UQAM50 ans de l’UQAM : un syndicalisme de tranchées

François-Alexis Favreau8 avril 20196 min

Les syndicats enseignants de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) ont su forger l’identité pédagogique de l’institution d’enseignement du Quartier latin en tenant tête année après année à l’administration.

Si l’enseignement et la recherche font aujourd’hui preuve d’audace à l’UQAM, c’est en partie grâce à une clause de liberté académique et de non-discrimination inscrite dans la toute première convention collective du Syndicat des professeurs et des professeures de l’Université du Québec à Montréal (SPUQ). Celle-ci autorise une flexibilité des moyens pédagogiques et didactiques utilisés dans les enseignements, explique le président du SPUQ de 1972 à 1973, Louis Gill.

Il faut remonter à la fondation de l’UQAM, en 1969, pour retracer l’origine de l’Association des professeurs de l’Université du Québec (APUQ). À l’époque, il s’agit de la première organisation de professeurs et de professeures d’université accréditée par les gouvernements du Québec et du Canada. L’APUQ, incapable de s’entendre sur une convention collective avec l’administration, se voit refuser la reconduction de son mandat un an après sa création.

Le SPUQ prend le relais le 8 juin 1970, dans la foulée de non-renouvellements massifs de contrats de professeurs et de professeures, se rappelle Louis Gill.

« Ceux-ci se sont tournés vers la formation d’un véritable syndicat, combatif et affilié à la CSN [Confédération des syndicats nationaux] », témoigne-t-il. À l’issue d’une grève de deux semaines et demie et de neuf semaines de négociation, le SPUQ et l’administration du recteur Léo A. Dorais signent la première convention collective, le 29 octobre 1971.

« Le recteur Dorais n’avait certainement pas été à la hauteur de cette négociation, déplore M. Gill. Son projet d’université était diamétralement opposé aux conditions minimales d’un corps professoral qui pouvait profiter d’une liberté académique. »

Avant de se joindre à l’UQAM en 1980, le professeur de science politique et délégué syndical du SPUQ Mark-David Mandel a effectué un contrat d’un an à l’Université McGill. L’administration lui a alors refusé un poste permanent sans justification valable, explique-t-il. Le professeur attribue cette décision à son orientation politique.

L’association syndicale de l’université McGill dont faisait partie Mark-David Mandel incluait des membres de l’administration, ce qui aurait nui au professeur de science politique, selon lui. « L’avantage du syndicat à l’UQAM est son autonomie », affirme M. Mandel.

L’autonomie d’abord

Pour que les assemblées départementales des corps professoraux soient autonomes, « il faut que le directeur de département ne soit pas un représentant de l’autorité, mais qu’il soit mandaté par la base », soutient Louis Gill. Pour maintenir cette condition, le SPUQ doit négocier périodiquement avec l’administration. Ce fut le cas en 1998, « sous le rectorat de l’inénarrable Paule Leduc, qui a décidé de chambarder toutes les structures de l’UQAM ». « Nous avons réussi, par une négociation très serrée, à renverser son projet et à obtenir que les doyens des facultés, inversement aux autres universités, ne soient pas les représentants de l’administration », explique Louis Gill.

En 2009, pendant le second mandat de Claude Corbo au rectorat de l’UQAM, le patronat a réalisé un gain administratif important. Louis Gill se souvient de cette négociation marquée par le retour des grèves des professeurs et des professeures. « Nous avons maintenant à l’UQAM des doyens [cadres], comme dans l’ensemble des universités qui ne font pas partie [du réseau de l’Université du Québec] », souligne M. Gill. Ce changement a modifié les fondements des facultés imaginés par le tout premier SPUQ, constate-t-il.

Pour une première fois en quarante ans, les doyens et les doyennes sont devenu(e)s non seulement les porte-paroles des assemblées départementales, mais aussi des employés et des employées de l’administration pouvant être renvoyé(e)s, s’inquiète l’actuel président du SPUQ, Michel Lacroix.

« Ça a été échappé par les lois du travail, donc c’est difficile d’imaginer de revenir en arrière, regrette M. Lacroix. Pour la direction, que les doyens soient des cadres, cela en fait des employés qu’ils peuvent renvoyer. » Selon la dernière convention collective, cette mesure ne pourra pas être appliquée à aucun autre poste à moins qu’une majorité des membres annulent la décision en assemblée départementale.

Conflits et unité

À l’intérieur de l’appareil syndical, « il y a parfois des points de divergence et de conflit », admet Michel Lacroix. Récemment, le Syndicat des chargées et chargés de cours de l’UQAM (SCCUQ) a décidé de changer son nom pour devenir le Syndicat des professeures et professeurs enseignants de l’UQAM (SPPEUQAM). « Du point de vue du [SPUQ], c’est une décision que l’on n’accepte pas », indique M. Lacroix, en prenant soin de spécifier que ses membres ne souhaitent pas voir arriver deux « types de professeurs » à l’UQAM.

La locution « chargé de cours » est caduque, fait valoir le vice-président et responsable de la convention collective du SPPEUQAM, Robert Drouin. « On manque de fierté à s’appeler chargés de cours », exprime-t-il.

L’idée est revenue régulièrement en assemblées syndicales, mais une demande formelle a été soumise à l’administration en 2018, révèle-t-il.

photo : Archives SCCUQ

Aux origines du SCCUQ [désormais SPPEUQAM], en 1978, le corps professoral souhaitait que les chargés et les chargées de cours deviennent eux et elles aussi des professeurs et des professeures afin de rééquilibrer le partage des tâches, rappelle Robert Drouin. Aujourd’hui, la revendication a évolué et, « jusqu’à un certain point, [le changement] est cosmétique », c’est-à-dire que la mesure modifie l’appellation du syndicat et non les tâches des chargés et des chargées de cours, précise M. Drouin.

Le vice-président et responsable des affaires intersyndicales du SPPEUQAM, Olivier Aubry, est conscient du mécontentement des professeurs et des professeures. « On sait très bien que [cette mesure] a fait grincer des dents, mais on ne veut rien enlever aux professeurs », soutient M. Aubry.  

Il n’en demeure pas moins que les grands enjeux actuels comme la décentralisation du pouvoir, l’amélioration du financement des universités, la méthode de dénombrement des étudiants et des étudiantes et la consolidation de la Politique 16 pour contrer le harcèlement sexuel sur le campus continuent de rallier tous les syndicats, souligne M. Aubry.

Il ajoute que la prépondérance des enjeux concernant la gestion démocratique de l’UQAM continue de dynamiser un « noyau syndical fort ».

photo : CATHERINE LEGAULT ARCHIVES MONTRÉAL CAMPUS

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *