UQAMAprès #PapaUQAM, une pétition sur l’autonomie corporelle

Mia Gagné Vincent15 octobre 20214 min

Lancée par un groupe d’étudiants et d’étudiantes de l’UQAM le 21 septembre dernier, une pétition dresse une liste de demandes en lien avec l’autonomie corporelle pour que tous les membres de la communauté uqamienne, dont les travailleurs et les travailleuses du sexe, soient traité(e)s équitablement, dans le respect et la dignité à l’Université.

« [Cette pétition est] le produit de pleins de voix anonymes qui ont besoin de se faire entendre, qui ont besoin d’une restructuration de l’Université pour pouvoir étudier sans que cela leur coûte au niveau de leur santé mentale, physique et financière », indique Cato Fortin, instigatrice de la pétition et candidate au doctorat en études littéraires de l’UQAM.

Parmi les requêtes de la pétition, Cato Fortin et les membres de la communauté étudiante qui ont participé à sa création demandent que chaque salle de classe à l’UQAM comporte des installations adaptées aux personnes grosses et en situation de handicap. Ils et elles exigent également que des produits d’hygiène menstruelle soient distribués gratuitement dans toutes les toilettes, que chaque pavillon soit doté de salles d’allaitement, et que l’Université prenne position en faveur du droit de porter le voile et de la décriminalisation du travail du sexe.

Alexandra Dupuy, candidate à la maîtrise en linguistique et signataire de la pétition, soutient que l’UQAM « n’a pas pensé à l’aménagement [de ses installations] en fonction de toutes les personnes ». Elle illustre le concept en soulignant que le mobilier de l’UQAM, comme celui de la cafétéria, n’est pas du tout adapté aux personnes grosses.

L’après Papa UQAM

La pétition sert aussi à donner une voix aux personnes qui, en raison de leur entourage, de leur religion ou de leurs conditions sociales, n’ont pas pu s’exprimer et s’exposer en sous-vêtements durant le mouvement #PapaUQAM. Ce dernier a été créé pour soutenir Hélène Boudreau, une étudiante en arts visuels qui produisait du contenu sur la plateforme Only Fans.

En février dernier, l’étudiante a publié une photo en arborant sa toge avec les seins partiellement nus et en tenant son diplôme de l’UQAM sur les réseaux sociaux. L’Université avait intenté une poursuite de 125 000 dollars contre elle pour atteinte à sa réputation, mais avait finalement abandonné les procédures judiciaires quelques jours plus tard.

Donner une voix aux étudiant(e) marginalisé(e)s

Pour Cato Fortin, l’autonomie corporelle, même si cela ne concernait au départ que les travailleurs et travailleuses du sexe aux études, touche maintenant toutes les personnes en situation de vulnérabilité à l’université. Elle définit l’autonomie corporelle comme étant le traitement et la reconnaissance de tous les corps avec respect et dignité, afin que tous les membres de la communauté étudiante aient une expérience d’éducation similaire.

« Le fait d’arriver à l’université avec un corps qui n’est pas masculin, cisgenre, en santé et soutenu financièrement par ses parents – dès que tu as un handicap, que ce soit un TDAH, un spectre de la douance, un trouble d’anxiété, un handicap physique, [que tu sois une personne] racisée, trans – déjà là, l’université n’est pas faite pour toi », déplore-t-elle.

Aller plus loin

Le mouvement propose également de mettre sur pied un comité sur l’autonomie corporelle, composé de membres de la communauté étudiante et d’ergothérapeutes. Ces personnes devraient être familières avec les enjeux qui touchent le travail du sexe, mais aussi les enjeux trans, queers, antiracistes, de capacitismes, de grossophobies, et de violences conjugales et sexuelles.

Aux yeux de Cato Fortin, aucun membre de la direction ne devrait être dans ce comité, puisqu’ « il y aurait des tentatives de hiérarchiser ce qui est important et ce qui ne l’est pas, alors que tout a besoin d’être fait ».

L’Université se défend

La directrice des relations de presse de l’UQAM, Jenny Desrochers, indique que l’établissement « prend acte de cette pétition en ligne ».

Elle souligne que l’Université a mis en place le Bureau de l’inclusion et de la réussite étudiante « qui a pour mandat de soutenir les personnes étudiantes aux besoins particuliers au cours de leur parcours universitaire et de mobiliser et d’accompagner l’ensemble de la communauté à l’UQAM ».

L’Université a également créé le Secrétariat équité, diversité, inclusion (EDI), dont la mission première est de « contribuer au développement d’un environnement favorable […] dans toutes les sphères d’activités de l’UQAM ».

Toutefois, selon Cato Fortin, ces services offerts par la direction sont « sous-financés, sous-publicisés et clairement insuffisants ».

Mention photo Édouard Desroches | Montréal Campus

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