Distribuer gratuitement des boissons énergisantes à l’UQAM

Même s’ils et elles se sont fait plus discret(ète)s dans la dernière année, la pandémie ayant diminué les activités en présentiel et la taille des foules qui affluent du métro le matin, des représentants et des représentantes de Redbull ou de Guru réussissent tout de même à distribuer des boissons énergisantes aux alentours de l’UQAM. Si cette pratique est généralement proscrite, plusieurs compagnies arrivent à se glisser dans les murs de l’Université.  

« À moins d’un partenariat en bonne et due forme avec l’UQAM ou dans le cadre d’activités de financement organisées par ses associations ou ses groupes étudiants, l’Université ne permet pas la vente ou la distribution de produits aux fins de promotion dans ses espaces intérieurs et extérieurs », rappelle la directrice des relations de presse de l’UQAM Jenny Desrochers. 

Elle explique que s’il y a un partenariat, les représentants et les représentantes peuvent procéder à leurs activités commerciales à l’extérieur du campus où ils et elles doivent respecter les règlements de la ville de Montréal et compléter des  demandes d’autorisations.

Pourtant, ces règlements n’empêchent pas les représentants et les représentantes de se glisser dans l’enceinte de l’Université. Contactés à ce sujet, Redbull et Guru ont refusé les demandes d’entrevue du Montréal Campus

« Je ne suis jamais fait chicaner par l’UQAM. Légalement, je crois, je n’avais pas le droit d’aller déposer des canettes à la bibliothèque: je le faisais quand même parce qu’il fallait que je le fasse, même si ce n’était pas la grosse partie [de mon travail] », affirme Cédric* qui a été représentant pour RedBull pendant deux ans. L’étudiant raconte que son travail consistait principalement à offrir du soutien aux différentes associations étudiantes uqamiennes, soit en leur offrant des produits ou en leur payant de l’équipement. Cédric faisait également du marchandisage dans les épiceries et les dépanneurs des environs, en plus de parfois aller positionner des canettes dans des espaces communs de l’UQAM, comme à la bibliothèque, par exemple.

En excluant les événements qu’il « sponsorisait », Cédric devait distribuer environ une quinzaine de caisses de Redbull par mois, ce qui équivaut à 360 canettes.

Des sollicitations qui créent des inconforts

Plus d’un tiers des 18 à 34 ans consomment des boissons énergisantes de façon régulière, selon une étude d’Éduc’Alcool. Comme plusieurs universitaires, l’étudiante uqamienne Géraldine Joseph consomme fréquemment des boissons énergisantes. Même si elle a déjà accepté une canette de la part d’un représentant de RedBull à l’entrée de l’UQAM, elle ressent tout de même un certain inconfort à ce qu’il y en ait offertes gratuitement dans un milieu universitaire. « J’ai une réticence au fait que des [sponsors] en proposent à des élèves dans les initiations [au même titre que] des bouteilles d’eau », estime l’étudiante.

La nutritionniste et docteure en pharmacie Annie Ferland dit ressentir un « grand malaise » quant à la présence de compagnies de boissons énergisantes dans les universités. « Ces compagnies ne demandent pas l’autorisation à l’université pour être présentes, [sachant] très bien que si elles demandaient l’autorisation, ce serait non », mentionne-t-elle. Elle rappelle que plusieurs universités ont des politiques d’alimentation, et que ce type de boissons n’est pas vendu dans plusieurs universités. Ce n’est pas le cas de l’UQAM, mais l’Université possède toutefois différents principes guidant les services alimentaires. Par exemple, plus de 25% de son menu doit provenir d’Aliments Québec.

Cédric soulève que l’aspect marketing le rendait plus à l’aise lors de la distribution de canettes. « Comme je m’intéresse au marketing, c’est certain que c’est intéressant pour moi d’avoir travaillé pour [Redbull], parce que j’adore le marketing direct. Je trouvais que c’est une belle façon en tant que compagnie de faire de la promotion. C’est pour ça que ça me dérange peut-être un peu moins de donner des canettes », raconte-t-il. 

Lorsqu’il distribuait des boissons énergisantes, Cédric n’insistait pas auprès des étudiants et étudiantes pour les encourager à en consommer, ce qui le rendait plus confortable dans son travail. « Je n’essayerais pas de convaincre les gens [ou de leur dire] “Tu dois consommer de la Redbull.” Je ne leur ai jamais dit qu’un Redbull est bon ou non pour la santé. Après, c’est à la personne de savoir si elle veut le consommer ou non. Les gens qui en voulaient étaient vraiment contents d’en avoir », explique Cédric.

Les dangers des boissons énergisantes

« J’essaie de ne pas porter de jugement moral [envers la distribution de boissons énergisantes près des universités]. En tant que chercheur, je ne crois pas que ce soit un gros problème de santé physique […] d’en consommer à l’occasion, comme dans une initiation », croit le professeur agrégé au Département de médecine de l’Université Laval Benoit Arsenault. Selon lui, le problème est plutôt dans la fréquence de consommation de ce type de boissons.

Si la consommation occasionnelle de boissons énergisantes semble être plutôt inoffensive, la surconsommation de celles-ci comporte des risques réels, même chez les jeunes consommateurs et consommatrices. Dépasser quotidiennement le taux maximal de caféine recommandé par le gouvernement, soit 400 mg par jour ce qui équivaut à trois tasses de café ou un peu plus de deux canettes de boissons énergisantes , peut avoir des effets inattendus et dangereux. « Les jeunes qui se [retrouvent] à l’urgence parce qu’ils ont consommé trop de boissons énergisantes, c’est souvent lié à un problème méconnu qui s’est exacerbé. Dans la majorité de la population, il n’y aura pas d’effets secondaires indésirables, mais est-ce que ça [vaut vraiment la peine] de jouer à la loterie ou à la roulette russe? », soulève Annie Ferland. 

Elle explique également que la teneur en caféine est difficile à estimer dans ces boissons, même si le taux de la molécule de caféine pure est indiqué sur la canette. «  Certains agents qui sont ajoutés en ont aussi mais ne sont pas comptabilisés ; on ne sait pas s’ils multiplient le potentiel de la caféine », note la nutritionniste. Le professeur Benoît Arsenault indique la consommation récurrente de ces produits entraîne des perturbations importantes au niveau du sommeil. « La qualité du sommeil est associée à plein de risques de maladies qu’on n’avait peut-être pas soupçonnées il y a dix ou quinze ans », explique-t-il.

Si ces risques sont bien connus de plusieurs étudiants et étudiantes, Annie Ferland estime que la force du marketing des boissons énergisantes explique leur grande popularité chez les universitaires. « Si on réussissait à faire un marketing aussi performant pour faire la promotion des choses en santé qui sont si bonnes, [comme] bouger ou bien manger, le monde serait en santé », illustre Annie Ferland. 

*Nom fictif afin de préserver son anonymat

Mention photo Édouard Desroches | Montréal Campus

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