CultureRapprocher les communautés étudiantes de la culture

Philémon La Frenière-Prémont15 décembre 20225 min

En pleine relance après la pandémie de COVID-19, l’industrie culturelle québécoise peine à séduire les étudiants et étudiantes postsecondaires. Des experts et expertes essaient tant bien que mal de les convaincre de s’intéresser davantage au milieu artistique de la province. 

Selon la professeure au baccalauréat en action culturelle de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) Annie Baillargeon-Fortin, créer un intérêt mutuel entre la communauté étudiante et le milieu de la culture est essentiel. L’industrie ne doit pas se contenter « de vendre des billets et d’avoir des consommateurs», plaide-t-elle. 

Afin d’intéresser les jeunes à la culture, elle appelle à la rencontre entre les deux parties. « Est-ce que le milieu veut faire une place aux jeunes et [leur fournir] un lieu d’expression et de rassemblement? », questionne-t-elle.

Cette proposition de la professeure s’inscrit aux lendemains de plusieurs nouvelles jugées sombres pour l’industrie culturelle québécoise. Seulement quatre chansons québécoises se retrouvent parmi les 100 plus écoutées sur les plateformes numériques par la population Québécoise pour l’année 2021, selon un rapport de l’Observatoire de la culture et des communications. C’est au 17e rang que figure la chanson québécoise la plus populaire.

Qui plus est, 48 % de la communauté étudiante en Art et technologies des médias (ATM) du Cégep de Jonquière a admis n’écouter que des films et des séries en anglais, a révélé une étude menée par l’ATM.

Un rapprochement compliqué

Ces chiffres ne sont pas surprenants pour Marc-André Robitaille, médiateur culturel pour la maison de la culture Janine-Sutto. « On n’a pas beaucoup de liens avec [les jeunes] même si l’on essaie d’en créer », admet-il d’emblée. Cependant, quelques offres de la maison de la culture créent un engouement chez les jeunes étudiants et étudiantes universitaires, comme les populaires cabarets LGBTQ+. 

Une meilleure représentation des minorités sexuelles, mais aussi ethniques, permettrait aux créations québécoises de percer la carapace de plusieurs jeunes, d’après Adèle Pagé-Robert, étudiante au baccalauréat en urbanisme à l’UQAM. « Si je me sens représentée à la télé, je suis plus [portée à] l’écouter », explique-t-elle. 

L’Uqamienne est aussi d’avis qu’une meilleure représentation pourrait favoriser l’intégration des nouveaux arrivants et nouvelles arrivantes. « Si les communautés immigrantes arrivent au Québec et voient qu’elles sont représentées dans les arts, ça pourrait leur permettre de se sentir plus acceptées », précise l’étudiante.

Peu de méthodes concrètes 

Pour rapprocher le milieu culturel des jeunes, Annie Baillargeon-Fortin propose quant à elle plusieurs activités culturelles. « On pourrait organiser des spectacles universitaires. Il faudrait aussi amener la culture dans la rue. Ces initiatives pourraient intéresser les étudiants postsecondaires », suggère-t-elle. Cela pourrait aussi passer par des festivals, spécifie la professeure en action culturelle.

Interrogée sur le rôle du gouvernement dans l’effervescence culturelle des milieux étudiants, Mme Baillargeon-Fortin mentionne que l’État joue un rôle de débiteur. « Ce n’est pas le gouvernement qui est à la source des initiatives culturelles, mais il les finance », précise la professeure.

Pour sa part, M. Robitaille veut augmenter le nombre de médiateurs et médiatrices culturel(le)s. Ces acteurs et actrices du milieu culturel font le pont entre les artistes et les citoyens et citoyennes. 

Étant le seul médiateur employé à temps plein dans une maison de la culture, M. Robitaille est persuadé que les médiateurs et médiatrices peuvent ramener les citoyens et citoyennes vers les maisons de la culture. Ces dernières « rendent la culture possible », selon lui.

L’effet réel qu’auraient ces pistes de solutions est difficile à évaluer. Un rapprochement entre les étudiants et étudiantes postsecondaires et les arts québécois est difficile à orchestrer, selon Mme Baillargeon-Fortin. Le milieu culturel « est en train de réaliser qu’il y a un problème », remarque-t-elle.

Identifier les difficultés pour trouver les solutions

La professeure en action culturelle voit deux freins pour les jeunes dans l’offre culturelle actuelle. 

Le premier est un manque de visibilité des plateformes culturelles. Par exemple, plusieurs sites web recensent tous les concerts ou les pièces de théâtre qui ont lieu au Québec. Ces sites sont toutefois inconnus du grand public, et en particulier des jeunes. L’offre culturelle doit se rendre plus facilement aux yeux du public, selon Mme Baillargeon-Fortin. Le deuxième problème est financier : consommer de la culture coûte cher, particulièrement pour les étudiants et les étudiantes. « Il faut des initiatives qui vont rendre la culture autant visible qu’accessible économiquement », stipule la professeure.

Le gouvernement offre déjà deux sorties culturelles gratuites par an aux écoliers et aux écolières du secondaire. Cette mesure pourrait être étendue aux cégeps et aux universités, croit-elle

M. Baillargeon pense que ce genre d’initiative peut faire bouger les choses. « Donner l’accès à la culture, c’est dire aux jeunes qu’ils sont assez compétents pour consommer de la culture. Il faut juste les intégrer et leur montrer c’est quoi la démarche d’un artiste. C’est comme ça qu’on réussit à intéresser les jeunes à la culture », soutient-il.

Mention photo : Camille Dehaene | Montréal Campus

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