions papier par année. Les revenus publicitaires étant en chute libre depuis les dernières années, l’absence de publicité dans cette présente édition et sur notre site Internet fait mal à notre avenir.

Le Montréal Campus se voit aussi incapable de s’adapter au virage numérique. Il peine à relancer sa production vidéo, faute de matériel audiovisuel, et non faute d’inspiration, d’idées et de volonté. 

L’étau se resserre sur notre journal. Pour se maintenir à flot et assurer un financement pérenne, le Montréal Campus n’a plus qu’une seule avenue : l’obtention d’une cotisation individuelle non obligatoire (CANO), à l’instar de ses collègues du Collectif de l’Université Sherbrooke, du Quartier libre de l’Université de Montréal ou du Délit de l’Université McGill.

Le Montréal Campus demeure l’un des rares journaux universitaires qui ne bénéficient pas d’une cotisation financée par sa communauté étudiante. Le journal est bloqué par son rang dans la hiérarchie des groupes étudiants de l’UQAM : il est classé comme un groupe « reconnu », mais seuls les groupes dits « d’envergure » peuvent obtenir une CANO. 

Cinq groupes étudiants détiennent actuellement ce statut : la radio étudiante CHOQ, l’atelier de vélos communautaire BQAM-E, le Comité de soutien aux parents étudiants, la Coop UQAM et le Groupe de recherche d’intérêt public.

D’après les Services à la vie étudiante de l’UQAM, les groupes d’envergure doivent « poursuiv[re] des objectifs extraordinaires de nature collective et communautaire qui s’adressent à l’ensemble de la communauté universitaire ». 

Devons-nous rappeler que la mission du Montréal Campus correspond en tout point à cette définition, et ce, depuis 42 ans? Mettant en lumière des enjeux universitaires souvent occultés dans les médias traditionnels, notre journal est essentiel pour faire contrepoids aux instances de l’UQAM et pour susciter des débats éclairés entre les murs de l’Université.

À maintes reprises, le Montréal Campus a tenté de se faire reconnaître comme groupe d’envergure et d’ainsi bénéficier de la CANO.

Pour accéder à ce statut, de nombreuses démarches bureaucratiques sont nécessaires. Parmi les exigences, le groupe étudiant doit recevoir des lettres d’appui de la part des sept associations étudiantes facultaires de l’UQAM. 

Cette exigence a mis des bâtons dans les roues du Montréal Campus en 2017, lorsque le journal a espéré se faire reconnaître à sa juste valeur comme groupe d’envergure pour la dernière fois.

Après de nombreuses tentatives avortées, un défaitisme avoué s’est installé parmi les rédacteurs et rédactrices en chef qui se sont succédé(e)s à la tête du journal. Combien de fois encore devrons-nous plaider, en vain, l’importance du journalisme étudiant pour la vitalité de notre Université? 

C’est avant le 15 novembre que nous aurions dû déposer une demande de reconnaissance comme groupe d’envergure. Entre multiples demandes de subvention, élaboration d’un budget plus serré que jamais et recrutement de collaboratrices et de collaborateurs bénévoles, où aurions-nous pu trouver le temps de s’aventurer dans un labyrinthe bureaucratique qui risquait d’être sans issue?

Qui sait si le projet « d’envergure » pourra être porté à bout de bras par les prochaines équipes du Montréal Campus, déjà surchargées par leur mandat et leurs études. 

Sans l’obtention prochaine d’une CANO, l’éditorial que vous tenez entre vos mains pourrait vraisemblablement être l’un des derniers imprimés. 

Mention photo : Lucie Parmentier | Montréal Campus

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