CultureSoutenir la santé mentale des artistes, un appel à la fois

Laetitia Arnaud-Sicari6 octobre 20225 min

Être solidaire, c’est le mot d’ordre que s’est donné Confluence – Créateur de vocations en créant Ligne à l’eau, une ressource d’aide en santé mentale destinée aux artistes évoluant dans les arts de la scène. 

« Il y a quelques années, j’ai parlé avec une psychanalyste vers laquelle je me tournais pour lui envoyer des artistes. Puis, elle m’a dit : “Parise, plusieurs artistes que tu m’envoies n’ont pas besoin d’un psy. Ils ont besoin d’amis.” Ça a beaucoup résonné en moi », explique Parise Mongrain, directrice générale de Confluence – Créateur de vocations, un organisme à but non lucratif montréalais.

De ce constat est née Ligne à l’eau, l’été dernier. Ce service gratuit et confidentiel permet de créer un espace pour les artistes professionnel(le)s issu(e)s des arts vivants où ils et elles peuvent se confier à d’autres artistes formé(e)s en relation d’aide.

« L’aspect par et pour les artistes est important, car ça amène l’artiste à se confier sans la peur d’être [vu] comme un martien. Si on est tout le temps renvoyé à la marge comme artiste, c’est plus difficile d’accéder à des services d’aide », croit Mme Mongrain, qui a longtemps été danseuse.

Les travailleurs et les travailleuses faisant partie de certaines associations, telles qu’En Piste, le Conseil québécois de la musique et le Regroupement québécois de la danse, ont priorité, mais le service est aussi ouvert aux non-membres. Les étudiants et les étudiantes inscrit(e)s dans un programme relié à une discipline des arts vivants sont également les bienvenu(e)s.

Un service temporaire

Pour avoir accès à un(e) artiste intervenant(e), l’artiste intéressé(e) doit d’abord s’inscrire par le biais du site Internet de Confluence – Créateur de vocations. Par la suite, l’intervenant ou l’intervenante rencontre son client ou sa cliente par visioconférence et détermine les besoins de celle-ci ou de celui-ci. 

« C’est vraiment un service éphémère. On se donne un maximum de cinq rencontres d’une durée d’une heure chacune par Zoom. Par après, si le besoin est toujours là, on propose de poursuivre en consultation avec un professionnel », détaille Sophie Caron, comédienne et coordonnatrice des programmes – intervention à Confluence – Créateur de vocations.

Puisque Ligne à l’eau a été mise sur pied récemment, le nombre de personnes utilisant ce service ne peut être divulgué. Toutefois, le besoin est bien présent, constate Mme Caron.

« Le vrai bilan va se faire à l’été 2023 pour voir comment le service est utilisé, les disciplines artistiques qui en demandent le plus et les thématiques abordées, par exemple. En ce moment, on travaille plus sur la découvrabilité du service », ajoute Parise Mongrain.

L’artiste isolé(e)

« On se sent souvent seul comme artiste. Il y a quelque chose dans la communauté artistique où on parle de plein de choses, mais pas de nous », pense Sophie Caron.

Ce sentiment de solitude peut s’expliquer notamment par la compétitivité du milieu artistique, où les travailleurs et les travailleuses sont plus susceptibles de connaître la précarité et l’instabilité financière.

« Moi, j’ai des amis qui travaillent énormément et qui me disent qu’ils sont fatigués. Mais après, ils disent qu’ils ne se plaignent pas. On ne veut pas se plaindre quand on a du travail, car on a des amis qui travaillent moins. On finit par se taire, car on ne sait pas vers qui se tourner », raconte la comédienne.

D’ailleurs, 21 % d’artistes vivent une détresse psychologique très élevée, ce qui est supérieur au reste de la population québécoise, d’après une étude de la Fédération nationale des communications et de la culture réalisée durant la pandémie, en mars 2021.

« Il y a l’idée préconçue que l’artiste est heureux et qu’il est bien, donc qu’on n’a pas besoin de s’occuper de lui. Oui, on est passionné, mais ça n’empêche pas les troubles de santé mentale. On peut adorer ça, mais aussi en souffrir », souligne Arielle Bonneville-Roussy, professeure au Département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal, qui a également été musicienne semi-professionnelle.

Des mesures d’aide peu connues

Même si les ressources en santé mentale destinées à la population générale sont accessibles aux artistes, les services plus adaptés à leurs besoins sont peu visibles, selon Mme Bonneville-Roussy.

« Comparés à l’Europe, les programmes d’aide sont moins structurés au Québec », remarque-t-elle. En raison du manque d’encadrement dans certaines institutions scolaires, la charge est plutôt mise sur les artistes pour aller chercher de l’aide externe en santé mentale.

Par exemple, dans certaines universités allemandes, lorsqu’il vient temps de pratiquer leur instrument, un temps maximum est alloué aux musiciens et aux musiciennes pour éviter qu’ils et elles jouent de manière excessive, ce qui peut mener à de l’anxiété, raconte la professeure de psychologie.

« Les mesures qu’on met en place pour les artistes ne sont pas nécessairement les mêmes pour d’autres travailleurs. On a une réalité atypique, donc on a besoin de générer nos propres ressources », soutient Parise Mongrain.

Mention photo : Camille Dehaene|Montréal Campus

 

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