OpinionÉditorial | À la croisée des chemins

Gabriel Bernier Gabriel Bernier12 septembre 20184 min

On le répète, et on le répète depuis des années. Le Montréal Campus, le journal de Roch Côté, de Brian Myles et d’Alec Castonguay, est à la croisée des chemins. Il lui incombe maintenant de choisir la voie à emprunter.

D’un côté, il y a les journaux papier, que l’on aime de cœur, qui nous ont fait aimer le journalisme pour ce qu’il a de plus beau : son ancrage dans le réel. De l’autre, il y a le numérique, les possibilités quasi infinies du journalisme 2.0 : une porte grande ouverte vers l’avenir.

Et, tout droit, enfin, il y a la continuité. En d’autres mots, ce que les artisans du journal, à cheval entre le cœur et la raison, se démènent pour accomplir : produire à la fois des journaux réussis, critiques envers l’administration de l’UQAM, en plus de vivre avec leur époque, en étant présents sur les plateformes numériques, une vidéo par-ci, du journalisme de données par-là.

Aujourd’hui, à cette intersection incontournable, le journal des étudiants et des étudiantes de l’UQAM depuis 1980 a décidé de négocier un virage. Un virage à angle droit. Le Montréal Campus, et n’ayons pas peur des mots, amorce un virage numérique.

S’il publiait deux éditions papier par mois aux débuts des années 80 et que les revenus publicitaires coulaient à flots, il n’en est rien aujourd’hui. Déjà, l’an dernier, avec quatre papiers sortis des presses, le Campus essuyait un léger déficit. Pour chaque édition, de manière systématique, les revenus publicitaires étaient inférieurs aux coûts d’impression. Au final, le journal a fait ce qu’il pouvait, soit maintenir sa tête hors de l’eau. Rien de nouveau pour ceux qui connaissent la réalité financière du journal. Mais assez alarmant pour amorcer une réflexion sérieuse, puis agir, surtout.

Entendons-nous bien, le Campus ne dit pas adieu au papier. Outil fondamental d’apprentissage de tout étudiant en journalisme, manière unique de présenter l’information, le pupitrage d’un papier n’a pas d’égal. Comme compromis, les membres de la rédaction publieront deux éditions cette année, une à l’automne, et l’autre à l’hiver.

Ce virage vers le numérique n’est pas qu’une question financière, même si l’argent, selon l’expression populaire, mène le monde. Il s’agit aussi d’une question de temps. Produire quatre éditions papier, en conjuguant les études, les travaux et les implications diverses, en plus d’alimenter un site web, représente un défi de taille. « [Le travail, les cours, les responsabilités], ce n’est pas une bonne excuse pour nous. Mais pour des êtres humains normaux, oui », écrivait un co-rédacteur en chef du Montréal Campus, en 2016, dans une note interne.

Ce dernier a sans doute raison, mais depuis que le journal n’a plus les moyens de se prévaloir de l’aide d’une entreprise extérieure pour faire le montage de ses journaux, c’est l’ensemble de l’équipe qui en a pris la responsabilité. Une lourde tâche, qui apporte énormément de fierté, mais qui brûle la rédaction à petit feu. Il devenait évident, en ce début de mandat, que l’équipe revoit ses priorités.

Un nouveau site web, qui sera davantage consulté que les papiers, et qui restera fidèle à la tradition d’excellence du Campus, a rapidement fait partie des plans. Et nous avons le bonheur de vous le présenter ces jours-ci.

Nouveau paradigme

Qu’il produise deux, quatre, ou dix éditions papier, le Montréal Campus ne s’en mettra pas plein les poches, les revenus publicitaires se trouvant maintenant sur le web, s’ils ne sont pas déjà engouffrés par les Facebook de ce monde. Autrement, le journal ne peut bénéficier d’une autre aide financière, à part le sociofinancement, puisé à même des poches de ceux et celles qui croient en la mission du journal.

Si des médias comme le Quartier Libre de l’Université de Montréal ou l’Impact Campus de l’Université Laval bénéficient d’une contribution annuelle des étudiants, le Montréal Campus de l’UQAM, lui, brave encore seul les tempêtes. Au nom de l’indépendance journalistique, il ne compte d’ailleurs sur aucune aide de l’administration de l’université.

Le journal ne s’est cependant pas résigné à son sort. Pour preuve, l’an dernier, il s’est déplacé dans les différentes associations facultaires de l’UQAM, tentant de convaincre les étudiants de participer à son financement par l’entremise d’une cotisation annuelle non obligatoire, communément appelée CANO.

Fidèles à leurs habitudes, les membres du journal ont fait valoir le principe d’indépendance journalistique. Le Campus est un journal fait par les étudiants, pour les étudiants, et il le sera toujours. Coup de barre, cependant : la démarche n’a pas accouché des fruits escomptés. Mais ce n’est que partie remise, tenez-en à notre parole.

En attendant, le Montréal Campus vous propose un site bonifié, retravaillé, adapté au monde numérique. Mettant en valeur les réalisations vidéo de ses collaborateurs, la nouvelle plateforme accueillera également des réalisations multimédia, allant de cartes interactives à du journalisme de données. En parallèle, l’équipe vous propose une formule de podcast, version revisitée du Radio-Campus, émission jadis diffusée sur les ondes de CHOQ.ca.

Voilà de toutes nouvelles expériences pour nos lecteurs, qui sont, au fond, notre seule raison d’être.

Longue et heureuse vie au Montréal Campus.

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